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Compétences : les universités se saisissent du PEC

Catherine de Coppet
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Mis en place par le FEJ (Fonds d’expérimentation pour la jeunesse) il y a trois ans pour faciliter l’insertion professionnelle des étudiants, le PEC (Portefeuille d’expériences et de compétences) rencontre, malgré la difficulté à mobiliser les enseignants, une attractivité importante au niveau des établissements.

Ce n'est qu'un premier bilan, mais ses principales conclusions ne ­devraient pas fortement évoluer d'ici à la fin de l'année. Remis le 22 février dernier au FEJ par le Céreq, le rapport intermédiaire d'évaluation du PEC, lancé en 2009, analyse la mise en place de cet outil. Outil censé aider les étudiants à formuler et à compiler, via une interface informatique, l'ensemble des compétences qu'ils ont acquises (universitaires, professionnelles ou tirées de leur vécu). Le but étant de mieux préparer leur parcours d'études et leur future insertion professionnelle. "Le PEC se situe dans la droite ligne de la VAE [validation des acquis de l'expérience], même si les entreprises ne sont pas associées à la démarche en amont, et encore moins habituées à ce nouveau langage venant de l'université", souligne Jacques Aubret, professeur honoraire en psychologie, membre du conseil scientifique du PEC.

Près d'une trentaine d'universités participent à ce jour au projet PEC. L'outil est intégré aux unités d'enseignements ou aux activités proposées par les SCUIO.

Une évaluation sur 13 universités

Dans le cadre de son évaluation, le Céreq s'en est tenu au cadre de l'expérimentation lancée et ­financée par le FEJ, à savoir les parcours de licences au sein de 13 universités (1) choisies pour l'homogénéité de leur offre de formation (cf. encadré). Concrètement, le Céreq s'intéresse à trois aspects du dispositif : l'accompagnement qui y est associé, sa réception par les étudiants, et son positionnement institutionnel. Théoriquement, l'accompagnement prend, au choix, la forme d'une session de formation de trois heures, d'un TD d'accompagnement (sur trente heures, par exemple), ou de permanences de conseil et de suivi pour les étudiants déjà formés au dispositif.

"De fait, cet accompagnement en dehors des unités d'enseignement n'existe pas encore", indique Philippe Lemistre, ingénieur de recherche au Céreq, chargé de l'évaluation. Une situation qui s'explique par la difficulté de trouver des personnels volontaires. "Les enseignants-chercheurs, qui représentent un tiers des accompagnateurs environ, sont difficiles à mobiliser, constate Philippe Lemistre, leur carrière est valorisée sur la recherche, moins sur l'enseignement, et encore moins sur ce type de module d'enseignement." Si la mission d'orientation dévolue aux enseignants est de plus en plus affichée au niveau institutionnel (référentiels de compétences, maquettes, etc.), les moyens de pression sont faibles. Sans parler du fait que la démarche d'analyse du vécu, des compétences acquises, associée au PEC n'est pas facile à adopter.

Un outil utile, mais pas central pour les étudiants

Les étudiants – 50 ont été entendus par le Céreq – trouvent une utilité à la démarche, mais n'en font pas un élément prioritaire de leur cursus. "Pour eux la plus-value se situe dans le fait d'apprendre à faire un CV ou un bilan de compétences, résume Philippe Lemistre ; le fait que ce processus introspectif s'inscrive dans une UE avec une note à la clé les gêne : comment s'exprimer librement en sachant que ses propos vont être jugés, évalués ?"

La durée de l'expérimentation n'a pas permis au Céreq de mesurer objectivement l'efficacité du PEC sur l'insertion des étudiants. Seule donnée recueillie à ce jour : le taux de poursuite d'études est entre 2 et 3% supérieur chez les étudiants ayant bénéficié du PEC que chez les autres.

Certaines universités ont intégré le PEC à des dispositifs existants (plan réussite en licence, projet professionnel de l'étudiant, modules transversaux...) Un moyen pour le "PEC d'exister hors du financement FEJ", relève Philippe Lemistre. Le dispositif ne s'arrêtera donc sans doute pas à sa phase expérimentale. À condition d'être promu de façon visible par le MESR (ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche), prévient le Céreq. Mais aussi d'intégrer la culture des entreprises elles-mêmes. "Il faut que l'entreprise soit partie prenante de l'élaboration du PEC, estime Jacques Aubret, c'est un aspect qui reste à construire pour la crédibilité du dispositif."

(1) Éléments communiqués principalement par Jean-Pierre Faudet, co-fondateur et chef de projet PEC.

Le PEC en chiffres

• 13 universités choisies pour l’expérimentation du FEJ.
• 30 universités en tout participent de près ou de loin au dispositif.
• 22 000 étudiants de licence touchés en 2012 dans les 13 universités de l’expérimentation.
• 50 000 étudiants touchés en tout depuis 2009, tous niveaux et établissements confondus.
• 2-3 % : c’est la proportion supplémentaire d’étudiants en licence qui poursuivent leurs études lorsqu’ils ont suivi le PEC par rapport à ceux hors de la démarche.
Philippe Lemistre

Philippe Lemistre est ingénieur de recherche au Céreq (Centre d'études et de recherches sur les qualifications), chargé de l'évaluation.


Jacques Aubret

Jacques Aubret est professeur honoraire en psychologie, membre du conseil scientifique du PEC.



Catherine de Coppet | Publié le

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