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Ouverture sociale : Kedge mise sur les prêts cautionnés

Cécile Peltier
Publié le
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Étudiants de Kedge
Avec KAP, Kedge privilégie les prêts cautionnés pour atteindre les étudiants les plus précaires. // ©  Kedge BS

Ces dernières années, les écoles de commerce ont multiplié les programmes d'ouverture sociale. Avec KAP (Kedge access programme), Kedge propose un nouveau dispositif qui lie prêt cautionné et accompagnement social. Une solution d'avenir ?

Programmes de sensibilisation, systèmes de tutorat, bourses... Les écoles de commerce ont multiplié les initiatives pour diversifier socialement leurs recrutements. Active sur ce terrain depuis plusieurs années avec les Cordées de la réussite notamment, Kedge enrichit sa boîte à outils d'un nouveau système de prêts garantis, adossé à un accompagnement des étudiants. Nom de code : KAP, pour "Kedge access programme".

Le groupe, qui a consacré 920.000 euros à l'ouverture sociale en 2014, notamment sous forme de bourses, vise ici des publics plus précaires, qui ne peuvent ni s'acquitter des frais de scolarité – 11.400 euros par an pour le programme grande école, par exemple – et ni accéder à un prêt bancaire, faute de caution parentale.

répondre au manque de solvabilité des familles

Lancé en février 2015, le dispositif qui permet de bénéficier d'un prêt garanti auprès d'un des cinq établissements bancaires partenaires a recueilli 66 candidatures. 36 ont été sélectionnés sur critères d'excellence (une moyenne générale de 12/20 minimum, une scolarité en double cursus, un engagement associatif...) et financiers (présence ou non d'un garant, taux d'endettement du foyer, quotient familial, etc.).

L'école et la banque se portent chacune caution à hauteur de 50% sur le montant emprunté
(25.220 euros en moyenne et jusqu'à 35.000 euros). Si la formule des prêts cautionnés est proposée depuis longtemps par les écoles de management ou encore par l'État – limité à 15.000 euros – KAP va plus loin.

"Le dispositif couvre la totalité des frais de scolarité et l'école prend en charge aussi les intérêts. Pour l'étudiant, cela revient à un prêt à taux zéro. Même si les taux d'intérêt sont faibles, c'est un vrai atout"
, se félicite Amélia Hocine, étudiante en 2e année du programme grande école et bénéficiaire de KAP.

Alors que nombre d'étudiants passent par un emprunt pour financer leurs études en business school, le manque de solvabilité des familles reste un vrai frein. "Sur des échelons de bourse élevés, il n'y a pas de caution familiale. Nous le voyons bien à l'Essec, où nous proposons depuis longtemps d'être garants, estime Chantal Dardelet, directrice du pôle égalité des chances de l'Essec et animatrice du groupe ouverture sociale à la CGE. Il existe aussi des barrières culturelles, les milieux aisés étant plus à l'aise avec l'idée de s'endetter que les milieux très populaires. Ce type de programme est donc vertueux."

repérer le découragement

KAP veut également accompagner l'étudiant bénéficiaire, avant, pendant et après son passage par l'école. En amont, Kedge s'appuie sur ses équipes de promotion et ses partenaires associatifs (Nos quartiers ont des talents, Frateli), pour toucher les jeunes.

"L'idée est d'aller chercher, dès le lycée des élèves qui n'auraient même pas eu l'idée de faire une école de commerce", explique Martine Mordant, directrice générale adjointe de l'école de commerce, en charge du dossier.

Chaque bénéficiaire est ensuite épaulé par une assistante sociale et parrainé par des étudiants de master. Objectif : "repérer les difficultés d'intégration et les phénomènes de découragement". Il aura aussi accès à une série d'ateliers sur la gestion de budget, l'estime de soi ou encore la manière de valoriser son parcours auprès d'un recruteur.

"Des cadres, spécialistes du sujet, vont leur expliquer comment faire de leur origine sociale une force et non une faiblesse", explique Monia Meddah, chargée de mission partenariats institutionnels au sein de l'association NQT (Nos quartiers ont des talents), spécialisée dans l'accompagnement des jeunes diplômés issus de milieux modestes.

Leur diplôme en poche, ceux qui n'auraient pas trouvé de travail continueront d'être suivis par NQT et le réseau des anciens de Kedge.

100 étudiants aidés en 2016

Quitte à cibler les plus modestes, pourquoi ne pas avoir préféré un système d'exemptions de frais de scolarité ? "Pour une raison d'équité d'abord, par rapport aux nombreux étudiants qui se financent grâce à l'emprunt, argue Martine Mordant. Moins coûteuse, cette formule nous permet aussi d'aider davantage d'étudiants, sachant que nos formations offrent des débouchés qui leur permettent ensuite de rembourser leurs prêts."

Cette année, l'école a enregistré 66 candidatures, mais elle en attend une centaine dès l'année prochaine, et, à terme, jusqu'à 150 bénéficiaires selon la demande.

L'investissement ne serait alors pas négligeable : "Cette année, le montant des prêts remboursés par anticipation par l'école aux étudiants est évalué à 85.000 euros. Mais dès l'année prochaine, avec la montée en puissance du programme, la charge d'intérêt va augmenter significativement, poursuit Martine Mordant. Il faut aussi considérer le risque pris par l'école : dès cette année, nous garantissons une perte potentielle de 390.900 euros en cas de non-remboursement. L'an prochain, la garantie pourrait représenter 1,3 million d'euros pour 100 dossiers." Même si les taux d'insertion des étudiants limitent le risque...


Cécile Peltier | Publié le

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