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Université numérique : qui sera vraiment FUN ?

Sophie Blitman
Publié le
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France université numérique souffle sa première bougie, le 2 octobre 2014. Si de nouvelles fonctionnalités ont été développées sur la plateforme de Mooc, des incertitudes demeurent sur le rôle et l'implication des établissements, ainsi que sur le modèle économique.

Un an et beaucoup de questions. Lancée en grande pompe par le ministère de l'Éducation nationale et de l'Enseignement supérieur, le 2 octobre 2013, France université numérique a notamment donné naissance à une plateforme nationale de Mooc, qui a rassemblé, d'après les chiffres officiels, quelque 300.000 participants.

À l'ouverture, 24 cours étaient proposés par 10 écoles et universités ; au premier trimestre 2015, 92 devraient l'être, émanant de 39 institutions. "Un an après, le pari est réussi : les établissements y ont trouvé un intérêt et les Mooc un public", souligne François Germinet, président du comité numérique de la CPU (Conférence des présidents d'université).

Rénovation des forums sur Fun-Mooc

Côté technique, des mises à jour ont été faites de manière à ce que Fun-Mooc puisse suivre les évolutions d'Open EdX, la technologie choisie pour la plate-forme française. Le ministère indique que celle-ci sera désormais "en phase avec la montée de version des progiciels tous les quinze jours".

D'ores et déjà, une nouvelle fonctionnalité est disponible depuis le 1er octobre 2014 : l'évaluation par les pairs, tandis que l'ergonomie des forums a été améliorée, rendant notamment plus facile la classification en thématiques. Autre avancée : les enseignants pourront accéder automatiquement à des statistiques de base sur leur Mooc (nombre de personnes connectées ou de vues sur telle vidéo, par exemple).

De quoi réjouir les utilisateurs de Fun-Mooc, qui attendaient ces évolutions, en particulier en ce qui concerne les forums car, comme le dit François Germinet, ce sont eux qui font "la spécificité des Mooc par rapport aux cours à distance classiques".

Gestion technique : la réponse collective de 19 établissements

Reste à savoir quels seront les opérateurs techniques de la plateforme. En juillet 2014, le ministère a lancé un appel à manifestation d'intérêt dans le but de déléguer la gestion au quotidien, qu'il n'a pas vocation à assurer, estime-t-il.

Passé l'étonnement – et le sentiment d'être un peu pris de court en plein été –, les établissements se sont concertés sur la manière de répondre, les dossiers étant attendus pour le 24 septembre. Résultat : un seul groupement, constitué de 19 établissements, a fait part de son intérêt pour le projet, rassemblant dix universités (Paris 1, Paris 2, Paris Ouest, Montpellier 1, Montpellier 2, Grenoble 1, Lorraine, Maine, Bourgogne, Franche-Comté), six communautés d'universités et établissements (Normandie Université, Midi-Pyrénées, Paris Sciences et Lettres, Paris Saclay, Champagne, Sorbonne Paris Cité) ainsi que l'IMT (Institut Mines-Télécom), le Cnam et Agreenium.

Tous les établissements souhaitant lancer des Mooc doivent pouvoir participer de près ou de loin.
(F. Germinet)

Mais cette réponse collective ne signifie pas pour autant que tous ces établissements deviendront opérateurs techniques. Pour des raisons d'efficacité, mais aussi parce que la plupart ne le souhaitent pas, n'ayant pas forcément les ressources en interne pour une telle gestion.

De leur côté, la CPU et la Cdefi (Conférence des directeurs des écoles françaises d'ingénieurs), qui pourraient être rejointes par la CGE (Conférence des grandes écoles), entendent participer à la réflexion sur la politique éditoriale de la plateforme.

Si rien n'est encore figé, on semble ainsi se diriger vers une structuration comprenant différents niveaux d'implication : un noyau d'acteurs centrés sur la gestion technique de la plateforme, un cercle de membres qui en assurent le pilotage, un ensemble plus large d'utilisateurs… "L'essentiel est que tous les établissements souhaitant lancer des Mooc puissent participer de près ou de loin au développement de la plateforme", résume François Germinet.

Un modèle économique à définir

Pour l'heure, le président se dit surtout "attentif au fait que le système perdure. Notre première préoccupation est que ne soit pas prise de décision hâtive qui pourrait mettre à mal la maintenance de la plateforme, 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24, et son accessibilité pour tous les établissements qui souhaiteraient la rejoindre".

Face à ces craintes, le ministère affiche l'objectif d'assurer le transfert opérationnel sans rupture de gestion. Répétant à l'envi qu'il ne s'agit en aucun cas de désengagement. "Nous allons continuer à investir généreusement", promet la rue Descartes qui précise avoir prolongé les personnes en CDD qui travaillent sur FUN "au moins jusqu'à l'été prochain". L'idée étant qu'ensuite les établissements opérateurs aient "leur mot à dire" sur le choix de leurs collaborateurs.

Les opérateurs pourraient bénéficier gratuitement de certaines fonctionnalités, en contrepartie de leur investissement dans le portage de la plateforme

Côté financier, le ministère précisera fin novembre le montant de l'enveloppe consacrée au transfert. D'ici là, indique-t-il, les discussions doivent se poursuivre pour définir "ce dont les établissements ont besoin, et ce qu'ils sont prêts à mettre". Autrement dit, il s'agit de déterminer le modèle économique de la plateforme. Une question ardue, qui se pose déjà pour chaque Mooc, à l'échelle des écoles et universités.

Parmi les pistes de réflexion évoquées, la possibilité d'introduire des accès premium liés, par exemple, à la délivrance d'une certification ou à la transcription écrite, dans une langue au choix, du propos de l'enseignant. Des fonctionnalités susceptibles, également, de constituer un élément de négociation, au sens où les opérateurs pourraient en bénéficier gratuitement, en contrepartie de leur investissement dans le portage de la plateforme.

Mais encore faut-il que des établissements fassent le choix de consacrer une partie de leurs moyens au fonctionnement de la plateforme, ce qui, dans le contexte budgétaire actuel, n'a rien d'évident…

Le portail, clÉ de la visibilité des Mooc français

Quelle que soit l'issue des discussions sur la plate-forme Fun-Mooc, le portail de référencement  de France université numérique restera quant à lui géré par le ministère. Celui-ci souhaite en effet assumer son "rôle de mise en visibilité" des Mooc de l'enseignement supérieur français, quelle que soit la plateforme sur laquelle ils sont hébergés : Fun-Mooc, mais aussi Coursera, Open Classroom…

Pour Rémi Bachelet, créateur du Mooc "Gestion de projet", c'est là que réside le véritable enjeu car, comme le soulignent beaucoup d'enseignants, une fois le Mooc produit, il faut attirer des étudiants. Dans cette perspective, "le portail a une valeur incroyable, martèle le Lillois. En effet, la communication autour de FUN a été telle que les connexions sont extrêmement nombreuses". Et de pointer la nécessité d'être "capable de faire évoluer le site sans perdre le référencement Google" qui, in fine, assure la visibilité des Mooc français.


Sophie Blitman | Publié le

Vos commentaires (2)

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Antoine.

Merci pour cet article très intéressant. Ce qui est étonnant, c'est que le Ministère a demandé à l'un de ses opérateurs, l'INRIA, de mettre en place la plate-forme en un temps record et avec très peu de personnels, ce qu'ils ont fait, et apparemment bien vu qu'elle a tenu le coup malgré le nombre d'utilisateurs toujours en hausse. Mais ensuite, FUN recrute une équipe interne, puis cherche à la refiler à... des structures publiques de l'enseignement supérieur. Pourquoi alors avoir laissé filer l'INRIA (on remarque d'ailleurs qu'ils ne sont pas dans le groupement des 19) ? Ou pourquoi ne pas repositionner l'équipe de FUN là-bas ?

Rémi Bachelet.

Pour plus d'éclaircissement sur ce que j'entendais par "la grande valeur de FUN en tant que portail", vous pouvez consulter ma "trilogie stratégique des MOOC (vidéo et diapos)" http://goo.gl/OYDYsy

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