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Un marché de l'emploi déprimé pour les jeunes diplômés à bac + 5

Étienne Gless
Publié le
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Les jeunes diplômés 2015 font des concessions sur leurs conditions de travail pour trouver un emploi.
Les jeunes diplômés 2015 font des concessions sur leurs conditions de travail pour trouver un emploi. // ©  Hamilton / R.E.A

Selon l'Apec, les jeunes diplômés 2014 ne profitent pas encore du rebond d'embauches de cadres. Les recruteurs préfèrent les jeunes diplômés expérimentés aux purs débutants. Et le marché du travail peine absorber l'arrivée de masters plus nombreux chaque année.

 "La situation reste compliquée pour les jeunes diplômés débutants. Ils ne profitent pas du rebond des recrutements de cadres", explique Jean-Marie Marx directeur général de l'Apec. L'Agence pour l'emploi des cadres a livré le 30 septembre 2015 les résultats de son enquête annuelle sur les jeunes diplômés. Et ne constate pas de reprise pour l'insertion professionnelle en 2015 des jeunes diplômés 2014 de niveau bac + 5 et plus.

62%, un taux d'insertion historiquement bas

Au printemps 2015, 62% d'entre eux étaient en emploi. Un chiffre en recul d'un point par rapport à celui des années précédentes . "Le taux d'emploi des jeunes diplômés est à un niveau historiquement bas", commente l'étude de l'Apec. 28% des jeunes diplômés 2014 cherchaient toujours leur premier emploi début 2015 et  un sur dix cherchait également un emploi mais après avoir déjà eu une première expérience professionnelle.

"Les embauches de débutants ont diminué de 5% sur un an pour s'établir à 35.200. Pour 2015, les perspectives de recrutements de juniors sont comprises en 33.500 et 39.000", précise Jean-Marie Marx.

La durée moyenne de recherche d'emploi a aussi augmenté sur un an passant de 2,3 à 2,7 mois.  Pourtant, le marché se redresse : les recrutements de cadres ont progressé de 4% sur un an, et 176.900 recrutements sont attendus en 2015 (+ 4% également).  

un salaire moyen en baisse

Les conditions d'embauche se sont aussi dégradées. Le statut de cadre est obtenu moins fréquemment par la promotion 2014 que pour la promotion précédente et ne concerne désormais que 57% des jeunes en poste (5 points de moins que l'année dernière).

La part d'embauche en CDI baisse de 9 points pour redescendre au niveau de 2010, à 51%. Inversement, et en toute logique, la proportion de CDD progresse de 9 points et atteint le niveau le plus élevé depuis la promotion diplômée en 2008 : 43%. Les jeunes diplômés d'écoles d'ingénieurs ou de commerce  s'en sortent mieux que les diplômés bac + 5 d'un master universitaire : 7 sur 10 se font embaucher en CDI, alors que la majorité des universitaires sont embauchés en contrat à durée déterminée.

Le salaire moyen diminue aussi sensiblement sur un an pour s'établir à 26.500 euros brut par an contre 28.700 euros pour la promotion 2013.

En 2015, les jeunes diplômés font des concessions.
(J-M. Marx)

une file d'attente se forme

Comment expliquer cette difficulté à inverser la courbe ? "Les recruteurs privilégient toujours des profils expérimentés au détriment des débutants", analyse Jean-Marie Marx.

"Les jeunes diplômés, principalement les masters, sont aussi plus nombreux à arriver chaque année sur le marché du travail". Résultat : un phénomène de file d'attente se forme. Les recruteurs donnent la priorité aux promotions précédentes. C'est pourquoi les jeunes diplômés de l'année acceptent des conditions d'embauche inférieures pour leur premier emploi. "En 2015, les jeunes diplômés font des concessions", résume Jean-Marie Marx.


Étienne Gless | Publié le

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jpjohet.

Il serait préférable (malheureusement pour certaines disciplines voir ci-après)d'examiner le taux d'insertion à 36 mois et là c'est grave , très grave même pour des disciplines comme sociologie, archéologie, spectacles et arts, musicologie, écologie-éthologie-biodiversité et même certains secteurs de la biologie (neurosciences, biologie cellulaire, physiologie); les insertions à 3 ans ne sont que moins de 80% et sur ces 80% qui ont un job, celui-ci est précaire (intérim, partiel, en CDD court, peu de CDI) et dans des sociétés relevant des collectivités locales ou des associations ou autres ONG inutiles ou troupes culturelles bidons. Les titres des jobs sont ronflants (chargé de mission, ...) mais cela cache un job non à la hauteur de ce que devrait être un vrai bac+ 5 et surtout des jobs à absence de plus value. Il faut dire que ces types de disciplines universitaires ont eu une forte extension depuis 30 ans (massification de l'enseignement supérieur mais aussi paupérisation culturelle) pour sortir des chiffres du chômage nos chères petites têtes blondes qui préfèrent glander sur les bancs des facs que de prendre de réels jobs manuels nullement déconsidérés. Voila où mène la démagogie des politiques depuis 30-40 ans et aussi des autorités universitaires qui pour justifier leurs postes ont créé des filières minables (écologie, arts et spectacles, socio-psycho et même histoire-géo...) dans lesquelles ils attirent des étudiants goguenards qui ne savent pas (mais le découvrent à Bac+5 souvent réalisés en 6 à 7 ans après le bac) que leur cursus et diplômes chiffons de papier menent droit à Pôle Emploi. L'université française ferait mieux de se recentrer sur un nombre de cursus limité, mettre une sélection à l'entrée et augmenter les horaires d'enseignements et études ainsi que le niveau des connaissances. Mais cela est probablement un rêve puisque maintenant le Ministère souhaite que 100% d'une classe d'âge ait le bac et 75% un bac + 3!!! Qui dit mieux!!!

MBA.

Il n'est pas utile d'insulter les filières lettres et sciences humaines pour asseoir votre propos, JPJohet. Il est vrai que les "humanités" insèrent mal, c'est regrettable car on y acquière aussi bien qu'ailleurs des compétences transversales utiles aux cadres : capacité d'adaptation, autonomie, rigueur, aptitude à l'autoformation, curiosité intellectuelle, capacités de travail, sens de l'analyse et de la critique, bon niveau d'expression orale et écrite... Certes, les connaissances spécifiques aux disciplines (en sociologie ou histoire géo pour reprendre vos examens) ne trouveront sans doute pas application dans l'entreprise, mais cela est vrai pour bon nombre de formations, auxquelles on ne fait pas le même procès : sincèrement combien d'ingénieurs font réellement des maths avancées au quotidien ? Aujourd'hui tout le monde change de métier plusieurs fois dans sa carrière, beaucoup de gens exercent des emplois très loin de leur formation d'origine, ce qui montre bien que les études supérieures servent avant tout à développer des aptitudes générales et pas seulement à délivrer des savoirs précis, qui peuvent vite devenir obsolètes ou hors sujet. Les facs ne peuvent pas sélectionner à l'entrée, on peut le regretter ou non mais c'est comme ça, elles accueillent donc beaucoup de monde, en particulier beaucoup de jeunes de milieux populaires qui n'ont pas forcément connaissance de ce que sont les stratégies gagnantes (... ah oui mais les sciences sociales ça ne sert à rien c'est vrai... pardon Bourdieu), qui peut-être s'autocensurent, ou ne viennent pas des lycées les plus propices pour entrer dans des filières sélectives. Ceux, parmi ces jeunes, qui iront au bout de leur études ne seront déjà plus si nombreux, et ils auront suivi, quoique vous en pensiez, des études intéressantes et intellectuellement exigeantes. Tout autant que bien des filières qualifiées de sélectives. Il est très injuste, par exemple, de comparer les taux d'insertion d'un jeune diplômé de master en économie et celui d'un jeune diplômé d'école de commerce. Les écoles de commerce, à l'exception des 3 ou 4 plus demandées, sélectionnent par l'argent plus que par le niveau, les contenus de formation en fac n'ont rien à leur envier (personnellement observé : des cours de sciences économiques dans une école de commerce classée parmi les 10 premières : niveau terminale ES). Au final, l'école de commerce construira son insertion sur son réseau d'anciens plus que sur les compétences spécifiques de ses diplômés. Ce que je veux dire, c'est qu'il est facile de toujours s'en prendre à l'université et aux filières de sciences humaines en particulier, il faudrait peut-être aussi corréler le taux d'insertion des sortants à la CSP des parents...ou reconnaître que les difficultés d'insertion des jeunes ne viennent pas forcément de la qualité de leur formation, elles viennent peut-être d'un surnombre de diplômés, soit, mais peut-être aussi des pré-jugés, voire du corporatisme, de certains employeurs. Les grandes écoles c'est tellement chic, c'est tellement naturel de recruter en priorité le candidat qui a fait la même que vous... Une diplômée de sciences humaines, boursière, qui a trouvé ses études passionnantes (après avoir détesté la CPGE), a eu ses licence et master en 5 ans avec mention TB, et s'est bien insérée professionnellement, merci, même si il a fallu accepter quelques années de CDD...