Les grandes écoles privées veulent plus d'argent public

Jessica Gourdon
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L'université catholique de Lille // DR
L'université catholique de Lille // DR
Les fédérations d'écoles et d'universités privées organisaient le 21 juin 2011 une  rencontre avec des députés. Au coeur des débats : la question du financement de ces établissements.

« Et pourquoi pas ? » Jean-Philippe Ammeux , le président de la FESIC, l’une des principales fédérations d’écoles supérieures privées (Essec, Edhec, ICAM, Ieseg, Essca…) étudie sérieusement la possibilité de déposer une « question prioritaire de constitutionnalité » (QPC). Son objet ? Contester l’inégalité de financement de l’enseignement supérieur « associatif » face au public, alors que ces établissements sont entrés, en 2010, dans span style="font-weight: bold;">un processus de contractualisation avec l’Etat.

Au nom d'une mission de "service public" de l'éducation

La question a été évoquée par différents acteurs des « rencontres parlementaires » organisées par la FESIC, l'Udesca, l'UGEI et l'UNFL mardi 21 juin 2011, en présence d’une vingtaine de députés. « Il ne s’agit pas de s’aligner sur les financements publics, mais d’être mieux considérés, afin de continuer d’exister », explique Jean-Philippe Ammeux.

« Aujourd’hui, l’Etat débourse environ 8 000 € par an par étudiant à l’université. Pour une école privée, il débourse 1 000 € par an », rappelle le député et vice-président de la commission des finances Charles de Courson (NC), pour qui il s’agit là d’une « inégalité flagrante ».

« A partir du moment où l'on ouvre la contractualisation aux écoles privées, on reconnaît que ces écoles participent au service public de l’éducation (…). Dans ce cas, pourquoi le principe d’égalité devant la loi ne s’appliquerait-il pas ? Je voudrais qu’on soulève une QPC dans ce sens », ajoute-t-il.

Un modèle financier chamboulé

 
D'autant que pour le député Yves Censi, l’Etat aurait « tout intérêt à financer davantage l’enseignement supérieur privé ». « Nous constatons que l’investissement dans l'enseignement privé est beaucoup plus efficace, qu’un euro investi est plus rentable, dans la mesure où le modèle repose aussi sur la participation financière des familles ».

Devant les députés, des directeurs d’écoles ont assuré que leur modèle économique était menacé. En cause : des exigences plus fortes en termes de recherche, d’ouverture sociale, d’innovation et d’internationalisation, scellées dans la nouvelle contractualisation avec l’Etat.

Dans le même temps, les indicateurs de financement sont au rouge : la réforme de la taxe d’apprentissage est peu favorables aux grandes écoles ; les frais de scolarité, qui ont déjà beaucoup augmenté, ne peuvent l’être indéfiniment ; la réforme des CCI crée une incertitude ; la concurrence s'accentue avec les universités autonomes, qui se lancent dans la course aux financements privés (TA, mécénat) ; la générosité des entreprises est mise à mal avec la crise.

Quant à la subvention de l’Etat, « en trois ans, elle a augmenté de 220 € par étudiant dans nos établissements, quand elle s'est accrue de 1 710 € dans le secteur public. Et l’écart risque de se creuser », juge Jean-Philippe Ammeux.

Le « cri d’alarme » de la « Catho » de Lille

 
La présidente-rectrice de l’université catholique de Lille, Thérèse Lebrun, a ainsi lancé un « cri d’alarme ». « Nous faisons face à une concurrence farouche. Va-t-on devoir encore augmenter les frais de scolarité ? (…) Va-t-on devoir licencier nos personnels ? Fermer des filières ? Oublier certaines activités de recherche ? Nous pouvons mourir à 140 ans. Nous avons l’impression d’être au bout de notre modèle de financement ».

« Je partage ces inquiétudes », renchérit Monseigneur Pierre Debergé, président de l’Udesca et recteur de l’Institut catholique de Toulouse. « N’oubliez pas que nos activités de recherche ne reçoivent aucun financement public. »

Patrick Hetzel, le DGESIP (directeur général de l’enseignement supérieur et de l’insertion professionnelle) qui remplaçait Valérie Pécresse à la clôture de ces table-rondes, a souhaité calmer le jeu. Il a rappelé que depuis 2002, le financement de l’enseignement supérieur privé (80 M€ par an, plus 35 M€ de bourses pour les élèves) avait augmenté « de 130% », quand les effectifs « s’accroissaient de 50% ». "J'entends que cela n'est pas suffisant" mais "c'est un effort inédit", a déclaré Patrick Hetzel. Avant d'ajouter : "ce qui fait votre spécificité, c'est aussi votre modèle économique".


Jessica Gourdon | Publié le