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Les universités européennes, pour "redonner un second souffle" au processus de Bologne

Laura Taillandier
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Les universités européennes, pour "redonner un second souffle" au processus de Bologne
Le projet-pilote de ce "European university network" débutera en 2019. // ©  Jan Scheunert/ZUMA/REA
Réunis dans le cadre du colloque annuel de la CPU, les présidents d'université ont débattu des futures universités européennes, dont le premier appel à projets sera lancé à l'automne 2018 dans le cadre d'Erasmus +. Ce projet en construction ne sera pas une labellisation de structures existantes, prévient la ministre de l'Enseignement supérieur.

Partir des établissements pour redynamiser le paysage de l'enseignement supérieur européen : c'est l'un des objectifs des futures universités européennes, annoncées en septembre 2017 par le président de la République, Emmanuel Macron. Encore imprécis, le contour de ces réseaux d'établissements doit se dessiner rapidement en vue de la Conférence ministérielle de Paris, qui se tiendra les 24 et 25 mai 2018.

Une nouvelle étape pour Bologne

"Cette idée est un second souffle, une nouvelle étape pour l'espace d’enseignement supérieur européen", lance avec enthousiasme Simone Bonnafous, chargée de mission Bologne au ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, au colloque annuel de la Conférence des présidents d'université, qui se tenait à Dijon le 16 mars 2018. "Aujourd'hui, le processus de Bologne s'est bureaucratisé. Bien sûr, les choses ont bougé, les BTS, les classes préparatoires aux grandes écoles se sont mis à compter en ECTS, mais cela s'est tassé. Il y a moins d'enthousiasme sur le terrain. C'est devenu plus technique", déclare-t-elle. Ce second souffle doit, selon elle, "redonner la main aux acteurs de l'enseignement supérieur".

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Ces universités européennes devront remplir plusieurs missions, selon la ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche. "Elles doivent apporter une réponse à une première question : qu'est-ce qu'un étudiant européen ?" souligne Frédérique Vidal. "Un étudiant européen doit avoir l’impression d’être dans son université lorsqu'il étudie dans un autre établissement que le sien." Autres objectifs : assurer la mobilité des personnels pour diffuser une pédagogie commune et créer un "vrai diplôme européen". "Aujourd'hui, on se contente d'agrafer les diplômes de différents pays", résume la ministre.

Le président de la CPU (Conférence des présidents d'université), Gilles Roussel, voit cinq dimensions aux 20 futurs ensembles européens : la formation, la recherche, l'innovation, la mobilité et l'entrepreneuriat. Chacun d'entre eux devrait compter cinq établissements, soit une centaine au total.

Un premier projet-pilote en 2019

Pour avancer dans la construction de ces universités, la Commission européenne a ouvert une concertation sous deux formes. Un premier groupe de travail, de "terrain", réunit une cinquantaine de participants à des réseaux d'universités, tandis qu'un groupe d'experts issus de chaque État-membre est chargé de définir le concept. "Nous devons nous accorder assez rapidement sur les critères d'éligibilité, afin de lancer le projet-pilote dans le cadre d'Erasmus + en 2019", rappelle Francesca Maltauro, qui suit le dossier au sein de la Commission européenne.

Les universités sont invitées à faire remonter des propositions. En avril, une synthèse sera établie en vue de définir, le 22 mai, une feuille de route détaillée. En juillet, une résolution européenne recensera des critères de cadrage au comité de programme Erasmus +, avant le lancement d'un appel à projets à l'automne. "Il y aura deux années d'expérimentation avant le prochain programme-cadre européen (FP9). C'est une respiration utile", relève la ministre de l'Enseignement supérieur. Qui l'assure : "Il n'y aura pas de trous d'air dans le portage politique." Les moyens alloués aux universités seront pris sur des lignes budgétaires du programme Erasmus +, avant que des moyens spécifiques ne leur soient dédiés dans le futur FP9.

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Des réseaux encore en question

D'ici là, la concertation devra résoudre de nombreuses questions encore en suspens. Faut-il des regroupements généraux ou spécialisés, sur des thématiques bien précises ? Quelles seront les règles de la course ? Y aura-t-il un nombre de candidatures minimum par université ? Avec une crainte sous-jacente, pour certains présidents d'université : que ces réseaux favorisent une fois de plus les mêmes "champions mondiaux". "Il ne faut pas que l'idée soit détournée dans une espèce de chasse aux trophées", note Fabienne Blaise, vice-présidente de la CPU.

"Il faut voir comment répartir les efforts entre les membres du réseau pour obtenir un supplément de valeurs avec une forme d'intégration plus forte que celle existant aujourd'hui au niveau européen. Il ne faut pas que la notion d'excellence soit pensée de manière à renforcer uniquement les meilleurs. Il y a un risque de dualisation", renchérit Renaud Dehousse, président de l’Institut universitaire européen de Florence.

Comment nommer ces universités ?

Il faudra aussi s'accorder sur le nom de ces futurs regroupements, pour le président-directeur général du CNRS, Antoine Petit : "Les mots ont un sens. Réseau ou université, ce n'est pas la même chose. Il faut être clair sur l'objectif poursuivi. Faisons en sorte que cette bonne idée n'ait pas un cadre trop rigide et que l'appel à projets favorise une diversité de réseaux." Le nom de ces futures universités, dénommées pour l'instant "European university network", est ainsi encore en "débat" à la Commission européenne.

Dans l'ensemble, les présidents d'université présents au colloque de la CPU de Dijon se sont montrés enthousiastes sur le projet, certains ayant déjà en tête d'y participer sur la base d'alliances ou de partenariats existants avec d'autres établissements étrangers. À l'image des quatre universités, Sorbonne université, Charles (République tchèque), Heidelberg (Allemagne) et Varsovie (Pologne), qui ont annoncé la création, le 21 mars 2018, de leur alliance, baptisée "4EU". Un "partenariat stratégique", qui entend créer "de nouvelles formes de coopération en recherche, en formation, en innovation, ainsi qu’en termes d’administration et d’établir une plate-forme à même de faciliter les échanges entre chercheurs, étudiants et personnels".

Si ce projet, lancé un an avant les annonces du président de la République, n'avait pas pour objectif premier de rejoindre l'initiative "European university network", le hasard du calendrier fait bien les choses. Cette plate-forme pourrait ainsi "servir de pilote" à l'initiative des universités européennes, fait valoir Sorbonne université. Toutefois, la ministre de l'Enseignement supérieur a prévenu : l'appel à projets "ne sera pas une labellisation de structures existantes". Et "il n'y aura pas de modèle unique."

Les 17 propositions de la CPU pour peser dans les débats européens

À l'issue du colloque de Dijon, la CPU a formulé 17 propositions pour "faire entendre la voix des universités françaises" lors de la Conférence ministérielle européenne organisée en mai prochain, en vue de la publication des orientations du futur programme-cadre européen par la Commission en juin.

La CPU y souligne notamment "l’importance de poursuivre les collaborations avec les universités britanniques au-delà du cadre institutionnel qui sera défini par l’Union européenne à l’issue des négociations autour du Brexit". Dans ce cadre, elle invite "à maintenir une politique généreuse et réciproque d’accueil des étudiants en mobilité".

Elle souhaite également que la proportion d’étudiants ayant bénéficié au cours de leur formation d’une période d’études ou d’un stage dans un autre pays européen soit portée à 50 %. À cette fin, elle demande une augmentation significative des moyens alloués à la mobilité européenne, recommande d’intégrer un volet de mobilité dans les cursus et préconise le développement de la mobilité virtuelle. La CPU appelle au doublement du budget consacré à la recherche et l’innovation dans le prochain programme-cadre.


Laura Taillandier | Publié le

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