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Exclusif. Numerus clausus en médecine : comment sont réparties les places en plus ?

Aurore Abdoul-Maninroudine
Publié le - Mis à jour le
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Université d'Auvergne - Clermont-Ferrand - Amphi Facultes Medecine Pharmacie 3 © Service Communication UdA - décembre 2012
Le numerus clausus en médecine augmente de 499 places dans 25 facultés en 2017.
Deux semaines après l’annonce par Marisol Touraine de la hausse du numerus clausus en médecine, la répartition des 499 places supplémentaires entre facultés a été arrêtée dans un document qu’EducPros s’est procuré. 25 facultés sont concernées.
Mise à jour du 11.01.2017 : D'après l'arrêté publié mercredi 11 janvier 2017, 478 places supplémentaires sont ouvertes en médecine à l'issue du concours de la Paces (Première année commune aux études de santé). Deux changements sont à noter par rapport aux informations publiées par Educpros dès le 13 décembre 2016 : le numerus clausus 2017 de la faculté de Corte s'élèvera à 27 places au lieu de 25, et celui de l'université d''Aix-Marseille sera de 362 places au lieu de 390. Le tableau récapitulatif ci-dessous a été actualisé. In fine, le numerus clausus s'élève à 8.124 places et 26 facultés sont concernées.

C'était l'une des grandes mesures issues de la conférence Santé de février 2016. Le Premier ministre, Manuel Valls, avait annoncé la régionalisation du numerus clausus "pour qu'il soit plus en adéquation avec la réalité nationale." L’objectif : fixer le nombre d'étudiants admis en deuxième année de médecine, en fonction des besoins de santé du territoire et des capacités de formation.  

Les doyens en première ligne

Conséquence de cette mesure, après que Marisol Touraine, la ministre des Affaires sociales et de la Santé, a fait savoir, le 24 novembre 2016,  à l'Assemblée nationale, que le numerus clausus serait relevé, les doyens de médecine se sont retrouvés en première ligne pour décider de la répartition des places supplémentaires entre facultés.

"Pour la première fois, les places supplémentaires ouvertes au concours de médecine ont été attribuées à l’issue d’une concertation entre doyens", rappelle Jean-Luc Dubois-Randé, président de la Conférence des doyens de médecine et doyen de la faculté de médecine de l’Upec (Université Paris-Est Créteil).

Auparavant, cette répartition était décidée de manière unilatérale par le ministère des Affaires sociales et de la Santé – sans réelle coordination avec son homologue de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche.

499 places supplémentaires au total

Signe du rôle accru joué par les doyens, "l’augmentation du numerus clausus est formellement conditionnée à un vote du conseil de gestion de chaque faculté de médecine", fait remarquer Jean-Luc Dubois-Randé. Des votes qui, pour la plupart, ont déjà eu lieu dans les 25 facultés concernées mais qui se poursuivent jusqu'à la publication officielle, dans quelques jours, de l'arrêté répartissant les places supplémentaires, faculté par faculté.

Au total, à l’issue de cette concertation, l’augmentation du numerus clausus en médecine, pour l’année 2017, sera de 499 places, soit une hausse de 6,51 %. Les facultés bénéficiant des plus fortes hausses sont celles de l'université Lyon 1 Sud (+ 41 %), l'UVSQ (université Versailles-Saint-Quentin, + 26 %), l'université catholique de Lille (+ 25 %), Aix-Marseille Université (+ 24 %), Nice (+ 24 %), et Lyon 1 Est (22 %). À l'exception de Paris-Descartes, toutes les universités franciliennes bénéficient également d'une augmentation du numerus clausus. Au total, 8.150 places sont effectivement réparties.

Des garde-fous pour maintenir la qualité de la formation

En contrepartie de ces places supplémentaires, les doyens concernés se sont toutefois engagés à "adapter la capacité de formation de leurs facultés et à proposer pour l’ensemble des étudiants en médecine des stages en médecine générale."

Des garde-fous visant à rassurer l’Anemf (Association nationale des étudiants en médecine de France), qui se dit "vigilante à ce que la formation des étudiants ne soit pas sacrifiée sur l’autel de la hausse du numerus clausus."

Actuellement, seuls 20% des étudiants réussissent, en moyenne le concours de médecine. Une situation qui crée "un sentiment d’injustice et cristallise toute l’attention médiatique ainsi que celle des étudiants et de leurs parents", constate Antoine Oudin, le président de l’Anemf. Dans ce contexte, si l'Anemf estime que cette hausse du numerus clausus est une "bonne nouvelle", elle fait part de la difficulté à "faire entendre sa voix sur la qualité de la formation des étudiants en médecine", une fois passé le couperet du concours. "L’enjeu est pourtant crucial : dans certaines facs, les terrains de stage sont déjà peu nombreux et totalement surchargés."

Des préoccupations que partagent en premier lieu les doyens. "Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, cela n’a pas été la guerre entre nous pour augmenter notre numerus clausus", témoigne l'un d'entre eux. La preuve : 14 facultés ont fait le choix de ne demander aucune hausse de leur numerus clausus. À Brest, Caen, Clermont-Ferrand, Corte, Dijon, Grenoble, Lille 2, Limoges, Nancy, Paris 5, Polynésie française, Reims, Rouen et Tours, les doyens estiment être déjà au maximum de leurs capacités de formation en l’absence de moyens supplémentaires.

l’Anemf vigilante à Aix-Marseille et Lyon-Sud

A Aix-Marseille et Lyon-Sud notamment, l'Anemf sera vigilante au respect de l’obligation d’avoir 100 % des étudiants ayant effectué un stage en médecine générale.

Au sein de la faculté marseillaise, seuls les deux tiers des étudiants suivent effectivement un stage de médecine générale. "Nous avons conscience du défi à relever. C’est un vrai souci et l’université en fait une priorité", assure néanmoins Yvon Berland, président d’Aix-Marseille Université et président de la commission Santé de la CPU (Conférence des présidents d’université). "Mais il est très difficile de trouver des maîtres de stages, c’est-à-dire des médecins généralistes acceptant d’accueillir les étudiants dans leur cabinet", souligne-t-il.

Des places supplémentaires affectées aux expérimentations

Enfin, dans certaines facultés, la hausse du numerus clausus va surtout permettre aux doyens d’expérimenter des alternatives à la Paces sans pour autant diminuer le nombre de places ouvertes à l'issue de ce concours. C’est le choix fait à Angers ou encore à l’Upec (Université Paris-Est Créteil), qui souhaitent développer un dispositif AlterPaces : des étudiants pourront alors intégrer médecine à l’issue de deux ou trois années de licence et après la validation d’unités d'enseignement spécifiques.

Faculté Nouveau numerus clausus pour 2016-2017 Augmentation par rapport à 2015-2016 Taux d'augmentation
AMIENS 206 6 3 %
ANGERS 187 17 10 %
ANTILLES 120 127 5 5,83 %
GUYANE 7 2
BESANÇON 186 10 5,68 %
BORDEAUX 340 6 1,80 %
BREST 171 0 0
CAEN 200 0 0
CLERMONT-FERRAND 196 0 0
CORTE 27 2 -
DIJON 229 0 0
GRENOBLE 190 0 0
LILLE CATHO 130 26 25 %
LILLE 2 458 0 0
LIMOGES 141 0 0
LYON-EST 333 527 60 116 21,98 % 28,22 %
LYON-SUD 194 56 40,58 %
MARSEILLE 362 - -
MONTPELLIER-NÎMES 224 15 7,18 %
NANCY 308 0 0
NANTES 223 5 2,29 %
NICE 157 30 23,62 %
NOUMÉA 13 3 30 %
PARIS 5-DESCARTES 351 0 0
UPMC 323 10 3,19 %
PARIS 7-DIDEROT 337 10 3,06 %
PARIS SUD 150 20 15,38 %
PARIS-EST-CRÉTEIL 175 20 12,90 %
PARIS 13-BOBIGNY 153 15 10,87 %
PARIS-VERSAILLES (UVSQ) 145 30 26,09 %
POITIERS 205 8 4,06 %
POLYNÉSIE FRANCAISE 19 0 0
REIMS 201 0 0
RENNES 220 20 10 %
ROUEN 232 0 0
SAINT DENIS–LA RÉUNION 108 15 16,13 %
SAINT-ÉTIENNE 149 10 7,19 %
STRASBOURG 247 15 6,47 %
TOULOUSE-PURPAN 252   10 4,13 %
TOULOUSE-RANGUEIL
TOULOUSE-PHARMACIE
TOURS 255 0 0
TOTAL 8.124 478 6,51 %
La répartition de la hausse du numerus clausus est-elle cohérente avec les besoins en santé du territoire ?
Non, répondent tant l’Anemf que l’Isni (Intersyndicat national des internes). "Seules les UFR de médecine des grandes villes ont les moyens d’augmenter leurs capacités de formation, de débloquer un amphithéâtre si nécessaire", analyse Olivier Le Pennetier, président de l’Isni. Au final, assure-t-il, "la hausse du numerus clausus n’intervient pas nécessairement dans les territoires qui en auraient le plus besoin, mais dans les villes capables de gérer les flux d’étudiants."

Yvon Berland, président d'Aix-Marseille Université et ancien président de l'ONDPS (Observatoire national de la démographie des professions médicales) dénonce, lui, le lien fait entre la hausse du numerus clausus régional et l'augmentation du nombre de médecins en exercice sur ce territoire.

"C’est la distribution des postes d’internes qui détermine le lieu d’installation des médecins. La hausse du numerus clausus permettra bien d’augmenter d’ici dix ans le nombre total de médecins, mais il n’aura aucun impact sur la démographie médicale", estime-t-il. "Aucune solution ne pourra être trouvée aux déserts médicaux sans développer une réflexion sur les corps intermédiaires entre infirmiers et médecins."

Aurore Abdoul-Maninroudine | Publié le - Mis à jour le

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