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Opération coup de poing de lycéens à Paris

Reportage sur les rails de Virginie Bertereau
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Gare de l'Est. ©VB
Gare de l'Est. ©VB
Mardi 15 avril 2008, une centaine d'élèves de quatre lycées parisiens ont pris de cours tout le monde en bloquant les gares de l’Est et du Nord. Un happening avant la manifestation prévue de l'après-midi à Paris. Une reporter de letudiant.fr était sur les rails...

8 h 30, mardi 15 avril 2008. Une cinquantaine de lycéens, soutenus par des enseignants, bloquent l’entrée du lycée Colbert, dans le Xème arrondissement à Paris, depuis une heure. Poubelles empilées devant les portes, banderole déployée : le dispositif « habituel » est mis en place pour protester contre les suppressions de postes d’enseignants et leur compensation par des heures supplémentaires. Mais ce matin, les leaders du mouvement ont un « projet ». « Une opération coup de poing », précise Hadrien, l’une des « figures emblématiques » qui programme et anime les assemblées générales. A part les organisateurs, personne ne sait où le groupe va se rendre. Les jeunes qui discutent tranquillement sur le trottoir savent juste que des élèves d’autres lycées doivent passer les chercher. « On ne sait rien jusqu’au dernier moment car les RG rôdent », explique avec sérieux l’un des élèves. Au bout de la rue, une patrouille de police veille au grain.  

9 h 30 : brouhaha soudain. Une troupe d’une petite centaine de lycéens vient de tourner dans la rue de Château-Landon (Xème arrondissement). « On vient de Diderot et d’autres lycées du XIXe arrondissement », explique Richard (1), un leader du lycée Diderot. Avec les porte-parole des autres établissements, une coordination lycéenne s’est créée, sans attachement à aucun syndicat. Calypso en fait partie. Calypso, c’est la « chef » de Colbert. Prénom de nymphe et minois photographié le jour même pour le prochain numéro de Elle mais vraie meneuse d’hommes. « On y va ! », hurle-t-elle.

Le cortège se met en marche dans la capitale. Les voitures s’immobilisent sur son passage. La police suit sans intervenir. Pour tenter de les semer, la troupe emprunte une rue qui aboutit sur des escaliers. La gare de l’Est est proche… En un rien de temps, les lycéens envahissent un quai, descendent sur les voies. Une petite poignée d’agents de la SNCF tentent d’abord de les raisonner. « N’allez pas sur les voies, c’est pour votre sécurité », implore l’un d’entre eux, la mine déconfite. L’un de ses collègues aide une lycéenne à remonter sur le quai. La police ferroviaire débarque, sans précipitation. Finalement, une partie du cortège rebrousse chemin, quand l’autre décide de tenir bon. « On fait prendre du retard aux gens pour manifester contre le retard que l’on nous fait prendre à nous, lycéens », compare Hadrien. Descendus de leur wagon, les voyageurs regardent le spectacle, tantôt surpris, tantôt amusés, tantôt agacés. Le train de Strasbourg affiche un retard d’une heure environ.  

10 h 30 : les lycéens se retrouvent devant la gare du Nord. Le blocage aura duré une demie heure. Bien trop peu selon certains... « On est un peu déçu... On n’est pas resté assez longtemps, beaucoup ont cédé tout de suite. On a manqué d’organisation. Cette action n’aura pas d’impact. On n’a même pas vu les CRS », déplore un manifestant. Conseil de guerre. Les « chefs » se réunissent pour un micro-bilan. Richard et Alexandre (1) pour Diderot. Calypso et Julia pour Colbert. Discussions, tensions. On propose « d’aller bloquer ailleurs ». Rappel des troupes. Le cortège se remet en marche.

Cette fois, direction gare du Nord. Là, un comité d’accueil les attend… Dès l’arrivée des manifestants, une cohorte de CRS débarque au pas de charge et bloquent l’entrée de la gare. Trop tard… Une cinquantaine de lycéens ont réussi à s’engouffrer et courent sur un quai. Mais une heure plus tard, les forces de l’ordre réussissent à pousser tout le monde vers la sortie. « Libérez nos camarades ! Libérez nos camarades ! », scande la foule. « La police a arrêté deux jeunes et a confisqué le mégaphone », explique un professeur de maths de Colbert. Certains lycéens évoquent des coups reçus. Richard et Calypso tentent de négocier avec un gradé.

A 12 h, sans succès, la jeune fille décide de faire le tour des commissariats pour retrouver les interpelés. De leur côté, la plupart des manifestants décident de retourner dans leurs lycées respectifs. Ils doivent reprendre des forces.

A 14 h, la grande manifestation doit partir de République. Une occasion, plus consensuelle, de donner à nouveau de la voix.      

(1) Par souci d’anonymat, les prénoms ont été modifiés.      


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