Internationalisation : Ionis Education Group commence par l'Europe

Cécile Peltier
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Moda Domani institute, la 20 ème école du groupe Ionis ouvrira rue Saint-Marc en septembre 2014 // DR
Moda Domani Institute, business school spécialisée dans le domaine de la mode et du luxe créée en 2014, est l'avant-dernière née de Ionis Education Group. // ©  Ionis
En quête de visibilité hors de France, Ionis Education Group va ouvrir huit campus européens. Et vise à trois ans une implantation à New York.

Promise depuis des années, l'internationalisation du groupe Ionis va devenir une réalité. "Aujourd'hui, nous nous portons bien mais,demain, il faudra aller chercher le public de manière globale. Le fait qu'une école soit en mesure de s'internationaliser est un outil de mesure de sa qualité. Rien que pour cela, on se doit de le faire... Un étudiant qui rentre sur nos campus s'attend aussi à avoir une expérience à l'étranger, et nous avons besoin, à côté des échanges classiques, d'avoir nos propres réponses", confie Marc Sellam, PDG du groupe

Alors que certains acteurs se positionnent en Afrique ou en Asie, prudent, le PDG de Ionis Group, qui s'est imposé en trente-cinq ans d'existence comme l'un des leaders de l'enseignement supérieur privé en France, a annoncé ce mardi 25 avril une première phase de développement en Europe. Elle se concrétisera par l'ouverture, dès la rentrée 2017, de quatre campus, à Barcelone, Berlin, Bruxelles et Genève. 

Un cadre rassurant pour le groupe indépendant, qui, malgré ses 23 écoles ou assimilés et ses presque 25.000 étudiants, ne dispose pas des capacité d'investissement d'un Studialis (Galileo) ou d'un Inseec (Apax Partners), adossés à des fonds d'investissement français et étrangers

L'EPITECH, UN MODÈLE GAGNANT À L'EXPORTATION ?

Fidèle à son ADN, Ionis mise sur des "campus urbains", en lien avec les besoins de l'écosystème. Orienté "luxe et mode", le nouveau campus genevois recevra les programmes d'ISG Programs Luxury Management. 

Les trois autres sites, qui accueilleront l'école Epitech, seront davantage tournés vers les nouvelles technologies. L'école d'informatique maison, créée en 1999, est un modèle moins lourd à exporter qu'une école d'ingénieurs comme l'Epita. 

La pédagogie par projets constitue aussi un argument de différenciation, dans des pays, où globalement l'enseignement de l'informatique, dispensé à l'université "est resté très traditionnel", estime Fabrice Bardèche, vice-président exécutif du groupe.

"Nous allons apporter cette rupture, que nous sommes parvenus à diffuser en France dans les endroits où il y a une jeunesse, un dynamisme et des entreprises qui peuvent être intéressées directement par notre approche."

Dans la capitale catalane, les bâtiments, inaugurés le mois dernier, accueilleront également la "Coding Academy" pour le volet formation continue, et par la suite certains des programmes de l'ISG, la grande école de commerce du groupe. 

À Bruxelles, le campus situé rue Royale, "à proximité des écoles et des universités", abritera également certains programmes de l'ISG, ainsi que les bachelors de l'Isefac.

HUIT CAMPUS EUROPÉENS EN 2019

En 2018, Ionis prévoit de poser ses bagages à Amsterdam et à Dublin. Deux autres installations sont à l'étude, qui porteront à huit au total le nombre de campus européens à l'horizon 2019.

Selon les villes, l'investissement est évalué entre 500.000 et 1 million d'euros. Propriétaire en France d'une partie de ses locaux, le groupe Ionis a opté en Europe pour la location, moins onéreuse. 

Côté humain, les permanents sont réduits à la portion congrue : "Nous avons besoin d'un directeur local, d'un secrétariat et de quelques professeurs à temps partiel. Pour le reste, nous ferons intervenir des vacataires, des acteurs de l'écosystème", détaille Fabrice Bardèche.

Le fait qu'une école soit en mesure de s'internationaliser est un outil de mesure de sa qualité. Rien que pour cela, on se doit de le faire...
(M. Sellam) 

Facturés comme en France autour de 7.000 à 8.000 euros par an – sauf à Genève, où ils seront plus élevés –, les programmes dispensés principalement en anglais (et/ou dans la langue du pays) visent avant tout une clientèle locale. L'objectif pour commencer : un millier d'étudiants sur les huit campus en 2020.

En la matière aussi, le patron fait preuve de "modestie" : "Nous sommes parfaitement conscients qu'on ne nous attend pas, qu'on ne nous connaît pas, et qu'il va falloir faire la preuve de ce qu'on peut  apporter. Cela va prendre du temps", souligne Fabrice Bardèche. 

UN PROJET DE CAMPUS À NEW YORK

Pour autant, le leader hexagonal n'a pas non plus abandonné l'idée de s'implanter outre-Atlantique. L'ouverture prochaine d'un bureau à New York va lui permettre de prendre la température du marché, complexe. "Cela va nous permettre de bien comprendre la mécanique. Aux États-Unis, les études sont très réglementées et il ne faut pas faire d'erreurs", remarque Marc Sellam. Le projet ? Initier d'ici à deux à trois ans un campus Ionis dans Big Apple. 

"Sur la côte Ouest, la vie est chère pour les étudiants, le marché de l'enseignement supérieur est assez saturé. Ce n'est pas le cas de la ville de New York, qui s'est donné pour objectif de rattraper la Silicon Valley et abrite de très beaux projets", estime Fabrice Bardèche.

INTERNATIONALISER LES CAMPUS

"La possibilité de faire des études aux États-unis est aussi une opportunité intéressante pour les étudiants", ajoute-t-il. À terme, les étudiants du groupe devraient pouvoir passer d'un campus à l'autre. Et acquérir l'expérience globale, indispensable, alors qu'en 2017 le pourcentage d'étudiants étrangers (échanges académiques compris) ne dépasse pas, tous programmes confondus, 5 % au sein du groupe.

Cela dit, "le groupe ne s'interdira évidemement pas de saisir les opportunités qui se présenteront, en particulier en Chine, en Afrique ou en Amérique du Sud", tient à préciser pudiquement le communiqué de presse...

QUINZE ANS POUR VOIR VENIR

À côté de ces nouveaux campus internationaux, la direction de Ionis Education Group poursuit sa stratégie de régionalisation et compte aussi sur la poursuite de la digitalisation du groupe autour de la plate-forme IONISx. Une manière de faire évoluer la pédagogie, développer la formation continue et dégager de nouvelles marges de manœuvre en économisant sur les enseignements en face à face. 

Autant de projets qui devraient permettre de faire passer le chiffre d'affaires annuel global de 160 millions d'euros actuellement à 170 millions d'euros en 2018, et autour de 200 millions d'euros en 2019. Mais tout cela suffira-t-il pour résister à l'appétit des fonds d'investissement

"Ils nous sollicitent, mais nous résistons. Je pense qu'ils vont s'arrêter quand l'argent sera moins facile", assure calmement le PDG, sûr de son savoir-faire. "Le poids de l'indépendance, c'est ce qui fait la force de notre modèle. On est plus entrepreneurs dans l'âme, en veille, donc plus sereins. On n'a pas oublié les fondamentaux, il faut assurer le SAV : les étudiants ne doivent pas regretter d'être venus chez nous !", lance l'entrepreneur, qui se donne encore une quinzaine d'années avant de parler de la suite...

Poursuivre le développement en région
Après dix ans de croissance, Ionis Education Group, qui s'est notamment construit par l'acquisition d'écoles (Epita, ISG, Ipsa, ESME Sudria), mise aujourd'hui sur le déploiement régional de son offre de formation mené ces dix dernières années.

L'Epita arrive cette année à Lyon, Rennes, Strasbourg et Toulouse. Déjà présente dans une douzaine de villes de France, l'Epitech ouvrira ses portes en septembre 2017 sur trois nouveaux sites, dont l'île de La Réunion et Mulhouse.

Si un nouveau besoin se présente, elle a les moyens de créer sa propre école. Parmi les dernières nées du groupe : Moda Domani Institute, une business school spécialisée dans le domaine de la mode et du luxe, lancée en 2014, ou Isefac RH, créée à la rentrée 2016.

Cécile Peltier | Publié le