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Les effets pervers des accréditations et des rankings sous l’œil de la Fnege

Jessica Gourdon
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La Fnege publie un rapport qui décrypte les effets des multiples procédures d'évaluation des formations en gestion. Et souhaite influencer la prise en compte de nouveaux critères.

"Si les accréditations et les classements consistent avant tout en des outils de pilotage et de démarche qualité (…), ils correspondent également à des outils de domination culturelle." Telle est la conclusion dressée par la Fnege (fondation nationale pour l'enseignement de la gestion), dans un rapport consacré aux procédures d’évaluations en gestion. 

Rédigé par Stéphanie Dameron (Paris-Dauphine) et Delphine Manceau (ESCP Europe), ce rapport (voir le résumé) déplore une forme de "mainmise d’un système de valeurs" anglo-saxonnes - avec par exemple la prédominance de la bibliométrie dans l’évaluation des enseignants, au détriment des ouvrages, manuels, actes de colloques ou cas pédagogiques.

Un champ disciplinaire ultra évalué

Une chose est sûre : la gestion est sans doute le champ disciplinaire le plus évalué du paysage français (Aeres, CNRS, CEFDG, EFMD, AACSB, classements des médias...). S'il ne remet pas en cause la pertinence de ces procédures, le rapport en pointe quelques effets pervers.

Le premier, c'est le "mimétisme stratégique". Toutes les écoles adoptent le même programme de développement, qui découle de leur volonté de se conformer à ces normes. "La différenciation intervient toujours en deuxième plan", constate Delphine Manceau.

L’autre risque, c’est l’absence de cohérence entre la stratégie et les moyens à disposition. Les accréditations sont chères (38.000 € pour cinq ans d'Equis), les ressources (les professeurs, les revues prestigieuses...) sont rares et limitées.

Autant d’éléments qui peuvent conduire à des situations "difficilement tenables" pour certaines écoles, selon Pierre-Louis Dubois, délégué général de la Fnege.

Déconnexion entre la recherche et l'enseignement

En outre, l’utilisation massive de critères quantitatifs pour mesurer la recherche peut amener à une certaine "déconnexion" entre ces activités et l’enseignement.

Enfin, ces évaluations ne permettent pas de mettre en valeur "l’ancrage de l’établissement dans son territoire et les spécificités des besoins de son écosystème".

Sans avancer de propositions claires, la Fnege réfléchit à différentes manières d’influencer ce système de normes. Elle va ainsi créer un "label" Fnege pour les ouvrages, qui permettra aux différentes instances de davantage prendre en compte ces productions tout en offrant un indice de qualité. La Fnege veut aussi élaborer des critères pour mesurer l’ancrage local des écoles.

Un nouveau classement Fnege pour les publications

Enfin, quatorze associations disciplinaires de gestion ont formalisé, sous son égide, un nouveau classement de 401 revues scientifiques de référence, à l’issue d’un long travail d’enquête et de croisement de sources internationales.

Une liste que la Fnege estime plus consensuelle que celle élaborée par la commission de la section 37 du CNRS (souvent la principale référence), où siègent "15 économistes et 2 gestionnaires", glisse Pierre-Louis Dubois.

(*) "Quel impact des évaluations externes sur le système d'enseignement supérieur de gestion français", Fnege, décembre 2011


Jessica Gourdon | Publié le

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