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Les inégalités scolaires au cœur d'un débat du Medef

Etienne Gless
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Lors de la Rencontre des entrepreneurs de France du Medef, François-Xavier Bellamy s'en est pris à la réforme du lycée portée par Jean-Michel Blanquer et Frédérique Vidal a défendu sa loi ORE
Lors de la Rencontre des entrepreneurs de France du Medef, François-Xavier Bellamy s'en est pris à la réforme du lycée portée par Jean-Michel Blanquer et Frédérique Vidal a défendu sa loi ORE // ©  Etienne Gless
A l’heure de la rentrée, les professeurs de l’enseignement supérieur se sont invités à l’université du Medef. L'organisation patronale organisait le 29 août un débat sur le système éducatif rempart ou non contre les inégalités. Frédérique Vidal y a défendu les réformes gouvernementales tandis que François-Xavier Bellamy a dénoncé la complexité de la réforme du lycée. Morceaux choisis.

“Inégalités et système éducatif“. Voilà un joli thème au succès assuré pour sortir de la torpeur estivale et bien démarrer la rentrée ! Thème retenu par la Rencontre des entrepreneurs de France qu’organisait le Medef les 28 et 29 août à l’hippodrome de Longchamp. En plateau, François-Xavier Bellamy, professeur agrégé de philosophie et député européen (LR), partageait ses vues avec la ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche, Frédérique Vidal, le chef d’entreprise Christophe Catoir (The Adecco group), l’ancien secrétaire de la CGT, Thierry Lepaon, et la chargée de l’éducation à l’Unesco, Stefania Giannini. Un débat assez convenu où chacun a joué son rôle et est resté dans son couloir.

Un système éducatif inégalitaire ?

François-Xavier Bellamy a exhumé l’enquête PISA de 2013 pour dénoncer en France "le système éducatif le plus inégalitaire du monde" : "En 2018, 22% des jeunes interrogés lors de la journée défense et citoyenneté étaient dans une situation de grande difficulté pour lire un simple programme d’horaires de cinéma".

A en croire l’ancien candidat LR aux élections européennes, la réforme du lycée portée par Jean-Michel Blanquer s’inscrit dans la droite ligne de la réforme du collège du 2015 portée par Najat Vallaud-Belkacem : "Avec cette réforme, il y a une complexification toujours plus grande de l’école et des intitulés de discipline si sophistiqués que même les enseignants ne savent plus exactement ce qu’ils recouvrent ! Elle va au final continuer de faire baisser le nombre d’heures de cours qui sont dispensées à tous les élèves dans les disciplines dont ils ont besoin".

La réforme du lycée complexifie encore plus le système.

(F-X. Bellamy)

François-Xavier Bellamy est certain de l’origine du mal éducatif français : "Quand j’ai été formé comme enseignant, on m’a expliqué que le savoir était un outil de reproduction des inégalités : ça a été le cœur de la doctrine que nous avons partagée collectivement et qui a inspiré des réformes de l’Education nationale comme celle de la réforme du collège que j’ai combattue".

L'orientation dans le secondaire en question

De son côté Frédérique Vidal s’est livrée logiquement à une défense et une illustration de la politique éducative du gouvernement depuis le dédoublement des classes de CP jusqu’à la réforme de l’entrée à l’université (loi orientation et réussite des étudiants) en passant par la réforme de l’apprentissage (loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel).

S’agissant de l’orientation professionnelle dans le secondaire, la ministre a volontiers convenu que le système pouvait mieux faire après une diatribe de Christophe Catoir jugeant l’orientation "dramatique" en France : "Nous travaillons pour qu’avant le lycée on puisse avoir des présentations des métiers. Non pour demander aux enfants de choisir leur métier, mais pour qu’ils aient conscience de la diversité de ceux qui existent (…)".

Interrogée sur l’enseignement de l’économie à l’école, Frédérique Vidal a là encore reconnu que l’Education nationale "pourrait faire beaucoup mieux et arrêter d’opposer l’économie à l’idéalisme".

Des inégalités dès 4 ou 5 ans

Enfin, Thierry Lepaon, ancien secrétaire général de la CGT, a défendu sa vision : "La formation initiale comme professionnelle doit avant tout permettre aux hommes et aux femmes d’être des citoyens et citoyennes capables de se repérer dans ce monde complexe et changer de métier tout au long de leur vie". Il a rappelé que le système scolaire produisait toujours "6% de gens qui à l’âge de 16 ans ne savaient ni lire, ni écrire ni compter".

Nous travaillons pour que les enfants aient conscience de la diversité des métiers qui existent.
(F. Vidal)

"Si on laisse l’école se débrouiller toute seule avec les enfants dont elle a la charge, le "non accrochage" du système éducatif peut arriver très tôt dès l’âge de 4 ou 5 ans", a jugé Thierry Lepaon qui ne croit pas à la notion de décrochage scolaire : "Je crois plutôt que les enfants n’accrochent pas et à 16 ans quittent le système. Ils ont passé 10 ans dans l’Education nationale sans qu’on puisse leur donner les bases".

Mais l’ancien syndicaliste – qui confie n’avoir su lire et écrire qu’à l’âge de 13 ans quand on l’a autorisé "à écrire en lettre bâtons et non en lettres attachées" – reste optimiste quant à la capacité du système éducatif à égaliser les chances : "Aujourd’hui il y a plus d’enfants ouvriers ayant le bac qu’il y a 20 ans". Alors malgré tous ses défauts, il faut continuer à le faire vivre quand même ! De quoi démarrer la rentrée avec un peu de baume au cœur !

Des inégalités accrues pour réfugiés et immigrants
"1% seulement des réfugiés et des immigrants accède à l’enseignement supérieur". Stefania Giannini, actuelle sous-directrice générale de l’Unesco pour l’Education, ancienne ministre italienne de l’Education nationale de la recherche (2014–2016) dans le gouvernement de Matteo Renzi, a défendu devant les entrepreneurs du Medef une stratégie éducative inclusive pour les réfugiés et les immigrants.
Trop peu disposent en effet de ce droit humain fondamental d’aller à l’université. "Pour lutter contre les inégalités sociales il ne faut pas laisser les enseignants seuls dans la classe", estime Stefania Giannini. "Il y a des classes dans les pays d’Europe qui comportent 19 ou 20 langues maternelles et les étudiants n’ont pas les moyens de comprendre la discipline enseignée car ils ne maîtrisent pas la langue du pays d’accueil". Au sein de l'Unesco, la spécialiste de l'éducation est en charge du suivi de la mise en œuvre de l’agenda Éducation 2030 contenu dans l’Objectif de développement durable 4 (ODD) des Nations unies.


Etienne Gless | Publié le

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Frida la blonde.

Et bien on s'est pas encore sortis le cul des ronces si on compte sur l'Educ' Nat' pour se réformer sous la houlette des bobos LREM/LR qui envoient leurs mouflets à l'Ecole Alsacienne avant de les envoyer à Ginette. Je vous laisse deviner la suite ! Ils trouvent le système EX-CEL-LENT !!!

parent de boursiers.

blabla et blabla une fois de plus!Seuls les enseignants sont capables de détecter les élèves en difficulté car les parents manquent de recul sur leur enfant pour le juger mais les enseignants sont-ils prets à prendre cette responsabilité et à proposer et mettre en oeuvre leurs solutions sans se réfugier derrière le manque de moyens?Le systeme éducatif doit passer de la sélection dans l'enseignement supérieur à la détection en collège lycée avec ce que ça comporte de prise de risque pour les évaluateurs et leurs résultats