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Plus agiles, plus mobiles, plus sûrs : les réseaux informatiques du sup changent

Romain Ledroit
Publié le
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Plus agiles, plus mobiles, plus sûrs : les réseaux informatiques du sup changent
Dans les établissements du supérieur, les réseaux sont généralement doublés pour assurer une continuité du service. // ©  plainpicture/Caiaimages/Tom Merton
Cours en ligne, applications mobiles… Pour accompagner leur transformation numérique et garantir agilité, mobilité et sécurité des services, les établissements d’enseignement supérieur font évoluer leur réseau informatique. Focus sur les stratégies des acteurs du secteur.

"Il y a quinze ans, YouTube ou les moteurs de recherche ne faisaient pas partie du quotidien des internautes. Peu de personnes auraient pu imaginer ce que nous vivons aujourd'hui. Alors, comment se projeter dans vingt ans ?" C’est le constat de Laurent Flory, directeur des systèmes d’information et du numérique de l’Université de Lyon.

L'enseignement supérieur n'échappe pas à la transformation numérique à l’œuvre dans tous les pans de la société. Depuis quelques années, le développement des cours en ligne, des plates-formes d'apprentissage et des outils administratifs numériques pousse universités et écoles à revoir leurs infrastructures numériques pour l'adapter aux nouveaux besoins de leurs communautés. Au même titre que l’accès à l’électricité ou à l’eau, l’accès au réseau et aux services numériques sont désormais considérés comme une commodité de base. Un changement de paradigme, qui a une incidence sur la gestion des structures.

À l'ICP, un Wifi de 5 à 10 mégas garanti

Arrivé en 2016 en qualité de DSI (directeur des systèmes d'information et du numérique) à l'ICP (Institut catholique de Paris), Anthony Hié a très vite pris la mesure de ce qu’il nomme "l’ATAWAD" ("Anytime, Anywhere, Any device", soit, en français : "tout le temps, partout, sur tous les supports") dans les habitudes de consommation des 10.000 étudiants, 1.000 collaborateurs et 700 enseignants de l'établissement d'enseignement supérieur privé parisien. Pour accompagner ces nouveaux usages, depuis son arrivée, la bande passante de l'ICP a été multipliée par trois.

Avec en moyenne 2.900 connexions gérées par les 238 bornes Wifi des trois campus de l’ICP, pour éviter les insuffisances de débit, il a fallu mettre la main au porte-monnaie. "L’investissement en bande passante garantit aujourd’hui 5 à 10 mégas par étudiant en Wifi", détaille Anthony Hié, qui occupe également la fonction de CDO (chief digital officer).

Au quotidien, étudiants et personnels de l'établissement utilisent en moyenne seulement 30 % du volume de bande passante disponible.

"Mais notre engagement porte aussi sur l’achat d’un service haute disponibilité, qui nous évite une panne globale", ajoute-t-il. À l’ICP comme dans beaucoup d’institutions, le réseau est doublé. En cas de panne sur le réseau principal, un réseau secondaire prendra le relais et en cas de baisse du débit, le service sera maintenu.

Au quotidien, étudiants et personnels de l'établissement utilisent en moyenne seulement 30 % du volume de bande passante disponible. De quoi prévoir les pics de consommation à certains moments de l’année, comme lors de colloques ou des périodes d’inscription. D'autant qu'en toile de fond, apparaît un autre phénomène dont il faut tenir compte : la massification du streaming, que ce soit depuis YouTube ou pour la télédiffusion de cours.

À Lyon, 221 km de fibres optiques à renouveler

"Une bonne stratégie doit s’adapter régulièrement aux capacités du réseau et aux nouveaux besoins des établissements, analyse Laurent Flory. Pour nous, cela passe par le fait d’être propriétaire de notre réseau métropolitain et de pouvoir négocier tous les cinq ans les marchés de maintenance de la fibre optique."

En 2004, les membres de la Comue Université de Lyon, alors regroupés au sein du GIP (groupement d'intérêt public), "pôle universitaire de Lyon", investissent dans un réseau métropolitain de 221 km de fibre optique – l’équivalent d’un Paris-Lille. L'objectif ? Assurer la liaison vers les différents sites du GIP.

Cela revient à penser un réseau qui pourra connecter des bâtiments qui n’existent pas encore, ou s’adapter à des services qui ne sont pas encore dans les usages.

Dès le départ, la politique se voulait "innovante et offensive, le réseau permettait d’engager des innovations sur l’enseignement à distance et la production de ressources pédagogiques en ligne", souligne Laurent Flory. Avec un budget initial de 4,5 millions d’euros pour l’infrastructure et 1 million d’euros de maintenance sur quinze ans, la stratégie était claire : se positionner en tant qu’acteur moteur du développement des réseaux universitaires en France.

Quatorze ans plus tard, la Comue engage une nouvelle réflexion sur l’évolution de son réseau métropolitain pour les quinze à vingt prochaines années. Un dossier porté par Lyon 1. Dans le cahier des charges, apparaît particulièrement une notion, celle de l’agilité.

"Nous envisageons l’agilité d’un point de vue à la fois géographique et technologique. Cela revient à penser un réseau avec une capacité d’évolution, qui pourra connecter des bâtiments qui n’existent pas encore, ou s’adapter à des services qui ne sont pas encore dans les usages, ou pas encore inventés", résume Laurent Flory.

Vers des connexions plus sécurisées

Si les établissements d’enseignement supérieur doivent faire évoluer leur infrastructure numérique, il en va de même de Renater, le réseau informatique national qui raccorde entre eux, telle une colonne vertébrale, 640 universités et centres de recherche. Dans ce vaste chantier perpétuel, le "réseau des réseaux" a une priorité : assurer la continuité du service, depuis l’étudiant connecté au Wifi d’un établissement jusqu’au cœur central du réseau.

"Contrairement aux années 1990 ou 2000 où, quand le réseau fonctionnait, la mission était remplie, nous devons maintenant aller plus loin et offrir une garantie constante de la connexion", récapitule Laurent Gydé, le directeur technique de Renater.

Nous devons maintenant aller plus loin et offrir une garantie constante de la connexion.
(L. Gydé)

Pour accompagner la mobilité des usagers du réseau, les équipes de Renater travaillent actuellement sur des solutions de connexions sécurisées utilisables depuis un smartphone, une tablette ou un ordinateur portable. Le but : pouvoir utiliser un VPN, un Virtual private network, qui chiffre la connexion entre l’utilisateur et le serveur pour garantir un niveau de sécurité supplémentaire.

Enseignants-chercheurs, étudiants ou personnels pourront se connecter au réseau Renater en utilisant leur connexion 4G ou le wifi classique. De quoi garantir un accès aux services numérique "tout le temps, partout, sur tous les supports".


Romain Ledroit | Publié le

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Xavier Girod.

Heureux de lire un article qui parle des infrastructures. On oublie souvent que le développement du numérique universitaire passe d'abord par celui des infrastructures réseaux qui nécessite des moyens importants, de l'anticipation... et des hommes ! Les NREN comme RENATER (et leurs équivalents continentaux comme le réseau paneuropéen GEANT), souvent mal connus des utilisateurs, jouent un rôle primordial... J'en profite pour saluer l'initiative "AfricaConnect", financée par l'Europe, qui vise à développer le réseau académique mondial en Afrique australe et orientale.

Yves Epelboin.

En tant que pionnier je salue le travail qui a été accompli depuis ... 1985 !

C. Levorec.

Apparemment, les usages ne sont pas si nouveaux que ça :-) https://www.macg.co/ailleurs/2018/03/grilles-les-etudiants-de-lyon-iii-utilisent-le-wi-fi-pour-tout-sauf-etudier-101673