Ouverture sociale des prépas : faire « parrainer » des élèves par les entreprises

Céline Manceau
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Ils s’appellent Ludovic, Aïna ou Mariam et viennent de Garges-les-Gonesses, Saint-Ouen ou de province. Inscrits en première année de classe prépa (scientifique ou économique) au lycée Claude Bernard, situé en bordure du XVIème arrondissement, à Paris, ils évoquent, face à Valérie Pécresse et Fadela Amara, en déplacement sur place le 2 septembre 2008, leurs difficultés à envisager un cycle d’études « trusté » par une élite.

Au-delà de l’auto-censure de leurs ambitions et de la méconnaissance des codes, ils mettent surtout en avant des difficultés matérielles, de transport et de logement. « En prépa, l’exigence de travail est énorme mais les conditions de travail, c’est encore plus important. Etre logé et nourri, ça change tout », raconte Medhi, qui a suivi deux prépas différentes. Même son de cloche chez Sofiane qui n’arrivait pas à travailler chez lui, après une heure de transport, et devait pourtant quitter l’établissement à 19 heures au plus tard.

L'internat, ingrédient de réussite en CPGE

Toutes ces galères du quotidien, la proviseur du lycée, Annick Bouvier, ne veut plus en entendre parler. Son dispositif d’aide à la réussite d’élèves issus de milieux défavorisés, vise, comme le dispositif des conventions ZEP de Sciences Po, à améliorer l’encadrement par des professeurs et des tuteurs, à assurer des cours de soutien et à donner une ouverture sur le monde. En supplément, elle veut fournir « le gîte et le couvert ».

Pour couvrir les frais d’internat, un appel a été lancé aux entreprises. Moyennant 3 000 euros par an (soit 6 000 euros pour les deux années de prépa), elles peuvent aider un élève. Quatre entreprises ont répondu présentes - dont Schlumberger et Nokia - mais il reste encore huit élèves à parrainer sur les douze ayant intégré le dispositif. Annick Bouvier ne désespère pas de boucler son budget avant le mois de décembre 2008. Elle compte aussi sur son enthousiasme et celui de son équipe pédagogique pour régler quelques problèmes comme celui de l’ouverture de son établissement au-delà du temps scolaire. « Pour le moment, un ancien CPE, aujourd’hui retraité, accepte de nous aider, assure-t-elle. Mais il faudrait trouver une solution, tout comme pour le statut des élèves tuteurs : faut-il leur assurer une formation et les rémunérer ? ». La discussion est en cours avec quelques directeurs de grandes écoles (Centrale-Paris, ESCP-EAP,…) auprès desquels elle sollicite aussi un stagiaire pour l’aider à démarcher les patrons…

120 partenariats à négocier

Salué par Valérie Pécresse, le dispositif du lycée Claude Bernard, baptisé Prepaplus, n’a pas bénéficié, pour autant, d’un coup de pouce immédiat. La ministre a rappelé l’objectif du gouvernement d’atteindre 30 % de boursiers en classe prépa d’ici 2010 (contre 23 % aujourd’hui) et la volonté de pérenniser et structurer les différents dispositifs existants pour accueillir des élèves boursiers en prépas. « Un appel à projets a été lancé pour recenser et évaluer les différentes initiatives. Celles-ci devront alors intégrer les 120 lycées des 215 quartiers ultra-prioritaires identifiés par le plan espoir banlieue de Fadela Amera », a indiqué Valérie Pécresse.

Fin novembre 2008, la ministre de l’enseignement supérieur annoncera la liste définitive des partenariats sélectionnés qui recevront le label « Cordées de la réussite » assorti, lui, d’un accompagnement financier. Le projet Prepaplus est sur les rangs. Si de l’argent public doit être débloqué, ce ne sera que dans deux mois.


Céline Manceau | Publié le

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