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Paris-Saclay : l'université Paris-Sud décide de faire cavalier seul

Céline Authemayou, Martin Clavey
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PAYANT - Université Paris Sud, faculté des sciences
L'université Paris-Sud va-t-elle devenir l'université Paris-Saclay ? C'est la proposition de Sylvie Retailleau. // ©  Marta NASCIMENTO/REA
Transformer l'université Paris-Sud en université Paris-Saclay. C'est la proposition faite par Sylvie Retailleau à sa communauté pour continuer de construire le projet et faire réagir les autres membres de la Comue, alors que le dossier est plus que jamais au point mort.

Ils étaient 19 au départ, il ne pourrait en rester qu'un. Après plusieurs semaines de réunions, organisées par un groupe de sept établissements membres de l'Université Paris-Saclay (CentraleSupélec, le CEA, le CNRS, l'Inra, l'Ensae, l'ENS Paris-Saclay et l'université Paris-Sud), l'avenir de la Comue prend une nouvelle direction.

Dans un message adressé le 27 avril 2017 aux personnels de son établissement, Sylvie Retailleau, présidente de l'université Paris-Sud, fait part des dernières difficultés rencontrées par la Comue et propose tout bonnement de transformer l'université Paris-Sud en université Paris-Saclay.

Un nouveau statut d'EPSCP qui ne passe pas

Ce projet arrive après des semaines de débats au sein même de ce groupe des sept, créé fin décembre 2016. En mars 2017, ce dernier réfléchissait à une dissolution de la Comue afin de créer un nouvel établissement "sous la forme d'un EPSCP, expérimental et dérogatoire".

C'est bel et bien ce scénario qui a été proposé, mi-avril, au Premier ministre, à travers un document de synthèse qu'EducPros a pu lire. Les établissements proposent alors de faire de l'Université Paris-Saclay un nouvel établissement de statut EPSCP, qui "rassemble dans leur totalité les établissements actuellement membres de la Comue (...) et qui ont exprimé au niveau de leur conseil d'administration leur volonté de faire partie de Saclay". Ce nouveau modèle d'université cible offrant un avantage de choix : la possibilité pour la structure d'être reconnue "d'emblée comme une université de recherche intensive de niveau mondial".

Paris-Sud a la responsabilité vis-à-vis de sa communauté, de ses étudiants et des étudiants déjà diplômés de Paris-Saclay de ne pas remettre en question ce qui a déjà été réalisé.
(S. Retailleau)

Mais ce projet, qui implique donc la dissolution de la Comue, aurait une conséquence très concrète pour les établissements membres, parmi lesquels les écoles d'ingénieurs : ces derniers pourraient garder une personnalité juridique... mais "dans une première étape" seulement.

Le groupe des SEPT A IMPLOSÉ

C'est ce point précis, déjà à l'origine des nombreuses houles agitant le projet depuis son origine, qui pourrait avoir raison de l'Université Paris-Saclay, du moins dans sa version actuelle. Les établissements ne sont toujours pas prêts à voir disparaître leur personnalité morale et juridique.

Malgré la validation de la feuille de route par le groupe des sept et l'adoubement de Bernard Cazeneuve, le conseil des membres qui s'est tenu le 26 avril a ainsi vu certains directeurs émettre de sérieuses réserves quant au projet porté par le "groupe des 7". "Le directeur de CentraleSupélec [pourtant membre du groupe restreint] vient de considérer que le document final (...) ne pouvait satisfaire les critères de son intégration dans l'Université Paris-Saclay", regrette Sylvie Retailleau dans son message. Et l'école d'ingénieurs d'entraîner dans son mouvement les autres écoles de la Comue, ces dernières ayant "présumé d'un refus de ce projet par leur conseil d'administration ou par leur tutelle".

Si CentraleSupélec n'a pas répondu à la sollicitation d'EducPros, des sources proches du dossier évoquent, pour expliquer la situation, des "problèmes de méthode" quant à la rédaction de la feuille de route remis au Premier Ministre. Le document ne reflétant pas exactement la vision du groupe.

Paris-Sud veut prendre les choses en mains

Dans ce contexte, la proposition de Sylvie Retailleau traduit son envie d'aller vite, dans un dossier qui ne cesse de s'embourber. La présidente entend soumettre très rapidement à sa communauté la transformation de l'université Paris-Sud en université Paris-Saclay, "avec un soutien fort et déclaré du CNRS, du CEA et de l'Inra", précise-t-elle.

Le but affiché est clair : il faut aboutir au plus vite à un projet d'établissement se plaçant au plus haut dans les différents classements internationaux (en particulier celui de Shanghai) et capable de répondre aux exigences du jury de l'Idex, appelé à se prononcer sur le cas de Saclay à l'automne 2017.

C'est un modèle de rapprochement université-institut de recherche totalement unique au niveau national. On ne peut qu'espérer que cet embryon d'avant-garde s'élargisse aux écoles.
(T. Mandon)

"Je ne saurai trop l'encourager à avancer en ce sens, analyse Thierry Mandon. Le projet avance trop doucement et Sylvie Retailleau a décidé de prendre les choses en main. C'est un modèle de rapprochement université-institut de recherche totalement unique au niveau national. On ne peut qu'espérer que cet embryon d'avant-garde s'élargisse aux écoles."

Il faut dire que Paris-Sud a beaucoup à gagner, mais aussi à perdre, dans le projet Saclay. "L'université Paris-Sud s'est considérablement engagée en transférant son doctorat et ses masters, c'est-à-dire ses diplômes phares et reconnus internationalement, pour défendre un modèle d'université de recherche intensive, précise Sylvie Retailleau. Elle a la responsabilité vis-à-vis de sa communauté, de ses étudiants et des étudiants diplômés de Paris-Saclay de ne pas remettre en question ce qui a déjà été réalisé."

de nombreuses questions en suspens

Toutefois, cette nouvelle étape n'est pas sans poser de questions sur l'avenir du regroupement. Quel impact pour l'Idex ? Quelles répercussions pour les écoles s'apprêtant à déménager sur le plateau ? Quelles conséquences pour les autres universités de la Comue – l'université d'Évry et l'UVSQ (université de Versailles-Saint-Quentin) ?

Car si les écoles ne cachent plus leur frilosité depuis longtemps, l'UVSQ, quant à elle, tient à rester partie prenante du projet. Dans un communiqué publié le 21 avril, l'établissement publiait une motion, adoptée à l'unanimité en conseil d'administration. "L’UVSQ, membre fondateur de la Comue Paris-Saclay, a vocation à participer à l’élaboration de cette nouvelle université de rang mondial et à intégrer comme membre à part entière ce futur ensemble universitaire dès sa création." Le feuilleton Saclay n'est pas près de s'achever.


Céline Authemayou, Martin Clavey | Publié le

Vos commentaires (5)

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Le concombre masqué.

Retailleau se paie bien la tête de tout le monde, à moins qu'elle ne s'enferme dans un délire manquant totalement de lucidité, à la Fillon, Mandon et consorts... Les étudiants n'en ont rien à faire de voir leur diplome estampillé PSud ou PSaclay!! Et l'uvsq qui tient absolument à rejoindre la pétaudière, WTF? Beaucoup plus à perdre qu'à gagner! Et tout ça pour ce classement débile et obsolète de Shangai?!

CHVEIK.

Il semble que Centrale se soit un peu trop rapidement hâtée de vendre son âme (pour quels bénéfices ...?). Elle aura tout perdu : un emplacement de choix à Châtenay-Malabry et son autonomie à terme. Dire que des anciens élèves répondent aux appels de fonds pour s'acheter une table dans la brousse de Saclay !

Frida.

Les GE du plateau de Saclay ont encore raté un virage de la mondialisation. Condamnées à être nullos en recherche

C. Tureau.

Cet article est le seul à peu près honnête dans tout ce qui est paru dans la presse. Il sous estime quand même un peu le coup de force de PSud, et son OPA pour récupérer tout l'acquis (et il est énorme: masters, écoles doctorales, labexes, instituts de convergence) collectif de Saclay. Joli coup si ca marche. Pas super honnête, mais les écoles l'ont un peu cherché. Surtout l'article passe sous silence le fait que PSud n'a cessé d'empecher les autres universités (UVSQ et Evry) d'y prendre leur place. Et que les conditions mises (dissolution à l'échéance 5 ans) aux écoles par PSud explique leur frilosité légitime quand on voit l'usine à gaz de la gestion universitaire (des budgets disponibles à UP Saclay pour des opérations Idex ne sont pas dépensés à temps tellement c'est ingérable). Même les très zélées Centrale et ENS ne peuvent pas se dissoudre dans un truc aussi imprévisible. Soit l'Etat donne tout à PSud (qui aurait enfin les moyens de ses ambitions, mais laisse beaucoup de choses bien sur le carreau et des écoles qui ont beaucoup investi dans Saclay passablement écoeurées. Soit l'Etat autorise un statut un peu plus collegial, à l'instar des collges de Cambridge. Au vu des choix faits jusqu'ici il est peu probable que l'Etat fasse le bon.

Dubois Pierre.

Lire aussi Blog Histoires d'universités : analyse du projet cible de la COMUE Paris Saclay. Son rejet par les Grandes Écoles. Les raisons des ratages depuis 10 ans https://histoiresduniversites.wordpress.com/2017/04/28/paris-saclay-cibles-ratees/