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Parcoursup : les présidents d'université à l'offensive sur le terrain de la communication

Laura Taillandier
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L'université de Lorraine a choisi de publier un question-réponse sur la réforme pour démentir les "contre-vérités". // ©  Fred MARVAUX/REA
Le mouvement étudiant contre Parcoursup prenant de l'ampleur, la couverture médiatique également. Pour certains présidents d'université comme pour la Fage qui soutiennent la réforme, l'objectif est de communiquer et d'éviter "les contre-vérités".

"Ne laissons pas certains gâcher l’image de nos belles universités. Faisons-nous entendre !" Dans une lettre adressée aux présidents d'université le 9 avril 2018, Gilles Roussel, le président de la CPU (Conférence des présidents d'université) affiche son "soutien" à ses collègues confrontés à la montée de la contestation dans leur établissement. Avec un mot d'ordre : "Ne pas laisser les seuls opposants communiquer et très souvent propager des contre-vérités" sur la réforme.

Sélection ou pas ?

Gilles Roussel insiste : "Nous devons réaffirmer que cette réforme n’est pas une réforme de la sélection mais bien une réforme de l’orientation et de la réussite pour tous les étudiants et toutes les étudiantes. Tous les bacheliers doivent pouvoir accéder à l’enseignement supérieur. Nous y sommes collectivement attachés et c’est bien dans ce sens que nous œuvrons."

Avec cette prise de position, le président de la CPU s’inscrit dans les pas de Frédérique Vidal. Depuis quelques jours, la ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche ne dit pas autre chose. Mardi 10 avril 2018, lors des questions d’actualité au gouvernement devant le Sénat, elle a réitéré son message : "Je voudrais que l'on arrête la désinformation. Sur le fait que nous braderons les diplômes, qu'il n'y aura pas de compensation et sur l'amplification du mouvement."

D'autant que, dans l'autre camp, l'opposition s'affiche dans les médias. Dans une tribune publiée sur Franceinfo, 425 enseignants dénoncent mardi 10 avril 2018 une "réforme absurde", qui instaure une "sélection hypocrite". "D'un côté, les responsables gouvernementaux refusent catégoriquement d'utiliser ce mot. Mais, de l'autre, on nous demande de classer les candidatures de sorte qu'un couperet tombera une fois les capacités d'accueil des filières saturées", argumentent-ils.

Le 10 avril, nouvelle journée de mobilisation nationale contre la réforme, quinze universités étaient désormais touchées par des blocages, selon l'Unef. "La mobilisation prend de l'ampleur, il y a de plus en plus de monde dans les assemblées générales" et "le jeu de communication est de plus en plus fort", observe Lilâ Le Bas, sa présidente. "La ministre multiplie les interviews pour dire que nous ne sommes qu'une minorité, mais cela montre bien qu'il se passe quelque chose", ajoute-t-elle.

Lire aussi. Parcoursup : des enseignants-chercheurs se mobilisent contre la réforme

Réagir aux blocages et expliciter la réforme

Dans ce jeu de communication, certaines universités ont donc décidé d'entrer dans la danse par la publication de communiqués de presse, ainsi que d'interventions dans les médias. "Occupations et blocages ne constituent pas une entrée en dialogue. Ce n’est pas respecter les étudiants qui souhaitent aller en cours, préparer et présenter leurs examens. Ce n’est pas respecter les personnels, éloignés de leur lieu de travail, alors qu’ils se dévouent pour la réussite étudiante", souligne ainsi par communiqué Michel Deneken, le président de l’université de Strasbourg, dont l'établissement est bloqué pour la troisième fois consécutive, lundi 9 avril.

Occupations et blocages ne constituent pas une entrée en dialogue.
(M. Deneken)

Mais au-delà du commentaire portant sur la mobilisation, le président argumente également sur le "fond" de la réforme. "Il faut rappeler que cette loi n’amènera pas de sélection dans les licences générales, mais une priorisation des candidatures en fonction de la réussite des étudiants. Tous les bacheliers continueront de pouvoir accéder à l’enseignement supérieur, et nous avons augmenté nos capacités d’accueil en ce sens", insiste-t-il.

De son côté, l'université Paris-Descartes a programmé une conférence de presse mercredi 11 avril. Objectif : répondre aux "interrogations" soulevées par la réforme et rassurer sur les changements qu'elle entraînera à la rentrée prochaine.

Le "check news", comme instrument

Quant à l'université de Lorraine, elle a choisi de mettre en ligne un question-réponse sur la réforme. Et de justifier sa démarche : "Beaucoup de messages circulent, souvent anonymes, qui comportent des contre-vérités ou des suppositions, des interprétations présentées comme des vérités. Ce message a pour objectif de redonner les principales informations concernant la loi ORE d’une manière fiable et d’éclairer les choix posés par l’université de Lorraine pour son application."

Lire aussi. Concertation à haut risque sur l'arrêté licence

C'est également l'option choisie par la Fage. L'organisation étudiante qui soutient la réforme lance cette semaine une plate-forme de sondage entendant donner la parole à tous les étudiants et lutter contre les "fake news". "Nous y publierons des ressources les plus factuelles possible : coupures de presse, analyse de certaines universités… Nous lisons des choses ubuesques sur les tracts des étudiants opposés à la réforme concernant par exemple la fin des rattrapages et du système de compensation, détaille Jimmy Losfeld, son président. Et nous permettrons à tous les étudiants, y compris les bloqueurs, de s'exprimer. Il faut sortir de la dualité simpliste."

Pour Lilâ Le Bas en revanche, "l'enjeu" n'est plus sur la communication du côté des étudiants. "Ces derniers sont au courant de la réforme, de ses conséquences et des objectifs de la loi. Cela se ressent. Maintenant la question est la suivante : est-ce qu'ils se mobiliseront encore davantage et quelles réponses nous apportera enfin le gouvernement ?"

Compensation, rattrapage… Les groupes de travail dédiés à l'arrêté licence démarrent

La concertation sociale relative à la réforme de la licence démarre mercredi 11 avril 2018 et doit permettre d'inscrire dans l'arrêté la modularité des parcours promise par le Plan étudiants.

Les quatre groupes de travail travailleront sur :

Le contrat de réussite pédagogique étudiant (conclusion, contenu, évolution dans le temps, lien avec les parcours de remédiation) et missions des directeurs d'études.

L’ingénierie de formation de la nouvelle licence universitaire (architecture des formations, place des blocs de compétences et de connaissances, modalités administratives d’inscription, innovations pédagogiques et référentiel de 1.500 heures d’enseignement en présentiel).

Les dispositifs d’évaluation (compensation et modalités d'examen).

La professionnalisation de la licence universitaire ​en lien avec les éventuelles évolutions ultérieures des textes relatifs aux licences professionnelles et aux DUT.

La synthèse de la concertation sera connue à la fin du mois d'avril.


Laura Taillandier | Publié le

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caracou83.

C'est exact, et il faudrait aussi relativiser le poids des 425 enseignants....sur les 60797 titulaires (MCF, PU, 2nd degré), sans compter les contractuels... ça ne fait pas beaucoup... (0.7%) alors merci à la presse de faire objectivement son travail d'information

Pierre.

Il faudrait déjà que les enseignants grévistes fassent preuve de courage et se déclarent effectivement grévistes. Ensuite que les Présidents d'Université procèdent aux retenues sur salaire correspondantes. C'est un peu facile d'être payé et de faire de la démagogie. Il y en a un peu marre de cette irresponsabilité permanente chez certains. Sans parler des dégâts dans les universités qu'il va bien falloir payer.