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Nicolas Chung (Caisse des dépôts) : "C'est le rôle des PIA de prendre des risques"

Morgane Taquet
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Université Lumière - BU ©Université Lumière Lyon 2 (2)
Massification des effectifs étudiants, renouvellement du patrimoine : la Caisse des dépôts peut aider les établissements à élaborer des plans financiers. // ©  Université Lumière Lyon 2
Comment les appels à projets des trois Programmes d'investissements d'avenir successifs ont-ils modifié le paysage universitaire ? Éléments de réponse avec Nicolas Chung, directeur de la mission PIA à la Caisse des dépôts, à l'occasion de la conférence EducPros "Financement : comment diversifier ses ressources ? Quelles options choisir ?", du 25 mai 2018.

Vous avez suivi les trois PIA. Avez-vous constaté des évolutions d'un programme à l'autre, et si oui, lesquelles ?

Alors que les PIA 1 et 2 ont posé un certain nombre de bases et fonctionnaient par missions, les appels à projets du PIA 3, sont davantage axés sur de l'anticipation. Nous cherchons les trous dans la chaîne d'innovation, et/ou les secteurs où le marché n'a pas investi. Sur le PIA 1, l'idée était de répondre à un monde de la recherche extrêmement émietté.

En créant les Satt, l'ambition était d'accompagner la valorisation de la recherche. Cela ne fonctionne pas parfaitement partout, mais c'est le rôle des PIA de prendre des risques. Alors que les PIA 1 et 2 misaient beaucoup plus sur l'excellence et l'innovation, la logique du PIA 3 consiste beaucoup plus dans l'idée de favoriser les coopérations, là où il y a encore des freins.

Le financement sur projet, voulu par les PIA, a-t-il changé le paysage universitaire et son mode de financement ?

C'est bien l'objectif car nous sommes dans une période où l'on sent que le système de l'enseignement supérieur a atteint ses limites. Nous voulons une transformation profonde mais par étapes. La valorisation de la recherche a été traitée avec les Satt, demain nous nous attaquons au cloisonnement entre les formations. En ce moment avec le Commissariat général à l'investissement, nous planchons sur la question de l'orientation bac – 3/ bac + 3.

Nous travaillons dans la même logique, la même direction que sur les appels à projets pour les décrocheurs de l'emploi, pour la réforme de la formation professionnelle. En termes de financement, le rôle du PIA n'a jamais été de remplacer les dotations de l'État aux universités. D'ailleurs, même quand il s'agit de subventions, nous vérifions que le projet puisse fonctionner à terme sans le financement PIA.

Que répondez-vous à ceux qui accusent les PIA d'avoir accentué la mise en concurrence des universités ?

Concernant les Satt, il n'y a eu aucune mise en concurrence, l'appel à projets a été déployé sur tous les territoires. Évidemment, nous n'avons pas débloqué le même budget partout, mais c'est un choix délibéré. Le volet "valorisation de la recherche" a été guidé par la volonté de faire fonctionner ce qui ne marchait pas.

Mais nous disons aux universités de ne pas rêver : la tension budgétaire va se poursuivre…

Sur les Satt, nous avons investi quasiment un milliard d'euros, avec à la clef aujourd'hui la création de plus de 250 start-up. Sur le volet "sociétés universitaires et de recherche" du PIA 3, on ne risque pas de manquer d'argent ! L'appel à manifestation d'intérêt permanent et les 400.000 millions d'euros alloués vont permettre de financer tous les projets pertinents que nous recevrons.

Vous dites qu'il y a de l'argent, mais tous les sites n'en bénéficient pas…

Bien sûr, les PIA reposent sur l'excellence et doivent permettre de financer les meilleurs projets. C'est la logique assumée du Programme. Pour le reste, ce n'est pas le PIA qui finance, c'est le budget classique, et il existe d'autres outils. Il y a toujours cette crainte des universités de s'engager dans le PIA, et de voir les financements récurrents diminuer.

Mais nous disons aux universités de ne pas rêver : la tension budgétaire va se poursuivre. D'autant qu'elles sont confrontées à des enjeux lourds de massification des effectifs étudiants, et de renouvellement du patrimoine. Il faut trouver d'autres sources de revenus. Sur les sociétés universitaires et de recherche, pourquoi ne pas penser des montages immobiliers innovants ?

J'ai bien conscience que dans beaucoup d’universités, le niveau de sous-administration est telle qu'il est même difficile de concevoir les projets, mais la Caisse des dépôts peut les aider à monter des plans financiers, et même à financer un peu d'ingénierie. Il faut trouver de nouveaux moyens de créer de la richesse.

Le parcours de Nicolas Chung
En poste à la Caisse des dépôts depuis 10 ans, Nicolas Chung dirige la mission PIA depuis un an et demi.
La mission PIA de la Caisse des dépôts gère les appels à projets sur trois grands domaines d'action : le transfert de technologies (Satt, France Brevet, Instituts pour la transition énergétique) ; le volet compétences (formation professionnelle, apprentissage, ingénierie de formation professionnelle, sensibilisation au codage informatique, innovation dans l'éducation prébac), et les villes de demain (bâtiments énergie positive, mobilité douce, très haut débit).
Elle ne se mêle pas de ce qui touche à la "recherche pure" : les Idex, Equipex, et Labex, ainsi que tout ce qui relève du financement des start-up, du ressort de Bpifrance.

Le 25 mai 2018, une conférence EducPros

Pour remplir leurs missions, les établissements d’enseignement supérieur doivent sans cesse se renouveler. Comment y parvenir, dans un contexte budgétaire de plus en plus contraint ? Pour diversifier leurs ressources, bon nombre d’acteurs du secteur développent de nouvelles approches. Quels sont les nouveaux leviers de financement ? L’augmentation des droits de scolarité en est-il un ? Quelle contribution pour les anciens ? Comment associer les partenaires privés au développement des établissements ?

Le 25 mai, EducPros vous propose un temps d'analyse et de débats avec des experts sur les enjeux du financement de l’enseignement supérieur et les perspectives qui s’offrent aux établissements.
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Morgane Taquet | Publié le

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