Présidence française de l'Union européenne : peu de place laissée à l'ESR

Pauline Bluteau
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Conférence de presse d'Emmanuel Macron le 9 décembre 2021 pour présenter les enjeux de la PFUE en 2022.
Conférence de presse d'Emmanuel Macron le 9 décembre 2021 pour présenter les enjeux de la PFUE en 2022. // ©  Jacques Witt/POOL/REA
Ce jeudi 9 décembre, Emmanuel Macron a tenu une conférence de presse pour détailler les priorités de la présidence française de l'Union européenne. Une mission qu'il devra mener pendant six mois, à partir du 1er janvier 2022. Les enjeux de l'enseignement supérieur et de la recherche n'ont que très peu été abordés.

Ce n'était pas arrivé depuis 2008 sous Nicolas Sarkozy. La présidence française du Conseil de l'Union (PFUE) européenne avait alors été perturbée par la crise financière et des oppositions à la mise en place du Traité de Lisbonne. Le 1er janvier 2022, Emmanuel Macron prendra à son tour les rênes de l'institution sous fond cette fois de crise sanitaire.

Crise dont il n'a pas été une seule fois question lors de sa conférence de presse du 9 décembre. Le Président de la République a détaillé, pendant près de 2h30, les priorités et les enjeux de sa présidence avec un seul slogan "Relance, puissance et appartenance", laissant finalement très peu de place à l'enseignement supérieur et la recherche.

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Ce n'est autre qu'au palais de l'Elysée qu'Emmanuel Macron a donné sa conférence de presse pour détailler sa vision d'une Europe plus souveraine, nouvelle et plus humaine.

Il aura donc été surtout question de réformer l'espace Schengen, de concrétiser la politique de défense européenne, d'approfondir les échanges avec l'Afrique et les Balkans occidentaux mais aussi de proposer un nouveau modèle de croissance à l'horizon 2030 en conciliant développement économique et climatique, faire de l'Europe une puissance du numérique et proposer des emplois qualifiés et de qualité partout sur le continent européen. "C'est un honneur important pour le pays", a déclaré Emmanuel Macron qui souhaite "que cette présidence française soit utile" et qu'elle permette "d'affirmer la singularité du modèle de l'Europe".

La fin du discours a été l'occasion de revenir sur les différentes initiatives qui ponctueront la PFUE. À commencer par la clôture de la conférence sur l'avenir de l'Europe en mai prochain. Une conférence qui doit marquer un "élan fondateur" où les citoyens seront associés jusqu'à potentiellement aller vers "une refondation des traités".

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Durant les six prochains mois, de nombreux événements partout en France seront aussi organisés par le gouvernement. Le ministère de l'Enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation (ESRI) avait déjà précisé son intention de rassembler autour de la construction d'un espace européen de l'ESRI. Le ministère de l'Education nationale évoquait il y a quelques mois le lancement d'une grande consultation de la jeunesse autour de l'Europe, en insistant aussi sur l'engagement des établissements scolaires pour favoriser les échanges européens.

Rien de tout cela n'a été approfondi par Emmanuel Macron qui entend tout de même élargir le programme Erasmus+. Le chef de l'Etat a annoncé la création d'un service civique européen de six mois pour les moins de 25 ans. "Je souhaite que nous puissions enclencher la mise en œuvre concrète et véritable de cette initiative qui vient de notre jeunesse durant ce semestre." Un dispositif dont les modalités restent encore floues. Mais comme l'affirmait le secrétaire d'Etat chargé des affaires européennes, Clément Beaume, sur France Info : ce service civique européen sera facultatif et concernera toute la jeunesse, y compris les décrocheurs.

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Le président de la République a également évoqué la réunion des 40 universités européennes "afin de pouvoir continuer cet agenda et de consacrer l'importance des universités d'Europe". Le travail de recherche historique sera une autre priorité du mandat. Emmanuel Macron envisage de "relancer un travail sur l'histoire de l'Europe" en bâtissant "un cadre académique indépendant pour les historiens".

De son côté, la conférence des présidents d'université avait déjà fait part de ses attentes autour de la présidence française du Conseil de l'Union européenne en septembre dernier. Elle se positionnait notamment pour la création d'un diplôme européen ; la signature d'un pacte territorial en faveur de la recherche, l'innovation et les compétences entre les établissements des universités européennes ou encore pour le développement de dispositifs de recherche européens et le lancement d'un forum pour le futur de l'université de l'Europe en y associant les étudiants européens. Des mesures, qui là encore, n'ont pas été confortées dans le discours d'Emmanuel Macron.

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D'après l'association Jeunes européens, qui milite depuis plusieurs années déjà pour la mise en œuvre d'un service civique européen, la PFUE n'est pas si décisive. "Pour nous, c'est une façon d'accélérer certains dossiers, de faire des propositions, de débattre et que le gouvernement se positionne comme le porte-drapeau de ces changements grâce à des actions concrètes", détaille Antoine Chabal, président de l'association. Mais selon lui, il ne s'agit pas non plus "d'exagérer ce pouvoir". Les Jeunes européens ont davantage d'attente sur la conférence sur l'avenir de l'Europe et l'année européenne de la jeunesse.

Comme beaucoup de médias l'ont pointé lors de la conférence de presse, l'enjeu se cristallise aussi autour de la présidentielle. Emmanuel Macron a détaillé ses priorités sans assurance qu'elles soient suivies si le Président n'est pas réélu en France en avril prochain.


Pauline Bluteau | Publié le