Médecine : la fin du numerus clausus, un trompe-l’œil ?

Mersiha Nezic
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Médecine : la fin du numerus clausus, un trompe-l’œil ?
La fin du numerus clausus ne signifie pas la fin de la sélection drastique pour l'accès aux études de santé. // ©  DEEPOL by plainpicture/Robert Daly
Après une hausse de 10% en 2019, on note un léger relèvement du numerus clausus en 2020 (67 places en plus) : 47 places supplémentaires sont accordées aux étudiants en médecine, pour un total qui passe à 9.361, toutes voies d’accès confondues. C'est officiellement le dernier millésime, avant la suppression du numerus clausus et de la PACES, première année commune aux études de santé, programmée à la rentrée prochaine. Une sémantique gouvernementale en trompe-l’œil car la filière restera toujours très sélective.

Comme prévu par la loi Buzyn de juillet 2019, ces épreuves seront les dernières avec la suppression à la rentrée 2020 de la PACES, première année commune aux études de santé, et du "numerus clausus", deux symboles d’un système d’admission basé sur une sélection drastique.

Une évolution du numerus clausus cohérente avec les capacités de formation

Dans une quinzaine de jours, ils seront environ 60.000 étudiants à plancher à travers la France sur la deuxième partie du concours qui donne accès aux filières MMOPK (médecine, maïeutique, odontologie, pharmacie et kiné). Les candidats à ce concours, où leur avenir se joue souvent à un fil, n’ont pas manqué de scruter à la loupe le nombre de places ouvertes dévoilé le 15 mai dernier, pour la rentrée prochaine, soit environ 15.000.

Les étudiants en médecine sont les principaux bénéficiaires du léger relèvement du dernier millésime (+67) : 47 places supplémentaires leur sont accordées, pour un total qui passe à 9.361, toutes voies d’accès confondues. Après une hausse de 10% en 2019 globalement, l'évolution du numerus clausus "est cohérente avec les capacités d'accueil des formations de santé qui, malgré les différentes réformes du premier et du deuxième cycle n'ont été que peu élargies", a réagi l'Association nationale des étudiants en médecine (ANEMF).

Lire aussi : Etudes de santé : le Parlement acte la fin de la PACES

La fin en trompe-l’œil du numerus clausus

Presque 50 ans après sa création, le numerus clausus sera donc officiellement enterré à la rentrée, selon le gouvernement. Sa mise en place en 1972 "sans réelle évaluation des besoins en santé a conduit à un effondrement du nombre de médecins formés avec une diminution de près de 60% au milieu des années 1990", expliquent le Mesri et le ministère de la Santé dans un communiqué commun, daté du 18 mai.

Dès lors, "rééquilibrer le nombre de professionnels de santé sur le territoire afin de mieux répondre aux besoins est, depuis 2017, une priorité du gouvernement qui a permis au numerus clausus d’être aujourd’hui de 15% supérieur à 2016".

Mais en réalité il s’agit d’une disparition en trompe-l’œil. La question des places ouvertes en médecine reste sensible. Le nombre d’étudiants admis dans la filière sera déterminé par les universités en lien avec les ARS (agences régionales de santé) en fonction des besoins des territoires et des capacités de formation. "Celles-ci restent limitées et l'entrée sélective. C’est faux de dire que le numerus clausus est supprimé", souligne Djillali Annane, le doyen de la faculté de médecine de l’université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines.

C’est faux de dire que le numerus clausus est supprimé (D. Annane)

"Il y a une suppression du concours de la PACES et une 'révision' du numerus clausus, je suis prudent, car la notion de suppression du numerus clausus est un abus de langage", explique Jean Sibilia, le doyen de la faculté de médecine de Strasbourg, dans les colonnes du Quotidien du Médecin. Et d'ajouter : "Il faut dire les choses, ne pas mentir aux jeunes et à leurs familles. On supprime la sémantique numerus clausus mais on va garder le principe de sélectivité et de mesure des besoins dans les territoires."

Lire aussi : Réforme des études de santé : les facultés de médecine sont sous tension

Augmenter les capacités de formation et les moyens

Agnès Buzyn, l’ancienne ministre de la Santé, avait annoncé en février 2019 que le nombre de médecins formés augmenterait de 20% après la réforme, avant de reculer. "Il ne s’agit-là que d’un chiffre maximal. Les capacités de formation de nos universités et de nos hôpitaux n’étant pas infinies."

De son côté, l’ANEMF, qui ne s’oppose pas à une augmentation du numerus clausus, prévient que si on veut élargir les capacités de formation dans les facultés de médecine, il faut augmenter les moyens qui y sont alloués. "Un travail doit être fait au niveau national pour déterminer le nombre de facultés qui peuvent augmenter leurs capacités d’accueil et de combien, explique Maxime Tournier, vice-président de l’ANEMF. Cela dépendra aussi du nombre de places en stage, plus seulement dans les CHU mais aussi dans des centres hospitaliers en périphérie". Or ces places sont également limitées.

L'augmentation du nombre de médecins formés n'aura d'effets que dix ans après, compte tenu de la durée des études.


Mersiha Nezic | Publié le

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Frida.

Tout change pour que rien ne change. Quel plaisantin ce mammouth !