Loi sur l’enseignement supérieur et la recherche : les entreprises dans l’expectative

Catherine de Coppet
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Assises ESR en Ile-de-France – octobre 2012 – ©Camille Stromboni
Assises ESR en Ile-de-France – octobre 2012 – ©Camille Stromboni
Traduire en actes la volonté de mieux travailler ensemble, c’est le vœu formulé par les acteurs du monde socio-économique à l’issue des Assises de l'enseignement supérieur et de la recherche, dans la perspective de la loi Fioraso. Le point sur les attentes des entreprises.

Pas assez concrètes. Qu'ils les aient jugés riches et intenses ou au contraire décevantes, les acteurs de l'entreprise s'entendent sur le fait que les Assises ESR ne sont pas suffisamment entrées dans le vif du sujet des relations entre monde économique et monde de l'enseignement supérieur et de la recherche. "Les débats en sont restés à de simples constats sur la nécessité de travailler ensemble", souligne le Medef. "Les Assises et le rapport Berger ont donné à l'entreprise une place très classique", regrette pour sa part Godefroy Beauvallet, directeur du Fonds Axa pour la Recherche, "elle y est caractérisée par l'aval, l'application, les modalités technologiques."

Un rapprochement universités-entreprises à réaffirmer

Pour de nombreux représentants d'entreprise, ces quatre mois de discussions ont néanmoins permis aux différents interlocuteurs de s'écouter en affirmant leurs places respectives. "Il me semble que les représentants des entreprises ont su garder une attitude respectueuse dans les débats qui concernaient en propre le monde de l'enseignement supérieur et de la recherche, sans entrer dans le délit d'ingérence", souligne Christophe Lecante, PDG de TKM et vice-président du Comité Richelieu, membre du comité de pilotage des Assises.

Au-delà du respect mutuel, les échanges ont acté la poursuite du rapprochement entre monde académique et monde économique. "L'importance de ce rapprochement a été réaffirmée, tant sur les principes que par des annonces concrètes, par exemple sur le Crédit Impôt Recherche", souligne Godefroy Beauvallet. Une allusion à la proposition 57 (1) du rapport Berger, saluée également par le Medef : "Le CIR est un excellent outil, notamment pour les PME qui souhaitent se développer. Il ne concerne pas que les grands groupes, sa reconduction est une bonne nouvelle."

Impliquer les entreprises dans l'offre de formation

Prochaine étape pour les entreprises, voir se concrétiser dans le cadre de la future loi, l'implication du monde socio-économique dans la définition des stratégies de recherche et de formation.

Du côté enseignement supérieur, le Medef prône un rapprochement universités-entreprises plus en amont : "Promouvoir l'apprentissage à l'université ne sert à rien si ça ne s'inscrit pas dans un cadre stratégique. Avant d'ouvrir une formation, il faut consulter des personnalités qualifiées, s'interroger sur les débouchés. Certaines universités travaillent déjà en ce sens." Le Medef souhaiterait voir l'autonomie des universités renforcée par la future loi, afin de permettre notamment une plus grande ouverture internationale et "une orientation sélective via, par exemple, la création de parcours différenciés comme des filières d'excellence ou des cursus renforcés selon le niveau de l'étudiant". Toujours eu égard à l'orientation des étudiants, le Medef aimerait voir inscrire dans la loi l'obligation pour les universités de communiquer les taux d'insertion professionnelle des diplômes de premier cycle, mais aussi de former à l'esprit d'entreprendre.

Promouvoir l'apprentissage à l'université ne sert à rien si ça ne s'inscrit pas dans un cadre stratégique. (Medef)

Simplifier le système de recherche

Autre élément fort sur lequel la loi devra se prononcer : la simplification du système de recherche, et la clarification des rôles de chacun, notamment concernant le transfert de technologies. "Il faut que les entreprises et en particulier les PME innovantes soient sollicitées dans la gouvernance de la recherche, cela contribuera à une meilleure lisibilité du système. Plus généralement, les PME doivent être mieux connectées à la recherche publique", estime Christophe Lecante, "des règles doivent être identifiées pour éviter les situations de concurrence", pointe-t-il.

Sur ce point, les dirigeants d'entreprise espèrent que les travaux de la mission Beylat-Tambourin sur la réforme de la politique de transfert donneront des pistes de réponse précises. "Il faut veiller à ce que le transfert de certaines compétences dans le cadre de la décentralisation ne signifie pas une réduction de la compétitivité à une vision régionale. Il faut raisonner à l'échelle européenne et internationale si l'on veut que nos PME se développent", poursuit le vice-président du comité Richelieu.

Enfin, pour les acteurs du monde socio-économique, l'ensemble de ces exigences reste suspendu à l'épineuse question du financement. Godefroy Beauvallet s'interroge : "Comment les orientations préconisées vont-elles être compatibles avec les restrictions budgétaires ?" Réponse dans les prochains mois...

(1) la note d'intention de la proposition, selon laquelle "la dépense privée pour la recherche et le développement en France est faible" et que "réduire le Crédit Impôt Recherche n'est donc sans doute pas une direction à prendre".

Retrouvez l'intégralité des interviews de Godefroy Beauvallet, directeur du Fonds Axa pour la Recherche, et Christophe Lecante, PDG de TKM et vice-président du Comité Richelieu, sur Interface, la lettre des relations écoles-universités-entreprises.

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