Louis Vogel (CPU) : "Sans moyens, toutes les propositions des Assises resteront un vœu pieux"

Camille Stromboni
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Suite à la publication du rapport final des Assises de l'enseignement supérieur et de la recherche lundi 17 décembre 2012, Louis Vogel, président de la Conférence des présidents d'université, donne son point de vue.

Louis Vogel - président CPU

Le rapport des Assises a été remis au président de la République lundi 17 décembre 2012. Qu'en pensez-vous ?

Beaucoup de choses sont possibles à l'issue de ce rapport, avec des propositions assez larges. Tout dépend d'ailleurs de ce qui sera effectivement retenu dans la future loi. Nous regrettons en tout cas que la question du budget des universités apparaisse de manière quasi-accessoire, alors qu'elle est fondamentale et devrait arriver en premier. Il est vital d'augmenter les moyens des universités, et de les stabiliser, afin de nous permettre d'arrêter de piloter à vue, et de mettre en place de vraies stratégies. Sans moyens, toutes ces propositions resteront un vœu pieux.

Enfin, certains points fondamentaux, comme la mise en place de parcours différenciés en premier cycle, ou la nécessité d'un statut spécial pour les étudiants et enseignants internationaux afin d'assurer notre attractivité, n'apparaissent pas. Les contrats de site sont, en revanche, une excellente idée.

Le rapport fait une large place à la gouvernance des universités, et plus précisément au rôle des présidents...

Et nous sommes en profond désaccord avec plusieurs de ces propositions, qui vont à l'encontre de l'idée d'équipe présidentielle. Par exemple en demandant que le conseil scientifique et le CEVU (conseil des études et de la vie étudiante) soient dirigés par des vice-présidents décisionnaires, indépendants du président (voir proposition n°87). Ce n'est pas possible de créer une université à trois têtes. En éclatant ainsi les pouvoirs, on affaiblirait très fortement les universités autonomes. Tout comme avec la procédure d'impeachment (voir proposition n°94). En cas de crise grave, le ministère peut déjà relever de ses fonctions un président, et nommer un administrateur.

On ressent d'ailleurs une certaine défiance envers les présidents d'université, dont on peut souvent entendre qu'ils seraient "tout puissants", ou qu'ils gèreraient mal leur établissement. C'est pourtant totalement faux : aucun président ne peut gouverner son établissement sans la communauté universitaire.

En éclatant les pouvoirs, on affaiblirait très fortement les universités autonomes.


Comment jugez-vous la proposition de transformer les Idex et les PRES en  grandes universités ?

Les propositions des Assises à ce sujet sont assez larges pour déboucher sur de nombreuses options. Attention surtout à ne pas aboutir à un statut uniforme trop rigide. Le cadre proposé devra être assez souple pour se décliner de manière adaptée à l'ensemble des situations particulières de nos universités, nos Idex et nos PRES. De la même manière, la hiérarchie et le nombre de composantes constituant une université doivent permettre à tous les types d'établissements d'y trouver leur compte.


18 millions d'euros pour le dégel de crédits pour 2012 dans les universités
Outre les dotations 2013, les universités autonomes ont reçu une lettre de la ministre indiquant le dégel de crédits qui leur a été accordé pour clore l'exercice de leur budget 2012.

Au total, celui-ci représente 18 millions d'euros. "Globalement, ces crédits ne couvrent pas les 40 millions de GVT [glissement-vieillesse-technicité] dont avaient besoin les universités pour boucler l'année. C'est d'autant plus inquiétant que cela ne concerne que 2012 : ce qui signifie qu'il faudra repartir à 0 l'an prochain à ce sujet, alors que les sommes de GVT se cumulent d'une année sur l'autre", estime le président de la CPU, Louis Vogel.
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Camille Stromboni | Publié le

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