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Médecine : les internes poursuivent la grève

Aurore Abdoul-Maninroudine
Publié le
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Des internes de médecine au sein de l'hôpital Henri-Mondor à Créteil. Les internes sont en grève depuis le 18 avril dernier.
Des internes de médecine au sein de l'hôpital Henri-Mondor à Créteil. Les internes sont en grève depuis le 18 avril dernier. // ©  Anthony MICALLEF/HAYTHAM-REA
En grève depuis lundi 18 avril 2017, les internes de médecine poursuivent leur mouvement et lancent même une pétition dénonçant la réforme du troisième cycle, qui doit être appliquée à la rentrée. En cause : le statut des internes en "autonomie supervisée", la durée de certaines spécialités et la précipitation entourant la mise en place de la réforme.

Près de 18 % des internes (médecine générale incluse) et 40 % des internes de spécialités ont répondu présents, selon l'Isni (Inter-syndicat national des internes) à son appel à la mobilisation lancé lundi 18 avril 2017. Depuis, le mouvement se poursuit et le syndicat lance une pétition dénonçant la réforme du troisième cycle de médecine. Mise en ligne le 20 avril 2017, celle-ci compte 3.182 signataires.

Les premiers textes d'application de la réforme ont pourtant déjà été publiés au Journal officiel et celle-ci doit être mise en œuvre à la rentrée 2017. Elle concernera les étudiants de médecine passant cette année les ECN (épreuves classantes nationales). Environ 30.000 internes exercent aujourd'hui dans les hôpitaux français.

Les doyens et l'Anemf OPPOSÉS À un report

Dans le texte introduisant la pétition, l'Isni décrit la réforme comme étant "d'inspiration comptable et amputant la formation des médecins". Une position dénoncée avec force par le président de la Conférence des doyens de médecine, Jean-Luc Dubois-Randé : "Cela fait bientôt dix ans que l'on travaille sur cette réforme, qui apporte des améliorations réelles et nombreuses à la formation des médecins. Bien sûr, il y a des choses à améliorer mais la rejeter maintenant est un non-sens."

Une position partagée par l'Anemf (Association nationale des étudiants en médecine de France) qui, malgré des réticences, rejette également l'idée d'un report de la réforme. Pour l'organisation étudiante, ce serait "plus dévastateur que salvateur", en raison "des conséquences sur la procédure d'affectation des néo-internes".

un internat en trois phases

L'objectif de la réforme est en effet d'avoir une formation plus centrée sur les compétences, avec une professionnalisation "plus précoce et plus complète". Dans cette perspective, le troisième cycle des études de médecine ou DES (diplôme d'études spécialisées) sera désormais le diplôme nécessaire et suffisant à l'exercice de la spécialité, les diplômes d'études spécialisées complémentaires étant supprimés.

Surtout, le DES, qui durera de trois à six ans selon les spécialités, sera divisé en trois phases : une phase socle, devant permettre à l'interne de travailler tout de suite dans sa spécialité grâce à un stage de six mois, une phase d'approfondissement à l'issue de laquelle la thèse est soutenue et enfin une phase dite de consolidation, pendant laquelle l'étudiant sera en "autonomie supervisée".

Un statut entre deux eaux

Ayant soutenu sa thèse, l'étudiant pourra s'inscrire sur une liste spécifique à l'Ordre des médecins mais ne sera véritablement docteur qu'à la fin de son DES. Plus simple internes, mais pas encore médecins, les étudiants en phase 3 seront entre deux eaux, d'où l'inquiétude de l'Isni quant à leur statut. Celle-ci craint que l'étudiant ne soit considéré comme responsable des actes médicaux réalisés.

Dans un document daté du 5 avril 2017, le ministère des Affaires sociales et de la Santé assure pourtant que le principe de cette "autonomie supervisée" est de permettre à l'étudiant de "réaliser seul des actes mais sous la responsabilité de son maître de stage et le régime de supervision". Un décret en Conseil d'État, en cours d'élaboration, doit définir ce statut, qui devrait être similaire à celui des assistants spécialistes, appellation désignant actuellement les jeunes médecins diplômés qui décident d'enchaîner sur un assistanat à l'hôpital.

Sur ce point, l'Isni dénonce "la confusion ambiante" : "Nous aimerions avoir l'assurance que les assistanats tels qu'ils existent aujourd'hui, après l'internat, ne seront pas supprimés", détaille Abdellah Hedjoudje, vice-président chargé de l'enseignement supérieur de l'Isni. Près 95 % des internes spécialistes suivent en effet, après leur internat, deux années d'assistanat.

Des inquiétudes que ne comprend pas Jean-Luc Dubois-Randé. Il estime que l'Isni est à l'origine d"'une campagne de désinformation sans précédent". "C'est l'ancienne équipe de l'Isni qui avait demandé ce statut d''assistant technique ! Par ailleurs, les postes d'assistants seront maintenus", assure-t-il.

Quelle durée POUR LES DES ?

Autre objet de récrimination, certaines spécialités (cardiologie, hépato-gastro-entérologie, néphrologie...) souhaiteraient que leurs nouvelles maquettes soient allongées de quatre à cinq ans. "Au moment où la médecine se complexifie, c'est la santé des Français qui est en jeu", insiste Abdellah Hedjoudje.

De son côté, Jean-Luc Dubois-Randé estime que la durée des DES n'est pas figée : "il n'est plus possible de modifier les maquettes pour la rentrée 2017, mais elles seront ensuite révisées chaque année et, à cette occasion, la durée du DES pourra être discutée."

Le président de la Conférence des doyens met également en avant le fait que la réforme a pour objectif de "placer les praticiens auprès des patients : la formation ne doit pas être pensée que pour les médecins exerçant à l'hôpital". Une philosophie qui n'est pas du goût de l'Isni, pour laquelle la formation des médecins doit être la même pour tous, quel que soit le type d'exercice choisi.


Aurore Abdoul-Maninroudine | Publié le

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