Polytechnique à nouveau épinglée par la Cour des comptes

Guillaume Mollaret
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Dans son dernier rapport annuel, la Cour des comptes souligne le lien ténu entre l'école Polytechnique et le ministère des Armées. // ©  Olivier SAINT-HILAIRE/HAYTHAM-REA
Après de premières critiques formulées en 2012, les Sages pointent à nouveau la gestion de cette école symbole d’élite. En cause notamment, le coût de la scolarité des élèves ingénieurs.

Les polytechniciens sont-ils vraiment des militaires ? C’est l’une des questions en creux soulevée par le rapport annuel de la Cour des comptes diffusé fin février. Ainsi, les magistrats financiers pointent le fil ténu reliant le ministère des Armées à la prestigieuse école bicentenaire "dont les élèves ingénieurs français servent sous statut militaire et sont rémunérés à ce titre."

Tutelle trop "lointaine" du ministère des Armées

Entre autres observations, la Cour des comptes relève que "l’École Polytechnique ne forme plus qu’un nombre limité d’élèves pour le compte du ministère des Armées, seulement 7% de la promotion sortie d’école en 2018, soit 15 postes." Elle ajoute : "Au-delà des sept mois de stage au sein des armées (en début de scolarité) et de leur participation aux cérémonies militaires, la contribution des élèves en tant qu’élèves officiers de l’armée française est très réduite." En outre, le ministère des Armées est "accusé" d’exercer une "tutelle lointaine", "peu diligente voire passive" quant au regard porté sur la gestion de l’X.

Vers une timide révolution à Polytechnique

Jouant, comme à son habitude, le rôle d'aiguillon, la Cour des comptes s'est voulue acerbe d'emblée avec un titre laissant peu de place aux doutes sur le contenu des 22 pages de ce rapport intitulé "Une stratégie incertaine, une gestion à redresser" qui ne remet cependant absolument pas en cause la qualité de l’enseignement dispensé par Polytechnique. "Son excellence tient largement à la sélectivité du concours d’entrée et à la qualité de son corps professoral", soulignent les Sages, en préambule.

Une excellence qui coûte cher

Une excellence coûteuse toutefois puisque, estime la Cour, "le coût de la scolarité d’un élève, hors rémunération, (s’établit) à 36.370 € par an sur la base des données 2016–2017" contre 20.078 euros en moyenne pour les écoles d'ingénieurs publiques selon un rapport du Contrôle général économique et financier (Cgefi) datant de 2013, cité par les Sages. Une étude menée pour le compte de la Cdefi en 2018 donnait à peu près le même chiffre.

Pour l’X, ce montant se justifie notamment par un encadrement professoral plus élevé que dans d’autres écoles d’ingénieurs : 8,6 élèves pour un enseignant, contre 11 en moyenne dans les écoles d’ingénieurs publiques, toujours selon la Cgefi. Si l'on prend des données plus récentes, celles de notre classement 2020 des écoles d'ingénieurs, on constate un taux d'encadrement de 6,3 pour Polytechnique. CentraleSupélec et Telecom Paris font cependant mieux avec respectivement des taux de 6,2 et 4,4 élèves par enseignant.

Dans le rouge entre 2014 et 2018

A cet égard, la Cour ferait peut-être preuve de plus de mansuétude si les comptes de l'X n’avaient pas été dans le rouge entre 2014 et 2018 avec un déficit cumulé de 20 millions d'euros. Or, en 2012, lors d’un référé, les Sages expliquaient déjà que, sur le plan financier, une "stratégie globale restait encore à définir” pointant notamment une absence de comptabilité analytique et une gestion "trop laxiste" du corps enseignant. "La gestion de l'Ecole polytechnique n'est pas à la hauteur de sa réputation, ni de la place particulière qu'elle occupe dans l'enseignement supérieur", cinglent les Sages.

De son coté, dans sa réponse annexée au rapport, Eric Labaye président de l’X, nommé en août 2018, pointe que "l’excellence a un coût, expliqué entre autres par un très bon taux d’encadrement des élèves, et ce coût est similaire à celui des meilleures formations internationales." Et le président de souligner que l'X a un taux d'insertion professionnelle de ses élèves excellent.

Ecole polytechnique : l'Etat tranche enfin sur la pantoufle

La "pantoufle" pas suffisamment remboursée

Parmi les très rares écoles d’ingénieurs publiques où les élèves ne payent pas leur frais de scolarité tout en étant payés (900 euros bruts par mois), Polytechnique est notamment soupçonnée de ne pas assurer correctement le suivi du "remboursement de la pantoufle." Mise en place en 2015, cette disposition prévoit que les élèves partant travailler dans le secteur privé (alors qu’ils doivent 10 ans de service public d’Etat) remboursent la rémunération perçue durant le temps de leurs études, à l’exception de la première année, soit 21.000 euros environ.

Or, pointent les Sages de la rue Cambon : "le suivi actuel du remboursement de la pantoufle est lacunaire" et semble, à ses yeux, impossible à appliquer, ce que conteste Eric Labaye qui trouve ce constat "surprenant". Enfin, sur le volet d’une nouvelle offre de formation jugée "foisonnante et coûteuse" par les Sages, Eric Labaye affirme partager "l’analyse de la Cour des comptes sur le besoin d’élargir les voies de recrutement (sur ces cycles, NDLR) et de réévaluer les droits de scolarité pour couvrir les coûts complets."

Polytechnique en bref

Budget 2019 : 192 millions d'€
Taille moyenne d'une promo en 2019 : 543 élèves
Part des femmes : 18 % (rentrée 2019)
–23 laboratoires
sources : Cour des comptes, L'Etudiant


Guillaume Mollaret | Publié le

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Frida.

Faut pas s'étonner qu'avec une Ecole comme celà : - ce soit la débâcle de 1940, - il n'y ait plus d'industrie en France, - que le nombre de morts par Covid atteigne bientôt les 10000 versus 800 en Allemagne

Frida la blonde.

32ème pour le classement CWUR Top Nobel-producing undergraduate institutions : 6ème https://juan-branco.fr/discours-a-lecole-polytechnique/