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Universités : les pôles d'enseignement de proximité cherchent leur place

Laura Taillandier
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Universités : les pôles d'enseignement de proximité cherchent leur place
Le pôle d'enseignement du Creusot rassemble un IUT, un centre universitaire, deux laboratoires de recherche labellisés CNRS et une plate-forme technologique. // ©  Pierre GLEIZES/REA
Difficile pour les petites et moyennes universités de trouver leur place dans un paysage en pleine mutation. C'est ce qui ressort d'un colloque sur les pôles d'enseignement de proximité où, pendant deux jours, universités et collectivités ont planché sur la stratégie à adopter à l'heure des regroupements, des investissements d'avenir et des classements internationaux.

L'excellence n'est pas une question de taille." Cette formule de Caroline Cayeux, la présidente de Villes de France, a trouvé un certain écho dans les couloirs du campus Mazier, à Saint-Brieuc (Côtes-d'Armor), vendredi 15 septembre 2017. Pendant deux jours, l'Avuf (Association des villes universitaires de France) y organisait un colloque consacré aux pôles d’enseignement de proximité. L'occasion pour universités et collectivités de s'interroger sur le plan à suivre en ces temps de regroupements et d'investissements d'avenir.

La proximité, facteur d'excellence ?

"Aujourd'hui, les marges de progression se situent dans les villes moyennes. Nous sommes prêts à accueillir des étudiants supplémentaires et les résultats dans nos établissements sont supérieurs à la moyenne nationale", affirme Caroline Cayeux, maire de Beauvais (Oise). Selon une étude menée par le cabinet Synapse, "le nombre d’universités territoriales qui ont un taux de réussite en licence en trois ans supérieur à la moyenne nationale est plus élevé que celui des autres universités. Globalement, plus l’effectif est petit, meilleur est le taux de réussite et plus haute est la valeur ajoutée."

Des bons résultats qui ont un coût. Sur une dotation globale de 22 millions d'euros, "les sites territoriaux représentent un coût de fonctionnement de 3 millions d'euros par an et de 1 million d'euros pour la petite maintenance", détaille Alain Bonnin, président de l'université de Bourgogne, qui compte six campus. Même constat pour Denis Varaschin, le président de l'université Savoie Mont-Blanc : "Nous nous sommes posé la question en interne : trois sites, c'est trois bibliothèques, trois restaurants..."

"C'est un coût relatif. Imaginez-vous le coût social d'une 'désuniversitarisation' des territoires ?" interroge Alain Bonnin. Un enjeu d'autant plus fort que, selon l'étude du Synapse, les pôles d’enseignement de proximité affichent un taux de boursiers supérieur aux autres universités et un taux de boursiers diplômés de master plus élevé que la moyenne nationale. Donc "un rôle important de démocratisation des études supérieures".

"Miser sur l'excellence" : l'exemple du Creusot

Le territoire de la communauté urbaine Creusot-Montceau, reconnu dans l'industrie lourde, compte 5.000 emplois industriels dont 10 % dans le secteur de la recherche privée. Son pôle d'enseignement, qui fait partie de l'université de Bourgogne, rassemble un IUT, un centre universitaire, deux laboratoires de recherche labellisés CNRS et une plate-forme technologique. Un choix assumé. "BTS, IUT ou licence générale ? Il faut savoir concilier les deux", souligne David Marti, président de la communauté urbaine Creusot-Montceau. L'enjeu ? "Faire émerger des 'nids' d'excellence et être sélectif dans ses choix", soutient Alain Bonnin.

Celui-ci plaide pour une spécialisation avec un adossement à la recherche, en lien avec les entreprises, seule solution pour être "visible au niveau national et européen". "Pourquoi cela a marché au Creusot ? Parce que, en 1984, quand l’usine a fermé, les entreprises ont misé sur l'innovation et l'université a choisi de devenir un pôle d'excellence avec des laboratoires de recherche", rappelle David Marti.

Entre différenciation et coopération

Une stratégie parmi d'autres. À l'heure des regroupements, chaque pôle d'enseignement de proximité réfléchit à la marche à suivre pour exister. Dans un rapport publié en mars 2017, l'IGAENR (Inspection générale de l'éducation nationale et de la recherche) esquisse plusieurs scénarios de structuration territoriale : la fusion, la stratégie d’alliance avec un établissement chef de file, l’insertion dans une métropole universitaire, la construction d’universités fédérales sur un territoire plus large...

"L’enjeu principal est d’établir un bon compromis entre une stratégie de différenciation qui leur permette d’être visibles aussi bien en recherche qu’en formation et une stratégie de coopération, qui aide à constituer des ensembles structurés, cohérents et performants à l’échelle d’un site", est-il développé dans le rapport.

Un compromis parfois difficile à trouver dans le contexte des appels à projets, soulignent plusieurs présidents d'université, comme Pascal Olivard, de l'Université Bretagne-Loire. Le président de la commission "Regroupements et politique de site" de la CPU (Conférence des présidents d'université) pointe "la schizophrénie entre les investissements d'avenir et la logique de réseaux" : "On nous demande de travailler ensemble alors qu'il faut être meilleurs que les autres."

La crainte d'une métropolisation de l'enseignement supérieur

Frédérique Vidal, la ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation qui est intervenue lors du colloque, se veut rassurante : les politiques de site doivent avant tout garantir "que les étudiants trouvent une formation de proximité sur l'ensemble du territoire". C’est "la possibilité de pouvoir démarrer des études supérieures qui mèneront ensuite vers des diplômes de deuxième ou de troisième cycle qui, eux, ne peuvent pas être sur l’ensemble du territoire".

"Les sites universitaires de proximité et les universités de petite taille feront partie de la réponse" à apporter à l'augmentation de la population étudiante, assure Frédérique Vidal. "Il ne faut pas craindre que les regroupements entraînent un reflux vers les métropoles", précise la ministre, qui invite les collectivités à participer aux réflexions. Une invitation à laquelle a répondu positivement la présidente de l’Avuf, Catherine Vautrin.


Laura Taillandier | Publié le

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