Lien formations - entreprises : retour sur les sept mesures du gouvernement Macron

Etienne Gless
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Lien formations - entreprises : retour sur les sept mesures du gouvernement Macron
// ©  Come SITTLER/REA
Alors que l'élection présidentielle est en cours, les ministres en place défendent les mesures prises durant le quinquennat. Le 16 mars dernier, lors de la première conférence des métiers et des compétences, les ministres de l'Education, de l'Enseignement supérieur et du Travail ont mis en lumière toutes leurs actions pour rapprocher les formations des entreprises.

Renforcer l'approche par compétences, créer des campus des métiers et des qualifications, appels à manifestation d'intérêt "Compétences et métiers d’avenir" Jean-Michel Blanquer, Frédérique Vidal et Elisabeth Borne ont profité de la publication du rapport prospectif de France Stratégies et de la Dares sur les métiers en 2030 et de la première conférence des métiers et des compétences qui s'est tenue le 16 mars pour vanter leur bilan.

Lors de cette conférence, ils ont pu évoquer les différentes mesures prises pendant leur mandat pour favoriser le rapprochement des formations au monde de l'entreprise. EducPros fait le récap en sept points.

1. Mettre en adéquation les formations et les métiers de demain

Après cinq années passées à la tête du ministère de l'Education, Jean-Michel Blanquer estime raisonnable de vouloir mettre en adéquation les formations et les métiers de demain même si ceux-ci changent très vite. "Nous avons, depuis 2017, essayé de décloisonner et de faire travailler ensemble l'Education nationale, le Travail et l'Enseignement supérieur. Nous l'avons fait en 2018 avec la loi Avenir pro [NDLR : loi du 5 septembre 2018 sur la liberté de choisir son avenir professionnel qui a réformé l'apprentissage], puis, en 2020 avec le plan "1 jeune, 1 solution" et cela a donné des résultats très concrets", se félicite le ministre.

Il évoque notamment les CPC (Commissions professionnelles consultatives) qui examinent les projets de création, révision ou de suppression de diplômes et titres à finalité professionnelle délivrés au nom de l'Etat. "Depuis 2019, nous avons réformé 58 diplômes sur 400 et avons fixé l'objectif que tout diplôme connaisse une rénovation au moins tous les cinq ans", précise Jean-Michel Blanquer.

Ce dernier se félicite aussi de la mise en place des régions académiques et de l'évolution de la carte des formations : "nous avons fermé des formations qui ne menaient pas à l'emploi et ouvert celles qui correspondaient à des secteurs en tension", affirme-t-il.

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2. Informer le public sur la réalité des débouchés

Pour mieux informer sur la réalité du marché du travail, le gouvernement a aussi lancé "un nouvel outil en open data pour donner des indications aux élèves et à leurs familles", explique Edouard Geffray, directeur général de l'enseignement scolaire (Dgesco). Ainsi est née Inserjeunes, une application pour trouver sa formation professionnelle (du CAP au BTS) en fonction de son taux d'insertion professionnelle.

Nous avons fermé des formations qui ne menaient pas à l'emploi et ouvert celles qui correspondaient à des secteurs en tension. (J-M. Blanquer, ministre de l'Education nationale)

"Ces données permettent de savoir, formation par formation, le taux de pression – soit le nombre de candidats à l'entrée en formation – et le taux d'insertion – soit le nombre de jeunes qui entrent sur le marché du travail après la formation", continue le Dgesco.

Il estime d'ailleurs que cette application peut être un bon outil de pilotage pour certains acteurs comme les régions. "Si je constate que j'ai des formations avec un très fort taux de pression et un faible taux d'insertion, cela veut dire qu'il faut que je repense l'orientation en amont".

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3. Intégrer les employeurs dans les parcours de formation

Côté enseignement supérieur, Frédérique Vidal se targue d'avoir "décloisonné les parcours de formation et fait en sorte qu’il y ait dans ces parcours de formation la présence des employeurs". Pour la ministre, c'est aux futurs employeurs de définir les compétences de métiers et non aux enseignants et enseignants-chercheurs qui "n'ont eux-mêmes jamais exercé." Elle estime d'ailleurs que cette approche pourrait "augmenter l'insertion professionnelle des étudiants".

Et la ministre considère que mettre les employeurs dans la boucle favorise les parcours pluridisciplinaires : "On sait que les grands défis de demain – biomatériaux sourcés, hydrogène vert, observation de l'espace ou des grands fonds marins – mobiliseront le meilleur de plusieurs disciplines".

4. Poursuivre l'approche par compétences

Toujours dans une logique d'insertion professionnelle, Frédérique Vidal rappelle son action dès le début du quinquennat pour "définir les diplômes notamment de premier cycle dans une approche par compétences." Un projet "extrêmement nouveau" dont l'objectif était de "sortir de la question de l’'adéquationnisme'".

Illustration de cette approche par compétences – qui a permis de rénover les filières et de rapprocher l'enseignement supérieur du monde professionnel ? : la transformation du diplôme phare des IUT, le DUT, en BUT (bachelor universitaire de technologie).

"Avec le BUT, on a basculé dans une réécriture complète des programmes des IUT. Ce ne sont plus des programmes avec une liste de connaissances à acquérir mais des programmes réorganisés par blocs de compétences et c’est là aussi un moyen de rapprocher les deux mondes", estime Anne-Sophie Barthez, directrice générale de l'enseignement supérieur et de l'insertion professionnelle (Dgesip).

Deux milliards d'euros pour les compétences et métiers d'avenir
Dans le cadre de France 2030, un appel à manifestation d’intérêt "Compétences et métiers d’avenir", a été lancé fin janvier 2022. "Doté de 2 milliards d’euros il doit permettre d'avoir les bonnes compétences à tous les niveaux de qualification dans les dix filières stratégiques du plan France 2030 : l’opérateur, le technicien, l’ingénieur", explique Elisabeth Borne, la ministre du Travail. "En deux mois, plus de 80 projets ont déjà été déposés ce qui montre que notre appareil de formation initiale et continue est pleinement conscient des enjeux et qu'il s’est mobilisé".

5. Rapprocher les deux mondes grâce aux campus des métiers et des qualifications

Et, la création de 113 campus des métiers et des qualifications (CMQ) – dont plus de 40 campus d'excellence qui sont autant de vitrines – traduit cette politique de décloisonnement. Ces "Harvard du pro" – comme les surnomme Jean-Michel Blanquer – rassemblent en un même lieu autour d'un même champ de compétences un lycée professionnel, un centre de formation d'apprentis, une institution d'enseignement supérieur et éventuellement de recherche et un incubateur d'entreprise.

"Les CMQ sont un outil majeur de rapprochement des acteurs économiques et de l'enseignement supérieur et des territoires", souligne Anne-Sophie Barthez. "Ils illustrent très bien ce que nous appelons dans notre jargon les 'politiques de site'. On demande à tous les acteurs de l'enseignement supérieur et de la recherche – écoles, université, privé, public – de s'organiser sur un territoire partagé pour mieux faire réussir les étudiants".

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6. Développer la culture économique des professeurs

Dans les projets qu'esquissent les membres du gouvernement en place, figure aussi la rencontre entre professeurs et entreprise. Le gouvernement a ainsi organisé une première université Ecole-entreprise en novembre dernier mais souhaite aller plus loin.

"Nous allons doubler le nombre de départs en stage de nos professeurs en entreprise. (…) De fait l’essor culturel est saisissant : on a un nombre de professeurs inscrits pour des stages en entreprise comme on n’en a jamais eus", constate Edouard Geffray, directeur général de l'enseignement scolaire (Dgesco).

Les campus des métiers et des qualifications sont un outil majeur de rapprochement des acteurs économiques et de l'enseignement supérieur et des territoires. (A-S. Barthez, Dgesip)

Et de rappeler la mise en place depuis fin 2021 dans toutes les académies d'une équipe avec un numéro et un mail uniques que n’importe quelle personne souhaitant travailler sur la relation école-entreprise peut appeler.

Mais, selon le Dgesco, à l'échelon institutionnel, il reste cependant du chemin à parcourir : "Le dernier kilomètre qui nous manque c’est de faire en sorte qu’on puisse remonter le plus tôt possible dans la scolarité des élèves pour qu’on ait une forme de cursus d’imprégnation complet et d’autre part qu’on facilite les relations interpersonnelles avec le monde de l’entreprise".

7. Améliorer encore l'orientation et l'information des élèves

Car beaucoup reste à faire dans l'information sur les études et les métiers, une compétence des régions depuis 2019. Le ministre de l'Education nationale le reconnait lui-même, on peut faire mieux : "Au lycée les 54 heures d'orientation sont des heures élèves, analyse Jean-Michel Blanquer. On organise l’emploi du temps pour que dans sa scolarité au lycée chacun puisse bénéficier durant 54 heures d’un temps autour de l’orientation. C’est un temps qui ne peut être utilement rempli que si les acteurs se mettent ensemble pour fabriquer le parcours d’orientation de l’élève".

La crise sanitaire a certes freiné l'élan mais au-delà de la conjoncture, l'orientation constitue toujours un défi en 2022 : "C’est très compliqué au collège et au lycée aujourd’hui", déplore François Bonneau, président de la région Centre-Val-de-Loire et président de la commission Education, orientation formation emploi de Régions de France. Les régions poussent ainsi l’idée d’une agence régionale de l’orientation pour une montée en puissance de l’information sur les métiers. De telles agences existent déjà dans deux régions, en Normandie et Auvergne-Rhône-Alpes.

Autre proposition évoquée par François Bonneau : "Créer sur le modèle des classes découvertes des classes entreprise pour que les élèves, durant une semaine, avec leur professeur, puissent découvrir deux ou trois réalités professionnelles". "Pourquoi pas sur le temps périscolaire, en clair les vacances ?", suggère Jean-Michel Blanquer.

Informer plus et plus tôt pour mieux choisir plus tard ? C'est une des propositions de campagne du président-candidat Macron : "Tous les enfants découvriront, de la 5e à la 3e, plusieurs métiers, dont les métiers techniques et manuels", promet le président-candidat dans sa lettre aux Français.


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