New York Connection (4/5). NYU aux manettes de la recherche sur les jeux vidéo

De notre correspondante aux Etats-Unis, Jessica Gourdon
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Mig Jing effectue des recherches sur les jeux vidéos au NYU Game Innovation Lab, à New York
Mig Jing effectue des recherches sur les jeux vidéos au NYU Game Innovation Lab, à New York // ©  J. Gourdon
Porté par le boom de l'industrie du jeu vidéo à Manhattan, le Game Innovation Lab de New York University réunit des chercheurs de différents univers dans une ambiance jeune et décontractée. Zoom sur ce centre de recherche d'un nouveau genre en amont de la Learning Expedition organisée par EducPros, fin avril, sur la côte Est des États-Unis.

La recherche sur les jeux vidéo est encore jeune, mais la New York University entend jouer un rôle particulier dans ce nouveau champ académique. "Actuellement, quatre universités américaines se distinguent dans ce domaine : NYU, UC Santa Cruz, Georgia Tech et Northwestern", juge Katherine Isbister, directrice de la recherche du NYU Game Innovation Lab, qui dépend de l'école d'ingénieurs de cette université privée.

À l'intérieur de cet open space en rez-de-chaussée, dont les baies vitrées s'ouvrent sur une rue piétonne, l'ambiance est jeune et décontractée – sweats à capuche, chemises à carreaux ou baskets pour tout le monde. Les bureaux sont couverts de multiples écrans, et dans un coin avec des canapés se trouvent toute une série de consoles, des jeux de plateaux, un casque de réalité virtuelle, un grand écran tactile...

deux millions de dollars pour débuter

Le Game Innovation Lab a été inauguré en 2011, grâce à un don de deux millions de dollars de l'État de New York. Si le laboratoire a, depuis, décroché des contrats auprès de l'agence américaine de financement de la recherche, peu de ses fonds viennent des entreprises de jeux, "qui ne sont pas encore très intéressées par le financement de la recherche académique", regrette Katherine Isbister. “Pour l'instant, nous faisons de la recherche qui peut les intéresser, et en échange, ils nous donnent accès à leurs données", affirme Julian Togelius, enseignant-chercheur.

Au total, le laboratoire rassemble 17 personnes et trois de plus sont attendues à la prochaine rentrée. L'un des secrets de sa réussite est de réunir des profils variés, issus de l'informatique, de l'art, de l'électronique, du graphisme... Le laboratoire bénéficie aussi des multiples interactions avec l'autre gros laboratoire dédié aux jeux vidéo de NYU, le Game Center, qui dépend de l'école d'art, et qui est plus orienté vers l'aspect design des jeux.

Le boom de l'industrie du jeu vidéo à New York

"En étant à New York, nous avons la chance de pouvoir travailler dans un environnement multiculturel, et tourné vers la mode, la culture, les arts", remarque Katherine Isbister. Une diversité sur laquelle la ville entend s'appuyer pour promouvoir l'industrie du jeu vidéo à New York. Si la Mecque des jeux vidéo reste la Californie, la ville est devenue depuis cinq ans une nouvelle référence, avec énormément de petits studios indépendants comme Kaos Studios, Take-Two, Large Animal Games, Zynga... Atari est également basé à New York.

Nous avons la chance de pouvoir travailler dans un environnement multiculturel, et tourné vers la mode, la culture, les arts.
(K. Isbister)

Le NYU Game Innovation Lab profite de cet écosystème en organisant des conférences, des sessions networking, des démos... L'espace, occupé aux deux tiers, possède des bureaux pour les visiteurs de passage, notamment venus de l'étranger. Pour asseoir la légitimité du laboratoire, Andy Nealen, l'un des enseignants-chercheurs, est en train de monter une revue académique sur la recherche sur les jeux vidéo, qui entend se montrer plus flexible sur les formats de recherche acceptés par rapport aux autres publications existantes.

des projets de recherche variés

Quant aux projets de recherche eux-mêmes, ils sont variés. Kaho Abe, issue du milieu de la mode, a construit des prototypes de jeux insérés dans des vêtements – par exemple, des gants dotés de capteurs. "L'idée est d'explorer le costume comme un levier de contrôle", explique-t-elle.

Kaho Abe travaille sur des prototypes de jeux insérés dans les vêtements au NYU Game Innovation Lab, à New York

Eddie Melcer, un doctorant, a créé un jeu pour enfants en partenariat avec une fondation qui lutte contre le diabète. Une webcam reconnaît votre bouche, et requiert que vous vous déplaciez pour "manger" les bons aliments qui tombent du ciel et éviter certains autres, tandis qu'un baromètre mesure le taux de glycémie. Il a aussi conçu un jeu pour enfants pour apprendre à coder.

Installé dans un bureau adjacent, Mig Jing a développé un logiciel qui permet de dessiner facilement des figures en 3D, puis, avec un Kinect (détecteur de mouvements), de les animer en bougeant son propre corps.

Julian Togelius, qui a étudié la philosophie et la psychologie, travaille sur l'intelligence artificielle – comment des machines peuvent jouer à des jeux, dépasser, ou non, l'intelligence humaine.

Enfin, Aaron Isaksen a conçu un projet autour du jeu Flappy Bird, qui modélise les comportements de divers types de joueurs lorsque l'on change des paramètres du jeu. "L'idée est de faire en sorte que les ordinateurs puissent prédire comment les gens vont jouer", explique-t-il. Il explore également la manière dont les gens perçoivent la difficulté, comment cela influence leur plaisir, leur addiction, la sensation d'immersion... "Nous voulons analyser ce que les machines nous font ressentir, comment mesurer ces émotions et les changer selon certains paramètres." Tout un programme.

Learning Expedition EducPros à New York et Boston
EducPros organise sa quatrième Learning Expedition, à New York et Boston, du 26 avril au 1er mai 2015. Véritable plongée au cœur de l'innovation et de l'écosystème de la côte Est (universités, écoles, alumni, entreprises), ce voyage d'étude est l'occasion pour les participants de nouer de nouveaux partenariats et de faire émerger de nombreux projets.

Au programme : visite de NYU, Cornell, Columbia University, MIT, Harvard, Babson College, rencontres avec des fondateurs et représentants d'entreprises et d'établissements emblématiques de la région (EdX, Broad Institute, Campus Dassault Systèmes, Cambridge Innovation Center...), mais aussi échanges avec des patrons de start-up innovantes, des Français expatriés et le French Tech Hub.

Programme complet et inscriptions

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