Bacs pro et techno en STS et IUT: oui à l'objectif, non aux quotas

Emmanuel Vaillant
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Quatre responsables de STS et d'IUT réagissent à l’article du projet de loi sur l'enseignement supérieur et la recherche qui instaure un "pourcentage minimal" de bacs professionnels et technologiques dans leurs deux filières.

"Pas de quotas imposés mais des objectifs ciblés qui partent du terrain"

Jean François Mazoin, directeur de l’IUT de Toulouse A (31) et président de l’Association des directeurs d’IUT (ADIUT)

"L’instauration de quotas ou d’un pourcentage minimal ne serait ni productive, ni acceptable. L’accueil des bacs techno doit partir de la base : la solution que nous avons toujours préconisée est que chaque conseil d'IUT détermine sa stratégie de recrutement avec des cibles claires qui dépendent de la spécialité du diplôme et de la situation locale.

Il ne faut donc pas de quotas imposés d’en haut mais des objectifs ciblés qui partent du terrain. A chaque jury de tenir des objectifs en fonction des candidatures à examiner.

Quant à l’accueil des bacs pro, il n’est pas question d’objectifs ciblés mais plutôt d’une individualisation des parcours. De plus en plus d’IUT signent des conventions avec des lycées professionnels pour accompagner les élèves, au cas par cas."

"Instaurer des quotas, ça démotivera les équipes et diminuera le nombre d’étudiants en IUT"

Philippe Pierrot, directeur de l’IUT de Montpellier (34)

"Ce n’est pas la bonne méthode. Les différences entre les spécialités et les territoires sont tellement grandes qu’imposer des quotas ne fonctionnera pas. Cela aura pour effet de diminuer le nombre total d’étudiants en IUT et de démotiver les équipes.

Les IUT sont bien sûr favorables à accueillir plus de bacs techno. C’est une préoccupation que nous affichons clairement depuis longtemps et qui se traduit concrètement au niveau de notre sélection. Les dossiers de ces bacheliers sont regardés à part des bacs généraux, avec un intérêt particulier et avec intelligence.

Mais il est inutile que le recteur se substitue à nos jurys en proposant des quotas. Le vrai problème est que nous n’avons pas assez de candidats issus des bacs techno. C’est pourquoi nous menons des campagnes d’information dans les lycées pour inciter ces bacheliers."

"Ce qui favorise vraiment le recrutement des bacs pro, ce sont les passerelles avec les lycées"

Olivier Baroni, chef de travaux BTS au lycée Gaston Bachelard à Chelles (77)

"Nous avons entamé depuis longtemps une démarche d’accueil des bacheliers professionnels. En moyenne, nous avons actuellement dans nos classes de BTS entre 20% et 60% de bacs pro selon les spécialités. On peut faire plus, mais je ne suis pas convaincu que cela passe par des quotas, car la situation n’est pas la même d’une spécialité à l’autre. Certains BTS sont dans la continuité d’un bac professionnel, d’autres non.

Aussi, les candidats n’ont pas le même niveau d’une année sur l’autre. Ce qui, à mon sens, favorise vraiment le recrutement des bacs pro, ce sont les passerelles ou les cordées qui sont nouées avec des lycées en amont. Cela permet d’expliquer aux élèves les enjeux du BTS et ce à quoi ils doivent s’attendre."

"Ce ne sont pas des quotas qui vont aider à faire réussir les élèves"

Claude Martin, chef de travaux BTS au lycée Hervé Bazin à Reims (51)

"Nos BTS sont déjà largement ouverts aux bacs professionnels, de 40% à 90% selon les spécialités. A chaque rentrée, nous en avons toujours plus car ces bacheliers sont de plus en plus tentés par la poursuite d’études. C’est tant mieux car nous manquons de candidats dans certaines filières industrielles pour des formations qui ne manquent pas de débouchés.

Seulement notre souci n’est pas simplement d’accueillir plus de bacheliers mais de les faire mieux réussir. Leur taux d’échec est trop important. Les bacheliers pro décrochent vite, dès la première année, parce qu’ils manquent de bases et parce qu’ils rencontrent des difficultés à fournir un travail personnel à la maison. Ce ne sont pas des quotas qui vont nous aider à les faire réussir."


Emmanuel Vaillant | Publié le

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LMA.

Le problème,on le sait bien, vient de l'orientation dans le secondaire : en dehors de l'orientation "choisie" (qui représente peut-être 20-25% des cas) les élèves ayant un niveau acceptable en maths et faible dans les matières littéraires sont incités à aller vers une filière industrielle et inversement, ceux qui sont assez faibles en tout mais surtout en maths incités à aller vers un bac STG. Sans parler des bacs pro, si peu choisis (une envie d'être mécanicien, ah non il faut 10 en maths en 3ème, tu iras en compta - filière désertée...). Les bacheliers industriels ne souhaitent dans la majorité des cas pas poursuivre dans leur voie de spécialisation, pourquoi dans ces conditions maintenir ces filières si coûteuses dans le secondaire ? Si l'Etat estime nécessaire d'amener presque tous les élèves dans le supérieur (et pourquoi pas) alors il ne devrait exister que quelques bacs généraux. Après tout, peu ou pas d'acquis "techniques" sont attendus à l'entrée en DUT, et même en BTS.