Les écoles de management créent leur conférence pour peser dans les décisions

Agnès Millet
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Les écoles de management créent leur conférence pour peser dans les décisions
Les écoles de management créent la Conférence des directeurs d'écoles françaises de management (CDEFM), dotée d’un statut associatif. // ©  linghaa/Adobe Stock
Pour mieux faire entendre leur voix, les écoles de management créent la Conférence des directeurs d'écoles françaises de management (CDEFM), dotée d’un statut associatif. Si les écoles restent impliquées dans la Conférence des grandes écoles (CGE), l’objectif est clair : être plus visibles et aller plus vite sur leurs dossiers spécifiques.

"Il faut un espace pour aller vite et démultiplier nos forces", explique Alice Guilhon, directrice de Skema. Elle est la présidente de la toute nouvelle Conférence des directeurs d'écoles françaises de management (CDEFM) créée fin mars 2021.

Cette conférence est née d'un constat des écoles. "Nous avons pris conscience de nos spécificités, en travaillant ensemble dans le Chapitre des écoles de management de la CGE… Nous partageons des sujets avec toutes les grandes écoles, mais bien plus entre écoles de commerce. Et la crise sanitaire accentue cette prise de conscience", précise la présidente qui était jusqu'alors à la tête du Chapitre des écoles de management, rassemblant les 39 écoles françaises ayant grade de master.

"Nous avons eu une excellente intégration et une très bonne visibilité dans la CGE, notamment grâce à la présidente Anne-Lucie Wack et au vice-président, Laurent Champaney". Mais le statut de commission au sein de la CGE ne permettait pas la pérennisation de l’action et le chapitre disparaît donc au profit d’une association.

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Une association lancée par six écoles

Créée le 25 mars 2021, la nouvelle conférence rassemble six membres fondateurs : Audencia, Edhec, ESCP, Essec, HEC Paris et Skema. Et, à leurs côtés, emlyon, ESC Clermont, Neoma, Grenoble EM et Y Schools et Toulouse BS

"On a dû créer cette structure en petit nombre, avec des écoles engagées dans la CGE et visibles. Montrer que les écoles du haut de tableau se fédéraient était important, en termes de légitimité. Nous sommes allés vite, au démarrage, pour embarquer tout le monde", ajoute la présidente.

Toutes les écoles de management ayant grade de master – critère d’entrée pour adhérer à la CDEFM – sont invitées à intégrer l’association. Plusieurs ont déjà répondu présentes.

Une polémique comme accélérateur

Autre catalyseur : les écoles de commerce ont toutes été dans la tourmente d’une polémique sur leurs frais de scolarité élevés. Souvent critiqués sur le sujet, ces établissements ont été la cible d’une pétition demandant la réduction de ces frais, cet hiver. La généralisation des cours à distance liée à la crise sanitaire a mis le feu aux poudres. En cause : un enseignement de "moins bonne qualité".

"Oui, à la CGE, cette question ne s’est posée que pour les écoles de management. Notre modèle économique – et son avenir – est l’un des sujets qui nous différencie des autres grandes écoles. Nous avons le plus souvent le statut d’association, nous sommes des écoles privées, sans subventions de l’État et nous devons financer nos professeurs, nos bâtiments… Pour un enseignement de qualité, nous devons donc être plus chers que des établissements publics. C’est une distinction qui est énorme", rappelle Alice Guilhon.

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Se faire entendre en France et à l’international

La mission première de la CDEFM est donc d'être le porte-parole des écoles et de leurs intérêts communs, à l’échelle nationale, auprès de l'État, des associations d'étudiants et d'employeurs et des organismes d'accréditations nationaux.

Mais aussi auprès de l'Union européenne et des instances internationales compétentes en matière d'enseignement et de recherche. AACSB et l’EFMD, les organismes accréditeurs internationaux, essentiels pour la visibilité des écoles de management de l’hexagone, sont particulièrement visés.

"Nous sommes peut-être 39 écoles concurrentes, mais l’enjeu pour nous, ce sont les classements internationaux. Nous voulons montrer que le modèle français de formation au management est atypique et d’une efficacité redoutable. J’étais positivement surprise de la façon dont on a surmonté la crise : nous avons mieux répondu aux attentes des étudiants internationaux que les anglo-saxons", s’enthousiasme Alice Guilhon.

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Les autres chantiers prioritaires

La nouvelle conférence, qui doit être un espace de discussion entre les écoles, veut se "lancer vite pour avoir des choses à dire". "À plus long terme, nous voulons structurer une action d’explication, de lobbying", précise Alice Guilhon.

À court terme, les écoles réfléchissent à l’organisation des concours du printemps 2021. Ceux-ci sont maintenus en présentiel, mais des plans B doivent parer à toute éventualité.

Les premières commissions thématiques répondent à différentes priorités :

Des commissions sur le développement durable, les relations avec les entreprises et l'apprentissage, l'insertion des diplômés et l'international se mettront en place dans les prochaines semaines. Autres sujets sur la table : la visibilité des dispositifs en faveur de l’ouverture sociale et de l’inclusion ainsi que l’apprentissage et les risques liés à sa fragilisation.

L'articulation avec la CGE et la Cdéfi

Une certitude : les écoles de management se structurent mais elles restent membres de la CGE, aux côtés des écoles d’ingénieurs et des autres grandes écoles (IEP, écoles spécialisées). Car si la CGE n’est pas, statutairement, consultée par le Mesri comme la Conférence des présidents d'université (CPU) ou la Conférence des directeurs d'écoles françaises d'ingénieurs (Cdéfi), elle fait partie depuis plusieurs années des interlocuteurs du ministère. Un canal dont les écoles de commerce ne veulent pas se passer.

"Les écoles de management continuent de participer aux travaux de la CGE", insiste Alice Guilhon. "Au sein des grandes écoles, nous serons le pendant de la Cdéfi. L’histoire a démontré que CGE et Cdéfi fonctionnent ensemble : nous voulons que la CGE, la Cdéfi et la CDEFM marchent toujours ensemble".

Composition du conseil d'administration

Les membres ont un mandat de trois ans :
Christophe Germain, directeur général d’Audencia Business School,
Emmanuel Métais, directeur général d'Edhec Business School,
Françoise Roudier, directrice générale d’ESC Clermont BS,
Frank Bournois, directeur général d’ESCP Business School,
Vincenzo Esposito Vinzi, directeur général d’ESSEC Business School,
Eloïc Peyrache, directeur général d’HEC Paris,
Delphine Manceau, directrice générale de Neoma Business School,
Alice Guilhon, directrice générale de Skema Business School,
Stéphanie Lavigne, directrice générale de TBS Business School.
Alice Guilhon se retrouve dans ce CA, "pour assurer le lien", selon les membres du chapitre.


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