PACES : le casse-tête des facultés de médecine et de pharmacie


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PACES : le casse-tête des facultés de médecine et de pharmacie
La mise en place de la PACES (première année commune des études de santé), également appelée « L1 santé », ne s'est pas faite sans heurts. Les universités attendent 10 % d'effectifs supplémentaires. Sont-elles prêtes pour cette rentrée 2010 ? Doyens et professeurs de facultés de tailles diverses reviennent sur les difficultés d'organisation à surmonter.

Soit 1.300 étudiants présents l'année X. Soit 1.500 étudiants attendus l'année X+1. Soit 1.200 places disponibles dans les amphithéâtres. Soit 200 personnes admises au concours. Calculez l'augmentation des effectifs, le nombre d'étudiants qui ne pourront pas s'asseoir en cours et le nombre de candidats qui seront réorientés.
Depuis un ou deux ans, les doyens des facultés de médecine et de pharmacie et leurs équipes travaillent à la mise en place de la PACES (première année commune des études de santé), attendue à la rentrée 2010. Un regroupement entre le PCEM1 (première année du premier cycle des études médicales) et le PCEP1 (première année du premier cycle des études pharmaceutiques) qui s'accompagne de nombreux problèmes d'organisation.

Des effectifs en hausse de 10 %

« En 2009, nous avions 1.150 étudiants, dont 900 en médecine, pour une capacité de 1.350 personnes. Cette année, l'angoisse de tous, c'est que nous n'ayons pas assez de places pour accueillir tout le monde », s'inquiète le Pr Daniel Le Gars, doyen de la faculté de médecine de l'université d'Amiens.

En moyenne, les facultés attendent 10 % d'effectifs supplémentaires. Un véritable appel d'air. « Le ministère de l'Enseignement supérieur a fait une communication trompeuse, très axée médecine, sur la lutte contre l'échec au concours de PCEM1. Or, le nombre de places ne va pas augmenter avec la PACES. Il ne sera pas plus facile de réussir l'année », déplore le Pr Jean-Paul Saint-André, doyen de la faculté de médecine de l'université d'Angers. En effet, le numerus clausus (7.400 places en médecine, 1.154 en dentaire, 1.016 places en sage-femme et 3.090 places en pharmacie en 2010) stagne, voire diminue en région parisienne.

Où et comment faire cours ?

« Les candidats attendent tous d'être traités de la même façon. Or, les conditions d'enseignement ne pourront pas être les mêmes, ne serait-ce qu'à cause de la nature des locaux », assure Jean-Claude Chottard, professeur émérite de chimie à l'UFR biomédicale de l'université Paris-Descartes qui a enseigné trente ans en PCEM1. Chaque faculté a dû se creuser la tête pour trouver des solutions. À Paris-Descartes, les cours de la PACES se dérouleront sur deux sites : l'UFR biomédicale et l'UFR de pharmacie, situées à vingt-cinq minutes de métro l'une de l'autre. « Nous laissons aux étudiants le choix de leur section [NDLR : c'est-à-dire de groupe d'étudiants, de "classe"]. En cas de problème, nous intervenons dans la répartition », indique Christophe Chanoine, professeur de biologie et responsable pédagogique de feu PCEM1 à l'université. À la rentrée 2010, Paris-Descartes comptera 3.700 étudiants, divisés en 11 sections. L'établissement a dû trouver de nouveaux centres d'examens, plus grands, pour faire passer ses concours. La faculté d'Amiens a adopté le même principe de « multisites d'enseignement ». Ici, les étudiants seront affectés dans l'un des quatre amphithéâtres de 600 places, dont deux partagés à mi-temps avec la fac de sciences. « Les élèves se verront attribuer une carte avec un code couleur correspondant à un amphi. Des lecteurs électroniques seront disposés à l'entrée », explique Daniel Le Gars. À Angers, les cours magistraux ont été dédoublés : un le matin, un l'après-midi. Ce qui signifie une double charge d'enseignements... Les travaux dirigés auront lieu dans les différents amphis.

La vidéo et l'informatique à la rescousse de la PACES

Recourir à la vidéotransmission et aux cours sur DVD n'est pas une nouveauté en médecine. L'université Joseph-Fourier, à Grenoble, a été précurseur en la matière. En 2006-2007, l'établissement a supprimé les cours en amphi et les a remplacés par un enseignement sur DVD, complété par des séances de questions-réponses (deux heures par semaine, par groupes de 150) avec les enseignants. Aujourd'hui, toutes les facultés se mettent au diapason. Amiens, Bordeaux-Segalen, Paris 13-Nord... : les établissements diffusent les cours en direct ou en podcast. Avantage : les amphis sont plus calmes. Inconvénient : « C'est un enseignement de masse. Pour les lycéens, la rupture est importante », souligne Daniel Le Gars.

Des programmes revus et corrigés

La PACES impose un socle de connaissances communes aux futurs médecins, dentistes, sages-femmes, pharmaciens (et parfois masseurs-kinésithérapeutes). Elle permet un « toilettage pédagogique ». Deux nouveautés saluées par les établissements, mais qui ont demandé un gros travail de fond. « La nouvelle première année repose sur un programme national. Nous ne le suivons pas à la lettre, mais nous sommes obligés de participer à l'harmonisation. Par conséquent, nous avons dû, par exemple, augmenter la part consacrée à l'anatomie », mentionne Patrick Berche, doyen de la faculté de médecine Paris-Descartes. « Ici, la formation scientifique est très forte. Or, avec la réforme, nous avons été obligés de réduire le nombre d'heures d'enseignements scientifiques. Par exemple, nous sommes passés de 60 à 39 heures en biologie. Conséquence de cette harmonisation des programmes : la passerelle entre la PACES et la L3 de sciences – jusqu'ici possible chez nous – est remise en cause du fait du niveau scientifique des étudiants qui risque d'être insuffisant », rapporte de son côté Christophe Chanoine. À l'inverse, Paris 13, réputée pour sa coloration « sciences humaines et sociales et disciplines médicales fondamentales », a dû réajuster son niveau en sciences dures en ajoutant de la chimie et de la physique.

Médecine, pharmacie : des cultures différentes

Pour instaurer la PACES, les enseignants de médecine et de pharmacie ont dû travailler main dans la main. Un rapprochement plus ou moins délicat selon les universités... « Nous sommes confrontés à des métiers différents, à des statuts différents. Les pharmaciens sont universitaires, les médecins hospitalo-universitaires », explique Daniel Le Gars. « Aujourd'hui, c'est réglé, tout est en ordre », ajoute-t-il. À Paris-Descartes, les desiderata ont porté sur les cours en présentiel. « Nous n'y sommes pas attachés de la même façon selon les disciplines. Certains n'envisagent pas un cours sans professeur, d'autres sont habitués à la vidéo. Et il faut satisfaire tout le monde. Planifier des créneaux horaires devient alors un casse-tête. Nous avons établi un planning hebdomadaire, pas plus. Chaque semaine, l'emploi du temps change. Nous en revenons également aux cours le samedi matin qui avaient été abandonnés », ironise Christophe Chanoine.

Des réorientations en question

Tantôt jugées insuffisantes, tantôt peu novatrices, les idées du ministère de l'Enseignement supérieur sur les réorientations figurent également au cœur des discussions et des travaux. Interviewé par Educpros.fr, le Pr Jean-Claude Chottard s'interrogeait récemment sur le devenir des étudiants en dessous de 5/20 à l'issue du premier semestre. « Il est dommage qu'il n'existe pas d'accord entre le ministère de la Santé et celui de l'Enseignement supérieur. J'ai écrit à Roselyne Bachelot pour qu'elle autorise les reçus-collés de médecine à ne pas passer le concours d'infirmier. Je n'ai pas reçu de réponse », regrette quant à lui Jean-Paul Saint-André, qui réoriente chaque année de 80 à 100 étudiants vers le paramédical.

La sélection en question

Pour réduire vraiment le taux d'échec en fac de médecine, faut-il instaurer une sélection sur dossier et entretien avant l'entrée à l'université ? « Personnellement, je suis hostile à la loi des grands nombres, qui pousse 90 % des étudiants de première année à l'échec », n'hésite pas à trancher Patrick Berche. Le débat est ouvert... De même que celui sur une rénovation complète des études de médecine. Du reste, la PACES va probablement induire des changements pour les années à venir. Mais chaque réforme en son temps : les universités n'en sont pas encore là...

Facultés recherchent moyens désespérément

Une réforme de grande ampleur, sans grands moyens. Voilà ce que déplorent les doyens des facultés de médecine et de pharmacie. Le manque en personnel est notamment souligné. « Nous n'avons reçu aucun moyen supplémentaire en personnel de la part de l'université. Rien, zéro. Pas une secrétaire, pas un employé de régie en plus, alors que nous aurons des cours retransmis. J'ai même envisagé de faire appel à une société privée de surveillance pour employer des vigiles », déclare Daniel Le Gars, doyen de la faculté de médecine de l'université d'Amiens. À Angers, Jean-Paul Saint-André a fait ses calculs : « Il a fallu embaucher une personne supplémentaire pour la scolarité, une personne de surveillance et de contrôle, débourser plus de 150.000 € [par an] pour la logistique et 50.000 € de frais supplémentaires pour l'organisation du concours », détaille le doyen. Cet argent a été pris sur les fonds de l'université, les crédits accordés par l'État dans le cadre du Plan licence.


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