Les "Harvard du pro": une première vague de 23 campus labellisés

Etienne Gless
Publié le
Envoyer cet article à un ami
Les "Harvard du pro": une première vague de 23 campus labellisés
Francois Bonneau, Frédérique Vidal, Jean-Michel Blanquer, Muriel Pénicaud, et Agnès Pannier Runacher réunis pour la présentation des 23 campus des métiers et des qualifications. // ©  Nicolas TAVERNIER/ REA
23 campus des métiers et des qualifications ont obtenu le 6 février le label campus d’excellence. Des moyens budgétaires conséquents sont encore disponibles pour créer d'autres "locomotives de l’enseignement professionnel" sur les territoires.

"Merci Guillaume Boudy !" Lors de l’annonce le 6 février des 23 premiers lauréats de l’appel à projets Campus des métiers et des qualifications d’excellence, Jean-Michel Blanquer n’a pas manqué de saluer publiquement le secrétaire général pour l’investissement pour la manne déversée. Pas moins de 80 millions d’euros issus du programme investissement d’avenir (PIA 3) viennent soutenir la première vague de ces "Harvard du pro" chers au ministre de l’Education nationale et de la jeunesse.

La carte des 23 premiers lauréats des campus des métiers et des qualifications d'excellence à février 2020. // © Ministère de l'Education nationale et de la Jeunesse
La carte des 23 premiers lauréats des campus des métiers et des qualifications d'excellence à février 2020. // © Ministère de l'Education nationale et de la Jeunesse

"Les Harvard du pro", c’est une formule rapide que j’avais utilisée lors de la préparation de la réforme de l’enseignement professionnel et que je maintiens parce qu’il faut que cela fasse envie d‘un point de vue physique", confie le ministre. "Un campus est un endroit où il fait bon vivre avec des espaces verts, un internat, des équipements sportifs, des activités culturelles et sportives…" Question d'image pour revaloriser la filière de l'enseignement professionnel.

Faire connaître les nouveaux métiers

"Mettre dans un même lieu lycéens, apprentis, étudiants, chercheurs mais aussi les personnes en formation continue qu’elles soient salariés ou demandeurs d’emplois, ça fait des ferments de compétence", s'enthousiasme Muriel Pénicaud. La ministre du Travail souligne la valeur d'émancipation sociale de la voie professionnelle : "Ces campus sont un levier d’ouverture sociale : quand autour du baby-foot vous avez des garçons et des filles dont certains sont élèves ingénieurs d’autres en apprentissage en CAP, cela crée de la cohésion dans la jeunesse et développe le désir d’apprendre".

PIA 3 : 8 nouveaux dispositifs pour l'orientation

Le campus peut aussi jouer le rôle de vitrine auprès du grand public pour valoriser les métiers : à Brest, le campus des industries de la mer a créé avec le campus des industries navales le Navire des métiers-L'Expo. A Marseille, le campus Industrie du futur a organisé à l'automne 2019 la seconde édition de l'Usine extraordinaire, un événement qui a sensibilisé 6.000 élèves sur deux jours aux métiers de l'industrie.

160 millions d'euros disponibles en 2020

Les moyens budgétaires sont donc conséquents pour faire de ces campus d'excellence les "locomotives de l’enseignement professionnel" : l’Etat à travers le PIA a déjà débloqué 23 millions de subventions à ce jour pour 12 projets mais les Régions ont rajouté au total 30 millions d’euros de financements.

"On veut aller plus loin", ajoute Jean-Michel Blanquer. "Tout au long de l’année 2020, de nouveaux projets vont arriver". L’appel à projets reste en effet ouvert jusqu’au 31 juillet avec deux dernières vagues de sélection les 16 mars et 1er juin.

Le ministre table au total sur 160 millions d’euros en 2020, 80 millions du PIA et 80 millions des collectivités et des autres partenaires, en particulier privés qui contribuent à hauteur de 30%. L’objectif est de faire émerger au moins trois campus d’excellence par région d’ici 2022. A terme, les "Harvard du pro" pourraient concerner 160.000 jeunes en formation initiale.

Agréger les compétences du CAP à bac+5 et plus

"Comme présidents de régions nous savons que le sujet numéro 1 ce sont les compétences", remarque François Bonneau, président de la Région Centre-Val de Loire et vice-président délégué de Régions de France. "Pour nous il est important de pouvoir agréger la totalité des formations professionnelles du CAP au diplôme bac+5".

Pour les entreprises, ces campus sont la promesse d'avoir une réponse rapide et sur mesure à leurs besoins de formation.

Lycées, universités, écoles, CFA, organismes de formation continue, laboratoires de recherche, entreprises… Les campus des métiers et des qualifications d’excellence rassemblent les acteurs d’un territoire autour d’une filière unique pour former les jeunes aux métiers de demain et faciliter leur insertion professionnelle : numérique et photonique à Lannion, industrie du futur en Provence-Alpes-Côte d'Azur, design matériaux et innovation en Auvergne-Rhône-Alpes, tourisme et innovation au Touquet etc.

Parmi 11 critères à respecter pour être labellisé, les campus doivent offrir une large gamme de formations de tous niveaux du CAP à doctorat. Pour les jeunes et leurs familles, ces campus d’excellence sont censés offrir plus de choix de parcours dans une filière, des infrastructures récentes et une vie culturelle et sportive sur le campus, un accès aux dernières technologies en vigueur ou une insertion professionnelle facilitée par plus de choix de périodes de formation en milieu professionnel, de stages ou d’apprentissage. Les collaborations entre étudiants de l'université ou de grande école et élèves de BTS ou de bac pro sont recherchées.

Offrir des formations sur mesure pour les entreprises

Pour les entreprises, ces campus sont la promesse d’avoir une réponse rapide et sur mesure à leurs besoins de formation : "Les chefs d’entreprises n’ont pas obligatoirement une connaissance de toutes les offres de formation disponibles sur leur territoire de CAP à bac+5, 6 ou 7. Une PME n’a pas les ressources pour envisager toutes les formations existantes", constate Bruno Ameline PDG de NSC group qui travaille avec le campus Industrie du futur et numérique dans le sud de l’Alsace.

"Le campus des métiers et des qualifications apporte une vraie réponse. Nous avons commencé à dresser un panorama exhaustif des formations disponibles", explique ce chef d'entreprise. "Comme nos métiers mutent et se transforment rapidement, nous avons des besoins de formations à la carte que ce soit en formation initiale mais aussi pour nos salariés tout au long de leur carrière. Nous sommes en train de mettre au point un service d’ingénierie de formation basé sur de la formation à la carte par module de compétences. Sur le campus les entreprises pourront avoir accès à de l’ingénierie leur permettant d’assembler des modules dans un lycée, un CFA, un IUT… pour avoir des formations vraiment personnalisées“, se réjouit Bruno Ameline.

Diffuser l'excellence de l'enseignement supérieur

Pour les établissements d'enseignement supérieur, c'est aussi l'occasion de valoriser leurs atouts propres. "Notre université est reconnue comme très professionnalisante et nous sommes déjà inscrits dans une démarche de territoire depuis huit ans", témoigne Christine Gangloff-Ziegler, présidente de l’université de Haute-Alsace partie prenante du campus Industrie du futur et numérique.

"Nous avons fait le choix de travailler collectivement sur ce sujet pour dynamiser le sud de l’Alsace. Ce type de campus permettra aux jeunes de développer leurs ambitions, donnera une meilleure image de l’enseignement professionnel. Il permettra aussi de mettre en lumière que l’apprentissage au sein des universités est une filière d’excellence", ajoute Christine Gangloff-Ziegler. L'université de Haute-Alsace, proche de l’Allemagne et de la Suisse est déjà membre d’Eucor, campus européen transfrontalier qui réunit cinq universités des trois pays et appuie la démarche des campus d’excellence.


Etienne Gless | Publié le