Parcours "Compétences pour l’entreprise" : 100 heures de formation pour les doctorants

Propos recueillis par Céline Authemayou
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Armel de la Bourdonnaye, directeur de l'école nationale des ponts et chaussées, président de la commission recherche de la Cdefi
Armel de la Bourdonnaye, directeur de l'école nationale des ponts et chaussées, président de la commission recherche de la Cdefi // ©  ENPC
Annoncé il y a trois ans, testé depuis deux, le parcours "Compétences pour l’entreprise" lancé par la CDEFI (Conférence des directeurs des écoles françaises d’ingénieurs) entre en phase active : les écoles doctorales peuvent désormais proposer à leurs étudiants un module de cent heures de formation, visant à les familiariser avec les enjeux du monde de l’entreprise. Le but : favoriser les embauches dans le secteur privé. Armel de La Bourdonnaye, directeur de l’École nationale des ponts et chaussées et président de la commission recherche de la CDEFI, revient sur les enjeux du dossier.

Il y a trois ans, lorsque le projet avait été dévoilé durant l'assemblée générale de la CDEFI, il était question de créer un label. Aujourd'hui, vous parlez plutôt de parcours. Pour quelles raisons ?

En effet, "Compétences pour l'entreprise" est un parcours labellisé par la CDEFI et soutenu par l'État. Notre rôle est de définir des familles de compétences pour les doctorants, dans le but d'adapter au mieux leur formation aux besoins des entreprises. Nous avons préféré proposer une cartographie de compétences plutôt qu'un simple label : ainsi, les écoles doctorales gardent une entière liberté en matière d'organisation de la formation. De tels cursus existent déjà dans certains établissements, mais la CDEFI entend inciter toutes les écoles doctorales à adopter ce parcours.

Quelle est la maquette type de ce parcours, qui a été conçu et pensé avec les organisations professionnelles ?

Le format général est composé de cent heures au minimum et divisé en deux parties : 70% de cours et 30% d'expérience en entreprise. Les apports théoriques porteront sur la propriété intellectuelle, le management et le financement de projet, la rédaction et la demande de brevets, etc. En fin de formation, un certificat sera décerné par l'école doctorale dans laquelle est inscrit le doctorant et par l'école d'ingénieurs organisant le parcours. La CDEFI coaccréditera le certificat.

70% de cours et 30% d'expérience en entreprise

Comment inciter les écoles doctorales à vous suivre, vous, écoles d'ingénieurs ?

Nous entrons aujourd'hui dans une phase d'évangélisation ! Les écoles d'ingénieurs vont d'abord se tourner vers les écoles doctorales avec lesquelles elles sont partenaires. Ensuite, nous verrons comment étendre le discours aux autres écoles, en partenariat avec le ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche. Nous n'avons aucun pouvoir, c'est pourquoi nous ne pouvons pas être normatifs sur la façon de délivrer les compétences.

Pendant deux ans, une dizaine d'écoles doctorales ont expérimenté le parcours. Combien aimeriez-vous en voir rejoindre l'initiative ?

Il est difficile de donner des chiffres. Durant cette première phase, 150 doctorants ont été concernés. Notre but est bien évidemment de toucher le maximum de personnes : que tous les docteurs qui se destinent au monde de l'entreprise aient acquis ces compétences.

Avec, en ligne de mire, l'augmentation des embauches ?

En effet : grâce à ce parcours, un recruteur saura que le doctorant a été préparé à son "monde" et donc que le coût de l'adaptation à son entreprise sera peu élevé.

Clairement, ce parcours ne s'adresse pas forcément aux doctorants issus d'écoles d'ingénieurs, ni aux thèses Cifre, ceux-ci ayant déjà été au contact des entreprises durant leurs études.

En effet, on vise plutôt l'ensemble des docteurs formés par les universités car nos élèves ingénieurs sont finalement ceux qui en ont le moins besoin...

Nous offrons un référentiel lisible

Peut-on dire que vous venez pallier un manque ?

Non, nous ne sommes pas dans cet état d'esprit, mais la CDEFI apporte son aide en matière de méthodologie. Notre apport est double : tout d'abord, nous avons permis la concertation entre les différentes parties prenantes [entreprises, ministère, institutions de formation]. Ensuite, nous offrons un référentiel lisible.

C'est une méthode de travail originale, qui repose sur la collaboration entre écoles doctorales et écoles d'ingénieurs : ces dernières apportent leur connaissance du monde de l'entreprise et leur crédibilité dans ce secteur. C'est également une façon pour nos établissements de contribuer à la qualité de l'enseignement supérieur. Une posture, certes, qui n'est pas conforme à notre caricature d'établissements cloisonnés !


Propos recueillis par Céline Authemayou | Publié le