Nouveau protocole sanitaire : les syndicats dénoncent un manque de cohérence du ministère de l'Education nationale

Clément Rocher
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Nouveau protocole sanitaire : les syndicats dénoncent un manque de cohérence du ministère de l'Education nationale
// ©  Come SITTLER/REA
Cette nouvelle rentrée scolaire dans les collèges et lycées provoque de nombreux points de crispations auprès des syndicats de l’enseignement public. Ils réclament des moyens et dénoncent le manque de cohérence dans la riposte du ministère de l'Education nationale face à la cinquième vague de Covid-19.

Le nouveau protocole sanitaire, dévoilé par le ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer, dans un entretien accordé au Parisien, la veille de la rentrée scolaire, le 2 janvier, a suscité cette semaine de nombreuses réactions parmi les organisations syndicales de l'enseignement.

A commencer par la manière dont le protocole a été annoncé. "On ne peut pas utiliser le terme de protocole pour qualifier quelques mesurettes faites à travers un journal privé, la veille de la rentrée, s'exclame Norman Gourrier, secrétaire général du Syndicat national des collèges et lycées (SNCL). Un protocole demande d'être préalablement établi et discuté. Mais nous avons l'impression d'avoir un homme seul dans son bureau à Paris qui décide seul au dernier moment."

Ce n’est pas une exception. Le ministre de l’Education nationale avait pris la décision de dévoiler le niveau de protocole de la rentrée scolaire de septembre 2021 dans une longue interview accordée au JDD.

Le Syndicat national des personnels de direction de l'Education nationale (SPDEN) condamne de nouveau ce manque d'anticipation. "Il faut un temps d’adaptation, organiser le travail des équipes et transmettre aux familles les informations nécessaires. C’est un vrai numéro d’équilibriste. On passe quatre heures à gérer le contact tracing sur une seule journée de travail", explique Audrey Chanonat, secrétaire nationale du SNPDEN.

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Les syndicats réclament davantage de moyens

Depuis le début de la crise sanitaire, collèges et lycées rencontrent de grandes difficultés à appliquer à la lettre les recommandations du ministère. "Nous avons toujours autant de mal à mettre en place les mesures principales. En 20 mois, ni l’État, ni les collectivités territoriales n’ont engagé les travaux nécessaires pour l'aération des salles. Nous ne sommes pas non plus équipés en capteur de CO2", reconnaît Stéphanie Vénétitay, secrétaire générale du SNES-FSU.

Les moyens se font plus qu'attendre. Dans plusieurs établissements de France, des enseignants ont décidé d’exercer leur droit de retrait en raison de l’impossibilité de mettre en vigueur le protocole sanitaire dans leur établissement. C'est le cas du lycée Flora Tristan de Noisy-le-Grand, du lycée Gutenberg de Créteil ou du lycée Jean-Rostand de Villepinte.

Un protocole sanitaire qui soulève des questions

Par ailleurs, les nouvelles consignes sanitaires annoncées suscitent des interrogations. "Comment s’opposer aux personnes qui ne veulent pas s'y soumettre ? Ou bien aux parents d'élèves qui ne souhaitent pas remplir l'attestation sur l'honneur ? C'est aussi un manque d'engagement du ministère qui se cache derrière une communication floue", remarque le secrétaire général du SNCL.

"On constate un absentéisme des élèves relativement élevé. Nous savions qu’avec un variant du virus plus contagieux, nous allions avoir une explosion des cas", poursuit Norman Gourrier. Depuis le début de la semaine, le ministère de l’Éducation nationale a comptabilisé 47.453 cas positifs chez les élèves et 5.631 chez les personnels. On dénombre également 75.000 élèves et 3.000 adultes (personnels de tous bords) isolés.

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Le casse-tête des autotests

Dans le cadre du nouveau protocole, les élèves vaccinés désignés comme cas contacts sont appelés à utiliser des autotests à plusieurs jours d’intervalle. Mais faute d’approvisionnement des pharmacies, les élèves et leur famille ne peuvent appliquer les nouvelles consignes de dépistage.

"Le ministre a fait le choix de faire reposer sur les pharmacies l'approvisionnement en autotests. C'est ce défaut-là qui apparaît comme encore plus criant dans l'application du protocole : le ministère n'est pas capable de garantir l'accès à ces autotests. Il aurait été préférable que la chaîne d'approvisionnement soit prise en charge par les rectorats", affirme Norman Gourrier.

Une volonté d'assurer la continuité pédagogique

Pendant un temps, la possibilité de prolonger les vacances scolaires d’une semaine supplémentaire avait été évoquée mais rapidement rejetée. "Nous n’étions pas sur le report de la rentrée. On souhaite des mesures de protection et de prévention efficaces. Notre principale demande reste que les moyens soient dégagés pour assurer la protection de tous les élèves et de tous les adultes", soutient Sophie Vénétitay, du SNES-FSU.

"C’est un levier d'action qui aurait pu être étudié mais qui a été balayé d'un revers de main un peu rapidement par le ministère. Cette reprise au 3 janvier est bienvenue pour assurer la continuité pédagogique même si la question se posait du point de vue de la santé publique", reconnaît Norman Gourrier.

Par ailleurs, la secrétaire générale du SNES-FSU craint "une importante rupture d’égalité" entre les lycéens à l’approche du baccalauréat. "Nous avons de plus en plus de collègues qui nous signalent des tensions dans la préparation aux épreuves du bac qui sont prévues au mois de mars. Beaucoup d’élèves sont absents ou placés en isolement. Il va devenir très compliqué de préparer de manière efficace les élèves." A l'heure actuelle, aucun report des épreuves n'est envisagé par le ministère.


Clément Rocher | Publié le