Newsletter

Loi Travail : la mobilisation lycéenne et étudiante monte d’un cran

Delphine Dauvergne
Publié le
Envoyer cet article à un ami
Des étudiants de Paris-Ouest-Nanterre-la-Défense ont manifesté contre le projet de loi El Khomri le 17 mars 2016 à Paris.
Des étudiants de Paris-Ouest-Nanterre-la-Défense ont manifesté contre le projet de loi El Khomri le 17 mars 2016 à Paris. // ©  Simon LAMBERT/HAYTHAM-REA
Si assemblées générales et manifestations contre le projet de loi El Khomri ont pris de l'ampleur depuis une semaine selon l'Unef, les blocages de lycées et d'universités et les fermetures administratives de quelques sites universitaires emblématiques dénotent une tension croissante.

"Assemblée générale à midi, venez nombreux !" s'époumonent deux étudiants à l'entrée de Paris 8, première université mobilisée contre le projet de loi Travail. Le 16 mars, dans un amphi rassemblant plus de 500 personnes, les étudiants ont voté la poursuite de "l'occupation progressive des locaux", qui a commencé le 11 mars 2016. Quatre salles de cours et un amphithéâtre ont déjà été investis, une quarantaine de personnes y restant chaque nuit.

Les escaliers de l'université Paris 8 ont été décorés avec des slogans appelant à la révolteLes escaliers de l'université Paris 8 ont été repeints de slogans appelant à la manifestation. // © Delphine Dauvergne

Les banderoles à l'entrée de l'université et des slogans peints sur les murs donnent l'impression que les jeunes se sont réapproprié leur lieu d'études. "Beaucoup d'enseignants sont solidaires ou même en grève avec nous. Des cours alternatifs en lien avec le mouvement ont été mis en place, mais aussi des partiels adaptés aux étudiants grévistes", assure Ambre, étudiante en L2 de sciences politiques.


Si les étudiants se sentent concernés par le projet de loi Travail "qui les touche directement puisqu'ils sont souvent aussi des salariés précaires", leurs revendications sont plus larges. "Nous demandons la levée de l'État d'urgence, la régularisation des sans-papiers, le refus de la déchéance de nationalité... Mais nos débats abordent aussi les conditions d'études à l'université", détaille Ambre.

Paris 3 commence à se mobiliser

Si Paris 8 est une figure de proue du mouvement qui se met en place, les étincelles n'ont pas pris partout. À Paris 3, l'ambiance est nettement différente. Une cinquantaine d'étudiants se sont réunis pour leur première AG dans la cour le 17 mars, faute d'avoir réussi à obtenir un amphi. "La semaine prochaine, on en prendra un de force s'il le faut !" promet un étudiant à la tribune. À l'unanimité, la création d'un comité de mobilisation est votée, ainsi que la revendication d'obtenir la banalisation des cours pour la prochaine AG, prévue pour le 24 mars.

Une cinquantaine d'étudiants de Paris 3 ont voté la création d'un comité de mobilisation, avant de partir en manifestation le 17 mars 2016.

PREMIERS blocages 

Dans la journée, des blocages ont été organisés par les étudiants dans plusieurs établissements : à Paris 8, mais également à Orléans, Tours, au département de lettres de Limoges ou encore à Sciences po Rennes. À Paris-Ouest-Nanterre-la-Défense, un barrage filtrant a été mis en place. Selon l'Unef, 70 AG ont eu lieu ce 17 mars, dans toute la France, contre 50 annoncées la semaine dernière.

À Rennes, plusieurs milliers de manifestants, en grande majorité étudiants, ont envahi la gare ferroviaire, pour en occuper les voies. À Toulouse-Jean-Jaurès (anciennement Le Mirail), l'assemblée générale du 17 mars, qui a rassemblé 300 étudiants, a voté contre le blocage de l'établissement. Une surprise, pour cette université traditionnellement parmi les premières mobilisées.

Par crainte de blocage, la Sorbonne et le site de Tolbiac ont été fermés, sur ordre du rectorat. Des fermetures administratives ont aussi eu lieu sur un site de Bordeaux (La Victoire) et à Lyon 2. 

davantage de manifestants selon l'unef

Les lycéens se sont davantage mobilisés que lors de la journée du 9 mars. À mi-journée, 115 établissements scolaires étaient bloqués, selon le ministère de l'Éducation nationale, contre 90 la semaine dernière. L'UNL (Union nationale lycéenne) comptabilise 200 lycées mobilisés, dont 60 en région parisienne. Place de la République, le lycée Turgot est bel et bien bloqué. La première tentative faite le 9 mars n'avait pas pris.

Organisée à l'appel de 23 organisations de jeunesse, dont l'Unef, et les principales organisations lycéennes (SGL, UNL, FIDL), la manifestation du 17 mars a rassemblé, selon l'Unef, 150.000 jeunes, contre 100.000 personnes le 9 mars. Quant au ministère de l'Intérieur, il annonce 69.000 manifestants dans toute la France.

Le nombre de participants dans les cortèges étudiants et lycéens a progressé dans plusieurs villes, toujours selon le syndicat étudiant : de 5.000 à 12.000 à Rennes, de 5.000 à 10.000 à Lyon, ou encore de 4.000 à 6.000 à Toulouse. La préfecture de Paris a annoncé environ 9.000 manifestants dans la capitale.

L'absence de la Fage, retirée du mouvement suite aux négociations avec le gouvernement, n'a pas démobilisé les jeunes. La nouvelle mouture du projet de loi reprend en effet certaines propositions du syndicat étudiant (la garantie jeune universelle et l'extension du compte personne d'activité notamment), un geste satisfaisant pour la Fage.

Prochaines étapes : une coordination étudiante nationale ce week-end à Paris, des manifestations le jeudi 24 mars et une journée d'action intersyndicale des jeunes et des salariés programmée pour le jeudi 31 mars 2016.


Delphine Dauvergne | Publié le

Vos commentaires (0)

Nouveau commentaire
Annuler
* Informations obligatoires