Newsletter

Universités lilloises : la voie fédérale préférée à la fusion

Camille Stromboni
Publié le
Envoyer cet article à un ami
Les présidents d'université et directeurs d'école lillois - Octobre 2013 ©C.Stromboni
Les présidents d'université et directeurs d'école lillois - Octobre 2013 ©C.Stromboni

Après Clermont-Ferrand et Rennes, c'est au tour des universités lilloises d'abattre leurs cartes, dans le paysage de l'enseignement supérieur en restructuration. Mais ce n'est, cette fois-ci, pas la fusion qui a été retenue : elles confirment leur choix d'un mode de regroupement fédéral. Une troisième voie qui a pour mot d'ordre "l'ambition", ont assuré les responsables des établissements de la métropole, le 14 octobre 2013.

Si la loi sur l'enseignement supérieur et la recherche et les futurs Investissements d'avenir ont pu orienter plusieurs sites vers la fusion, les universités lilloises ont tiré une autre leçon de ces nouvelles règles du jeu. Elles ont opté pour la poursuite et l'accélération d'un modèle collaboratif, en mode "projet", en écartant la question institutionnelle. Les présidents et directeurs d'établissements lillois étaient réunis pour présenter cette stratégie d'approfondissement, lundi 14 octobre 2013.

Privilégier l'action sur l'institution

"L'essentiel est de réaliser des projets précis, plutôt que de se lancer dans une démarche institutionnelle. Nous sommes attendus sur du concret", a résumé d'entrée de jeu le président de l'université Lille 2, Xavier Vandendriessche.

Cinq grands axes sont à l'ordre du jour dans des groupes de travail communs entre établissements : la recherche, la formation, les relations internationales, les conditions de vie et de travail, et enfin les fonctions supports. Avec un calendrier d'actions à mettre en place ensemble d'ici 2014-2015.

Exemples : "la réponse mutualisée dans le montage de projets européens à venir", la "mutualisation des achats avec la signature d'une convention cadre, puis de conventions spécifiques à chaque marché", la "publication par chaque établissement sur l'intranet du site Université de Lille des postes BIATSS à pourvoir"… Côté formation, le développement des passerelles entre établissements ou encore la construction d'un modèle commun de formation tout au long de la vie, sont au programme pour 2014.

Une manière d'écarter l'épineuse question de la fusion, évoquée et repoussée à plusieurs reprises sur le site lillois. "Plus nous allons être dans l'interdépendance, plus les aspects institutionnels s'imposeront d'eux-mêmes, a assuré le président de Lille 2. Il ne faut pas mettre la charrue avant les bœufs. Si cela fonctionne, l'issue naturelle, à terme, sera forcément la fusion. Mais pour l'instant, consacrer notre énergie à l'harmonisation des durées de travail, de congés ou encore des différents régimes indemnitaires des personnels, c'est extrêmement compliqué, coûteux en temps et en moyens, alors que la réalisation des projets répondant à nos missions est prioritaire."

"Il y avait auparavant une forte contrainte de la part du gouvernement, ajoute Philippe Rollet, président de Lille 1. Ce n'est plus le cas aujourd'hui."

Nous sommes attendus sur du concret (X.Vandendriessche)

Idex 3 : pas d'inquiétudes

Cette contrainte s'exprimait aussi avec les appels à projets du Grand emprunt, où la question de la gouvernance a pu pénaliser les Lillois, qui n'ont pas obtenu d'Idex. A l'heure du lancement d'une nouvelle vague d'Initiatives d'excellence par le gouvernement socialiste, ce choix d'un mode de rapprochement souple ne risque-t-il pas d'être de nouveau handicapant ?

Les présidents lillois balayent la question, et avancent leur argument. "Nous n'aurons pas juste du déclaratif, mais du concret", assure Philippe Rollet, soulignant que l'échec aux précédentes vagues Idex est surtout dû à un potentiel de recherche inférieur aux autres régions, du fait de la faible présence des grands organismes.

Sans oublier la sous-dotation des universités lilloises. Exemple à l'appui à Lille 2 : "Dans la recherche médicale, nous sommes classés 7e, l'UPMC est première. Nous avons un déficit de 450 postes, l'UPMC a un excédent de près de 700 postes... Nous n'avons donc rien à envier en terme de productivité ou d'excellence", sourit Xavier Vandendriessche.

"Nous avons tout de même été bien évalués sur l'Idex 2", complète Philippe Rollet, qui souligne également les victoires obtenues aux autres appels à projets (Labex, Equipex, SATT, IRT, IEED).

Université Lille 2 - ©Université de Lille

A quel niveau territorial se situera cette fois-ci la réponse à l'Idex ? Entre les deux vagues précédentes, les Lillois étaient en effet passés d'une réponse régionale, avec l'ensemble des établissements du Nord-Pas de Calais, à une réponse lilloise uniquement. Dorénavant, un dossier régional semble se profiler. "Une partie de la réponse devrait être lilloise, mais il est difficile de s'exprimer tant que nous n'avons pas l'appel d'offre", note Philippe Rollet.

Pour le nouvel appel Idex, un dossier régional semble se profiler

Une stucturation à deux niveaux dans le Nord-Pas de Calais

Quant au lien avec les autres universités (Littoral, Artois, Valenciennes) et écoles de la région, les Lillois assurent que leur démarche commune vient s'inscrire "sans exclusion" aucune. Tous font partie de la communauté d'universités et établissements "Lille Nord de France" qui a succédé au PRES, dont les statuts sont en cours de discussion, et celle-ci n'a pas vocation à changer d'échelle.

"Il y a une démarche régionale et des démarches de site [Lille, Artois, Valenciennes, Littoral], qui n'ont rien de contradictoire". Le contrat de site, qui sera signé au niveau de la communauté, "aura différents volets, comme le prévoit la loi, avec les mises en commun régionales et par site. Il sera multi-dimensionnel. C'est très cohérent", conclut Philippe Rollet. Dont acte.

Les 9 présidents et directeurs d'établissements lillois
Sur la photo de haut en bas, de gauche à droite : Jacques-Hervé Lévy (ENSAIT), Bernard Fontaine (ENSCL), Bernard Bonte (Télécom Lille), Pierre Mathiot (Sciences po Lille), Etienne Craye (Centrale Lille), Pierre Savary (ESJ) ; Fabienne Blaise (université Lille 3), Xavier Vandendriessche (université Lille 2), Philippe Rollet (université Lille 1).
Lire aussi
Le dossier de presse de l'Université de Lille (pdf)

Les billets de Pierre Dubois sur le Nord-Pas de Calais
Le billet de Gaia Universitas : Université de Lille : une affaire trop sérieuse pour être confiée aux universitaires

La biographie de Philippe Rollet (Lille 1)
La biographie de Xavier Vandendriessche (Lille 2)
La biographie de Fabienne Blaise (Lille 3)

Camille Stromboni | Publié le

Vos commentaires (0)

Nouveau commentaire
Annuler
* Informations obligatoires