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ParisTech, an II

Céline Authemayou
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Les élèves de la première promo de ParisTech Shanghai Jiao Tong, en visite en juillet 2014 à Mines ParisTech.
Les élèves de la première promo de ParisTech Shanghai Jiao Tong, en visite en juillet 2014 à Mines ParisTech. // ©  T. Vaerman / Mines ParisTech

Après des mois d’interrogations et de discussions, le sort de ParisTech est enfin scellé. Le regroupement de grandes écoles parisiennes va connaître une petite révolution au 31 décembre 2015 : disparition du statut d’établissement, départ d'HEC, incertitude autour de Polytechnique, présidence tournante confiée aux directions d’écoles… Jean-Philippe Vanot, président de ParisTech jusqu’à la fin de l’année, revient sur ce changement de taille.

Jean-Philippe Vanot, président de ParisTechDepuis plusieurs mois, l'avenir de ParisTech était débattu. Quelles étaient les principales difficultés rencontrées par la structure actuelle ?

Suite à la loi ESR de 2013, ParisTech dispose d'un statut intermédiaire d'EPCS, pour une durée de cinq ans. Les interrogations des parties prenantes commençaient à être lancinantes, quant à l'avenir de la structure. Il n'y a rien de pire que l'incertitude, nous avons donc voulu accélérer le processus de changement. Autre souci, l'une des 12 écoles de ParisTech ne se retrouvait plus dans le regroupement : HEC avait rejoint l'aventure avec la volonté de devenir la business school d'un gigantesque MIT à la française. Or nous sommes loin de ce modèle. HEC ne sera donc plus membre de ParisTech.

Des questions de structure, un membre qui s'éloigne du projet... Pourquoi ne pas tout bonnement mettre fin à ParisTech ?

Depuis mon arrivée à la présidence en 2013, je constate que ParisTech produit de la valeur, nos projets se déroulent bien, à l'image de notre école d'ingénieurs avec Jiao Tong à Shanghai, ou de l'institut de la mobilité durable. Et surtout, nous disposons d'une marque forte, qui ouvre facilement des portes, à l'international. Nous avons donc proposé aux écoles de débuter une nouvelle aventure, sous une forme différente : l'établissement public cessera d'exister au 31 décembre 2015 pour laisser place à une structure plus légère, moins coûteuse, dont le comité de pilotage sera hébergé par la fondation ParisTech et géré par 7 personnes (5 en France et 2 en Chine), alors qu'aujourd'hui, ParisTech emploie 12 salariés, tous en CDD, avec des contrats qui arrivent à échéance d'ici à décembre 2015.

L'établissement public cessera d'exister au 31 décembre 2015 pour laisser place à une structure plus légère, moins coûteuse.

Dans son rapport sur Polytechnique, Bernard Attali se pose d'ailleurs l'intérêt d'un tel regroupement.

Il a raison sur le fond : il faut mettre fin à la structure ParisTech. Il est clair que nous ne ferons jamais un MIT à la française. Mais il constate aussi que les écoles d'ingénieurs ont besoin de travailler ensemble. Il y a, à mon sens, plusieurs façons d'y parvenir : il y a la façon ambitieuse du rapport Attali, qui consiste à fusionner. Ce qui me paraît ambitieux, compliqué, cher et long... Et puis il y a la méthode plus modeste, peu coûteuse, et qui permet d'obtenir des résultats rapides. Je crois qu'il faut arrêter d'avoir des projets pharaoniques qui ne se concrétisent jamais, mais opter pour des plans pragmatiques, qui fonctionnent.

Aujourd'hui, ParisTech propose des diplômes, coordonne des projets. Quelles seront les missions conservées et celles supprimées ?

Nous stoppons la diplomation en mettant fin à nos masters internationaux. Pour les projets, ils seront maturés, conçus par le comité de pilotage, mais leur mise en action et leur suivi sera opéré par l'une des écoles de ParisTech, qui deviendra référente sur le dossier. Nous n'avons pas encore fléché les projets, cela devrait être fait en juillet. Les directions sont prêtes à s'emparer du projet, à tel point qu'à partir du 1er janvier 2016, je quitte la présidence et ce sont les directeurs/directrices qui occuperont, de façon tournante, la fonction.

Vous le disiez, HEC a décidé d'arrêter l'aventure. Toutes les autres écoles, exclusivement d'ingénieurs, ont-elles accepté de rejoindre le "nouveau" ParisTech ?

Sur les onze originelles, j'ai obtenu 10 oui et un "je ne peux pas décider tout de suite", en l'occurrence de l'École polytechnique. L'établissement évolue dans un contexte compliqué, avec les différents rapports publiés à son égard. J'espère cependant avoir une réponse positive de sa part avant la fin de l'année.

Il faut arrêter d'avoir des projets pharaoniques qui ne se concrétisent jamais, mais opter pour des plans pragmatiques, qui fonctionnent.

Envisagez-vous de nouveaux entrants, pourquoi pas des écoles de statut privé ?

Pourquoi pas. Les nouveaux entrants devront avoir le même ADN que les écoles déjà membres : de grandes écoles d'ingénieurs situées en Île-de-France. La notion d'excellence doit être présente, sans toutefois être élitiste : l'un de nos prochains chantiers consiste à travailler à la meilleure diversité de recrutement de nos membres.

Quoi qu'il en soit, il n'est pas question d'effectuer un élargissement soudain, qui déstabilise trop souvent les structures. Si fin 2016, nous sommes de nouveau 12, je trouverais cela très raisonnable.

Une partie du budget de fonctionnement de ParisTech est issue des contributions des écoles. Qui dit structure plus légère, dit budget resserré ?

Nous estimons pour 2016 une baisse de 30 à 40% de notre coût de fonctionnement. La cotisation annuelle des écoles, qui est aujourd'hui en moyenne de 100.000 €, devrait donc être revue à la baisse, même si le départ d'HEC, qui était un gros contributeur, limitera l'effet.

Le ministère a validé votre projet. L'argument du moindre coût a dû être apprécié...

Cette évolution tire une épingle du pied du ministère, puisque nous réglons la question complexe du statut. Nous restons une structure qui crée de la valeur, qui souhaite accroître la diversité de recrutement. Cet argument est très apprécié au sein du ministère...

Les écoles membres de ParisTech, en juin 2015 :
- AgroParisTech
- Arts et Métiers ParisTech
- Chimie ParisTech
- École des Ponts ParisTech
- École polytechnique
- Ensae ParisTech
- Ensta ParisTech
- ESPCI ParisTech
- HEC Paris
- Institut d'Optique Graduate School
- Mines ParisTech
- Télécom ParisTech

Céline Authemayou | Publié le

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Daniel-Philippe de Sudres.

Bonjour et merci pour ces réflexions. Vous notez : "le comité de pilotage sera hébergé par la fondation ParisTech et géré par 7 personnes (5 en France et 2 en Chine)" Quelques neurones miens s'interrogent : Pourquoi, sur sept "personnes", la "structure plus légère, moins coûteuse" devra-t-elle en compter deux vivant "en Chine" ?

Sirius.

ParisTech est mort. Il a été tué par le gouvernement Fillon/Sarkosy, quand celui-ci a donné la priorité à l'Université Paris-Saclay, dans laquelle sont engagées sept des douze écoles membres de ParisTech. Trois autres écoles ont rejoint la Comue Paris Sciences et Lettres et la dernière, les Ponts, celle de l'Université de Paris Est. ParisTech avait été une initiative propres aux écoles d'ingénieurs parisiennes. Mais celle-ci s'est fracassée contre les réformes de structure du système de l'enseignement supérieur. Le rapport Attali n'a fait que tirer sur l'ambulance. L'an II de ParisTech est celui d'une fermeture en douceur.

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