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Mobilité des apprentis : quel parcours européen ?

Laura Martel
Publié le
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Sur le salon européen de l'éducation
Sur le salon européen de l'éducation
« Il faut un Erasmus pour les jeunes apprentis car la mobilité en Europe ne doit pas être réservée aux seuls jeunes étudiants », déclarait Nicolas Sarkozy lors de son investiture à la présidence de l’Union Européenne. Le 3 octobre 2008, 12 000 apprentis dont 2500 européens étaient réunis à Bercy pour illustrer cette nouvelle priorité. Un beau symbole pour une réalité bien moins reluisante : en Europe, moins de 1% de jeunes en formation professionnelle initiale ont pu bénéficier de programmes européens de mobilité en 2007. Après le symbole, place à la concertation. Les 27 et 28 novembre dernier à Paris, 200 personnes venues de toute l’Union ont pu assister à cinq tables rondes réunissant une quarantaine d’experts européens. Leur but : identifier les bonnes pratiques de la mobilité des apprentis mais surtout les obstacles à son expansion, afin de définir des directives communes. Compte-rendu de ces tables rondes, animées par Stéphanie Desmond, journaliste à L’Etudiant.

1. Construire des parcours de formation qui intègrent une mobilité européenne

« Pour accorder une valeur réelle à la mobilité, il ne faut plus que le séjour à l’étranger soit un appendice à la formation, mais qu’il fasse partie intégrante du cursus », résume Anita Urfell, chargée de l’internationalisation de la formation des apprentis à la Chambres des métiers de Munster. Selon elle, seul un stage de plusieurs mois permet au jeune de faire de réels progrès. Or, un tel stage exige une véritable ingénierie, qui prenne en compte les trois étapes de la mobilité : le départ (partenariat, financement, préparation linguistique…), le séjour (travail, logement...) mais aussi le retour (reprise de la formation, validation des compétences...).

Ces démarches lourdes, aucun des trois acteurs que sont l’apprenti, le centre de formation, et les entreprises ne peut les assumer seul. D’autant que malgré la création de sites tels Euronaver , les programmes existants sont souvent mal connus. Pour augmenter leur visibilité, Catherine Gras, directrice adjointe du Commerce, de l’Artisanat, des Services et des Professions Libérales au Ministère de l’Economie, de l’Industrie et de l’Emploi, appelle donc la Commission à lancer un appel d’offre spécifique. Mais pour tous les intervenants, il convient surtout de mettre en place des organismes intermédiaires qui prennent en charge les démarches et fassent le lien entre les partenaires. Quelques projets-pilotes explorent déjà cette piste comme Anita Urfell  avec « Lawa  » (Learn and work abroad) en Allemagne ou le réseau européen « Ap’n go  ».

2. Construire des partenariats pérennes

Les maître-mots : cofinancement et confiance. Tous les ans, la totalité des fonds Leonardo est utilisée. Entreprises, centres de formation, Chambres de métiers, administrations, chacun des acteurs doit donc mettre la main à la poche. La région Ile de France fournit ainsi des fonds d’amorçage depuis 1 an à hauteur de 40 000 euros par projet. Des initiatives qui ne suffisent pas. Pour Catherine Gras, la Commission doit « soutenir la création de partenariats en reconnaissant ces consortia de mobilité par l’attribution d’un certificat européen ».

Par ailleurs, une entreprise ne laissera partir son apprenti que si elle est sûre de la qualité de la formation qu’il reçoit. Cette fois encore, l’organisme intermédiaire peut en être le garant en aidant les partenaires à communiquer et à établir des chartes de qualité ou des objectifs de compétences. La connaissance et la confiance mutuelle doivent être assez fortes pour accepter de valider les savoir-faire acquis chez l’autre.

3. Vers une mobilité reconnue

Pour inciter un jeune à partir, il faut qu’il puisse valider son expérience à l’étranger au même titre qu’une formation théorique. Pour que l’entreprise veuille bien le prêter, il faut qu’elle soit sure qu’il revienne avec de réelles compétences. L’enjeu est donc de leurs attribuer une valeur qui soit reconnue à travers l’Union : au-delà d’Europass et du CEC , c’est le rôle d’ECVET , expérimenté actuellement.

Richard Maniak, inspecteur général de l'Education nationale, qui contribue au projet ECVET au sein de la Commission, souligne qu’il n’est pas question d’harmoniser les diplômes d’apprentissage européens. Les systèmes nationaux sont bien trop différents, le statut même d’apprenti varie radicalement d’un pays à l’autre. D’où l’importance d’un partenariat sur le long terme, qui permette de trouver un « langage commun ». Les crédits doivent valider non plus un cursus, mais des unités de compétences. Or, cette définition préalable des métiers, qui pourrait être à la charge des Chambres de métiers ou des branches, prendra forcément du temps.

Kerstin Mucke  expérimente ECVET pour l’Institut Fédéral de la formation professionnelle de Bohn. D’après elle, son adoption nécessitera de « la transparence, un raisonnement par analogie pour comprendre les autres systèmes, et de la coopération. Mais il faudra aussi accorder beaucoup plus d’autonomie aux centres de formation ».

Le Parlement européen et le Conseil travaillent déjà sur une recommandation pour la mise en place d’ECVET. Michel Aribaud, expert à la Commission en charge du dossier, a d’ailleurs profité de la table ronde pour annoncer qu’un accord est attendu pour la fin de l’année. La recommandation devrait être adoptée au printemps 2009.

4. Quel impact sur la gestion des ressources humaines dans les entreprises ?

Certaines entreprises qui ont des succursales dans plusieurs pays parient déjà sur la mobilité de leurs apprentis. Mais Liliane Volozinskis, directrice des affaires sociales et de la formation de l’UEAPME rappelle que sur les 12 millions d’entreprises européennes qu’elle représente, 92 % comptent moins de dix salariés. La plupart ne voit d’ailleurs pas l’intérêt de payer un jeune pour l’envoyer travailler dans une autre compagnie. Pour Catherine Gras, il faut donc les convaincre que c’est un investissement sur le long terme, qui leur permettra de mieux résister à la mondialisation en ouvrant la porte à des partenariats internationaux et en se rendant attractives auprès des apprentis les plus motivés. C’est tout une culture de la mobilité qui doit être instaurée.

5. « Yes we can »

Hervé Novelli, secrétaire d’Etat en charge du commerce, de l’artisanat, des PME, du tourisme et des services a conclu ces deux jours de débats en reprenant à son compte le désormais célèbre « Yes we can ». Il a notamment plaidé pour la mise en place d’un « réseau européen labélisé avec un financement communautaire » ainsi que la « création d’un contrat de mobilité européen ». Objectif affiché, que le nombre d’apprentis en mobilité européenne égale celui des étudiants d’ici dix ans. Il a toutefois ajouté un « but» à son slogan, soulignant que les obstacles sont nombreux. « Mais j’y crois ; la présidence française a donné l’impulsion, il ne faut pas la laisser retomber », a-t-il ajouté.

Effectivement, après les symboles, la concertation (et les bonnes résolutions), « le temps de l’action » est venu. Mais malgré la reconduite par le Parlement européen d’une ligne de 2 millions d’euros cette année pour soutenir la mobilité des apprentis, le nerf de la guerre manquera sans doute pour satisfaire toutes ces belles ambitions.

Un compte-rendu plus détaillé sera en ligne à la mi-décembre sur mobilite-apprentis.eu


Laura Martel | Publié le

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