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Les chercheurs de sciences humaines en colère

Fabienne Guimont
Publié le
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L'EHESS, boulevard Raspail.
L'EHESS, boulevard Raspail.
Les sciences humaines et sociales sont en émoi. Redoutant leur mise à l’écart dans les restructurations en cours des organismes de recherche, les chercheurs se mobilisent. Un mouvement qui s'amplifie avant le conseil d'administration du CNRS, le 19 juin 2008, où son organisation en instituts, à l'instar de l'Inserm, doit être annoncée.

L'association Sauvons la recherche (SLR) catalyse les difficultés et les craintes des chercheurs en sciences humaines et sociales. Sa pétition « Pas de CNRS sans sciences humaines et sociales » a recueilli plus de 3000 signatures en un mois. Le 15 mai 2008, sa réunion nationale sera consacrée à la place des SHS « et plus largement des thématiques non-prioritaires [pour le gouvernement]». Pour étayer leur crainte, les chercheurs rappellent la réponse de Valérie Pécresse faite au rapport de la cour des comptes : « Il est vraisemblable que le positionnement du CNRS sera variable selon le champ disciplinaire […], le CNRS aurait toute sa place dans des secteurs nécessitant une importante concentration de moyens […]. Dans d’autres disciplines (sciences humaines et sociales par exemple), le rôle de l’université serait renforcé, le CNRS accompagnant le dispositif davantage dans une logique d’agence de moyens».

Des secteurs "inutiles"

La structuration du CNRS en instituts leur fait craindre une reconfiguration disciplinaire où certains secteurs de la recherche seraient jugés "inutiles" comme les sciences humaines ou la biologie (mutualisée pour cette dernière avec l'Inserm). "La création d’instituts donnera aussi plus de flexibilité au CNRS pour adapter son fonctionnement aux besoins de différentes disciplines. L’interdisciplinarité, qui est l’atout majeur du CNRS, sera maintenue par le travail en commun de plusieurs instituts, sous la responsabilité de sa direction", défend Valérie Pécresse dans le Journal du CNRS .  

« Une perle de notre recherche »

Interviewée sur France Inter le 13 mai 2008, la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche a reconnu que les sciences humaines et sociales ne faisaient pas partie, au départ, des programmes de recherche financés par l’ANR (Agence nationale de la recherche), avant de revenir sur cette exclusion. Elle a aussi évoqué le projet de campus à Aubervilliers. « Nous avons aussi un très beau projet, celui de faire une grande cité des sciences humaines et des sciences sociales au Nord de Paris, un grand campus de recherche qui donne aux sciences humaines et sociales, j’allais dire le rayonnement mondial qu’elles ont toujours eu parce que les sciences humaines et les sciences sociales françaises, c’est une perle de notre recherche ».    

Un campus modèle à Aubervilliers

Un signe de bon augure envoyé aux porteurs du projet intitulé Campus Condorcet Paris-Aubervilliers déposé dans le cadre de l’opération campus par l’EHESS (Ecole des hautes études en sciences sociales), Paris 1 et l’EPHE (Ecole pratique des hautes études). Ce campus, qui doit être construit ex-nihilo sur un terrain à côté de la Maison des sciences sociales de Paris 13, ne devrait voir le jour qu’en 2012. « Ce projet bénéficie de soutiens importants (Ville de Paris, Plaine commune, région Ile-de-France notamment) car il permettrait de restructurer les sciences humaines et sociales dispersées dans Paris. Chaque établissement garderait son identité, son offre de formations, sa recherche, mais il permettrait de mutualiser la vie commune sur le site (logement étudiant, vie sportive, vie étudiante…) », explique Danièle Hervieu-Léger, la présidente de l’EHESS. Selon elle, d’autres partenaires se sont montrés intéressés comme l’Ecole d’économie de Paris, l’Ecole des Chartes, Paris 13, l’INRA et le CNRS.  

Seul des 46 dossiers de l’opération campus à ne pas évaluer son coût puisqu’il ne s’agit pas d’une rénovation immobilière comme les autres projets mais d’une nouvelle construction, sa sélection possible et surtout les financements obtenus diront la valeur réelle de la « perle » aux yeux du gouvernement.  

L'EHESS déménagera temporairement Porte de la Chapelle
En attendant la sortie de terre de ce campus de prestige à l'horizon 2012, les chercheurs de l’EHESS devront déménager au printemps 2009 Porte de la Chapelle à Paris, dans des locaux transitoires. Un déménagement imposé pour désamianter le bâtiment du Boulevard Raspail dans le quartier latin. Cette solution trouvée à l'intérieur de Paris met fin à la polémique suscitée à la rentrée 2007 lorsqu'il avait été envisagé de déménager sur un terrain proche du futur campus, au-delà du périphérique. Le bâtiment rue du Pré (18ème arrondissement) est un ancien immeuble de La Poste racheté par la Ville de Paris qui sera loué à l'EHESS.   

Le Collège de France à Aubervilliers. Dans le cadre d’un partenariat avec la mairie d’Aubervilliers, des professeurs du Collège de France donnent des conférences depuis juin 2006, au lycée Le Corbusier. Elles sont ouverts à la fois aux lycéens et à tous. Les enseignants du lycée travaillent tout au long de l’année avec leurs élèves sur le thème retenu : « utopie et carnaval » en 2007-2008, « matière et modèles » en 2008-2009, « travail et œuvre » en 2009-2010. Les lycéens ont aussi l’occasion de découvrir le Collège de France et d’y assister à un cours. La Fondation Diversiterre d’EDF apporte son soutien financier au projet.


Fabienne Guimont | Publié le

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