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Apprentissage en berne : le Medef en appelle à Manuel Valls

Étienne Gless
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Pierre Gattaz, président du Medef, tire la sonnette d'alarme à propos de l'apprentissage
Pierre Gattaz, président du Medef, tire la sonnette d'alarme à propos de l'apprentissage // ©  Lydie Lecarpentier / R.E.A

Moins 8% en 2013, moins 4,4% en 2014... Inquiet de la baisse des effectifs dans les formations en apprentissage depuis deux ans, le Medef exige du gouvernement la création d'une "task force" sous l'égide de Manuel Valls pour réformer l’apprentissage d'ici à trois mois.

"Nous sommes extrêmement inquiets pour l’apprentissage, en baisse. Nous demandons au gouvernement de constituer un binôme composé d’un député et d’un chef d’entreprise pour regarder la situation et prendre des décisions rapidement, sous trois mois." Selon Pierre Gattaz, président du Medef, il y a urgence à réformer l’apprentissage, alors que les objectifs gouvernementaux restent fixés à 500.000 apprentis en 2017, contre environ 400.000 en 2014, tous niveaux confondus. L'organisation patronale a organisé une conférence de presse sur le sujet mardi 14 avril 2015.

Le nombre de jeunes en alternance flanche et la conjoncture économique n’explique pas tout, selon le Medef. Le nombre annuel d’entrées en apprentissage chute en effet depuis deux ans : -8% en 2013, -4,4% en 2014 selon les données ministérielles et la tendance ne s’inverse pas sur les deux premiers mois de 2015. Sept entreprises sur dix n’envisagent pas d’embaucher un apprenti dans les mois qui viennent, selon un sondage commandé à l’institut Ipsos auprès de 601 chefs d’entreprise. Pour eux, les principaux freins résident dans la réglementation de la protection des jeunes travailleurs, jugée mal adaptée (57% des sondés), dans les formalités administratives trop lourdes (55%), et dans les aides et crédits d’impôt pour l’embauche d’apprentis revus à la baisse (53%).

baisse drastique des budgets régionaux

Le syndicat patronal a notamment pointé du doigt la réforme du financement de l’apprentissage en mars 2014, qui a transféré 200 millions d’euros de plus aux régions… mais qui débouche pour l’instant sur une baisse des budgets "apprentissage" dans presque toutes les régions en 2015. Le Medef avance ainsi les chiffres alarmistes de 48,1% de baisse du budget apprentissage en Limousin et de 45% de baisse en Nord-Pas-de-Calais, et s’inquiète du financement des CFA (centres de formation des apprentis) et des écoles. Depuis la réforme, les CFA verraient leurs ressources non garanties et des établissements de formation ne seraient plus éligibles à la taxe d’apprentissage. Le Medef a mandaté le cabinet KPMG pour mener un audit auprès de 18 CFA et 6 écoles dont les résultats seront connus à la fin du printemps.

Pour remédier à cette crise de l’apprentissage, l’organisation patronale suggère de rendre obligatoire l’information sur les débouchés des cursus proposés à tous les niveaux de qualification, d’alléger les démarches administratives de recrutement d’un apprenti et de permettre des recrutements tout au long de l’année.

Autres revendications des entreprises : la possibilité pour les branches professionnelles de coconstruire les diplômes avec le ministère de l’Éducation nationale, la liberté d’affectation de la taxe d’apprentissage pour les entreprises qui embauchent plus de 3% de leurs effectifs en alternance. "Est-il normal que Michelin ou Schneider Electric ne puissent pas utiliser leur propre taxe pour leurs propres écoles ?", a conclu Pierre Gattaz, qui attend la réponse du gouvernement.

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Étienne Gless | Publié le

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