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Philippe Huppé : "Les métiers d’art ne comptent pas suffisamment d’apprentis"

Martin Rhodes
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L'École Boulle forme à une quinzaine de métiers d'art.
L'École Boulle forme à une quinzaine de métiers d'art. // ©  ©Nicolas TAVERNIER/REA
"Formuler des propositions permettant de préserver et de développer en France les métiers d’art et du patrimoine vivant." Tel est l’objectif de la mission confiée aux trois députés Raphaël Gérard, Gilles Le Gendre et Philippe Huppé. Ce dernier nous livre en avant-première les principales pistes envisagées concernant la formation aux métiers d’art.
 // © Philippe Huppé

Député La République en marche de l’Hérault, Philippe Huppé est également président de l’association délivrant le label "Ville et métiers d’art". Il remettra son rapport concernant la formation aux métiers d'art au Premier ministre, Édouard Philippe, ainsi qu’aux ministres de l’Économie, Bruno Le Maire, et de la Culture, Franck Riester, entre la fin du mois de novembre et le début du mois de décembre.

Vous avez expressément demandé au Premier ministre, Édouard Philippe, de vous confier une mission sur les métiers d’art. Pour quelles raisons ?

Le dernier rapport sur les métiers d’art date d’octobre 2009. Il a été remis par Catherine Dumas, qui est toujours sénatrice Les Républicains de Paris, à François Fillon, le Premier ministre de l’époque [l’intitulé exact était : "Les métiers d'art, d'excellence et du luxe et les savoir-faire traditionnels : l'avenir est entre nos mains"]. En dix ans, beaucoup de choses ont changé. Une nouvelle mission m’a donc semblé nécessaire.

Votre mission porte sur les métiers d’art et du patrimoine vivant. De quels métiers parle-t-on exactement ?

Je n’invente rien. Un arrêté daté de décembre 2015 en répertorie la liste. On en dénombre 198, de plumassier à coutelier en passant par ébéniste et restaurateur de meubles.

"Entreprises du patrimoine vivant" (EPV) est, quant à lui, un label délivré par l’État. Il distingue les entreprises françaises ayant un savoir-faire rare, renommé ou ancestral dans le domaine de l’artisanat et de l’industrie [Chanel, Studio Harcourt Paris, ou encore Baccarat sont par exemple labélisés].

Le volet formation du travail qui nous a été confié concerne l’ensemble des établissements qui mènent aux métiers et aux entreprises que je viens de citer, quel que soit leur ministère de tutelle. Sont notamment concernées les écoles d’art privées, les centres de formation d’apprentis des métiers d’art, les écoles supérieures d’arts appliqués comme Boulle [mais aussi Duperré, Estienne ou encore l’Ensaama], les écoles supérieures d’art [ex Beaux-arts]. Enfin, dans la mesure où 62 % des artisans ont fait une reconversion, notre mission porte également sur la formation continue.

À l’heure où nous échangeons, l’audition des différents acteurs du secteur est encore en cours. Quelles recommandations pouvez-vous d’ores et déjà partager concernant la formation ?

Les métiers d’art ne comptent pas suffisamment d’apprentis, du fait notamment que bon nombre de professionnels travaillent seuls. Ces derniers n’ont généralement ni les moyens financiers ni le temps de former un jeune. Or, pour les nombreux métiers rares comme plumassier [une dizaine en France], héraldiste [qui grave les chevalières] ou encore solier [qui restaure les sols], les cursus sont très peu nombreux et la transmission des savoir-faire se fait aussi et surtout en atelier.

Les métiers d’art ne comptent pas suffisamment d’apprentis, du fait notamment que bon nombre de professionnels travaillent seuls. Ces derniers n’ont généralement ni les moyens financiers ni le temps de former un jeune.

Il faudrait également favoriser l’apprentissage dans les manufactures, qui emploient une main-d’œuvre importante. Les cristalleries, les ganteries ou encore les verreries sont à la recherche de jeunes qui ont acquis certaines bases, et qu’elles peuvent ensuite elles-mêmes former à un savoir-faire bien spécifique. Ces fondamentaux, comme le dessin, pourraient être enseignés dans des formations communes à plusieurs métiers d’art. C’est une des pistes envisagées.

Après une licence DNMADE ([diplôme national des métiers d’art et du design], le DSAA [diplôme supérieur d’arts appliqués] constitue l’une des principales poursuites d’études. Or, ce dernier ne confère pas le grade de master…

Effectuer une partie de ses études dans un pays d’Europe permet notamment d’acquérir des techniques et des savoir-faire peu, voire pas du tout, enseignés en France. C’est une aubaine, pour l’étudiant, comme pour le patrimoine français. Or, ce type d’échange implique que les diplômes français, aujourd’hui trop nombreux et peu lisibles en dehors de nos frontières, s’adaptent au schéma européen licence, master, doctorat. Il en va également de l’employabilité de nos jeunes à l’étranger.

Outre la formation, quels sont les différents volets de votre mission ?

L’objectif est à la fois de faire un état des lieux et de proposer des pistes d’amélioration, de l’entrée sur le marché du travail à la fin de carrière. Ce qui nous amène à poser les questions suivantes : quel est le profil de ceux qui choisissent les métiers d’art, et comment y accèdent-ils ? Comment, par la suite, vivent-ils de leur travail (aides à l’implantation, développement de l’activité, rayonnement national et international) ? Enfin, nous questionnons la transmission des savoir-faire, un sujet particulièrement important.


Martin Rhodes | Publié le

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