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Réforme de la formation des enseignants : le ministère donne la priorité au terrain

Erwin Canard
Publié le
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Pour le ministère de l'Éducation nationale, l'expérience terrain devrait peser plus largement dans l'évaluation finale des futurs enseignants.
Pour le ministère de l'Éducation nationale, l'expérience terrain devrait peser plus largement dans l'évaluation finale des futurs enseignants. // ©  plainpicture-Hero Images
Un projet d'arrêté relatif aux masters MEEF et un autre concernant le référentiel de formation ont été présentés aux organisations professionnelles le 22 octobre dernier. Deux documents gouvernés par une philosophie commune : le ministère de l'Éducation nationale veut faire du terrain le principal ressort de formation des enseignants.

Alors que le rapport Ronzeau-Saint-Girons, censé notamment modifier la place du concours, se fait attendre, le ministère de l'Éducation nationale essaie d'avancer sur les contenus de la formation des enseignants.

Une situation qui ne plaît guère aux syndicats qui regrettent de séparer les deux réflexions : comment réfléchir aux contenus de formation sans savoir où se situe le concours ni connaître le volume du stage, demandent-ils.

Néanmoins, la Dgesco (direction générale de l'enseignement scolaire), la Dgesip (direction générale de l'enseignement supérieur et de l'insertion professionnelle) et la DGRH (direction générale des ressources humaines) ont reçu, le 22 octobre, les organisations syndicales pour étudier un projet d'arrêté modifiant l'arrêté du 27 août 2013 fixant le cadre national des formations dispensées au sein des masters MEEF (métiers de l'enseignement, de l'éducation et de la formation) ainsi qu'un projet de référentiel de formation, qu'EducPros s'est procurés.

Lire aussi. Formation des enseignants : le ministère de l'Éducation nationale veut reprendre la main

Si ces textes sont amenés à être modifiés, notamment le 20 novembre lors de la prochaine réunion multilatérale, ils donnent bien la tendance suivant laquelle le ministère de l'Éducation nationale, en première ligne dans ce dossier, souhaite diriger la réforme de la formation des enseignants : il n'y a pas meilleur formateur que l'expérience de terrain.

Le stage devant les élèves : un poids beaucoup plus important dans l'évaluation

Trois points principaux du projet d'arrêté confirment cette volonté. D'abord, la place du stage devant élèves dans l'évaluation. Actuellement, il compte pour 20 crédits ECTS sur un total de 60 pour la deuxième année de master, année où le stage se déroule. Avec ce projet d'arrêté, il en vaudrait 40, soit deux tiers de l'évaluation. Les 20 crédits ECTS restants correspondant à part égale (10 crédits chacun) à la réalisation et soutenance d'un mémoire et au suivi des enseignements à l'Espé (École supérieure du professorat et de l'éducation) ou aux futurs Inspé (Instituts nationaux supérieurs du professorat et de l'éducation), qui devraient remplacer les premières.

Alternance possible dès la licence

La "préprofessionnalisation" des étudiants, "en amont du master", prévue par le texte, et surtout la possibilité d'alternance dès la licence témoignent du souhait de former davantage les étudiants "sur le tas". L'objectif affiché est de "permettre l'acquisition des attendus à l'entrée du master MEEF". L'article 13 indique également que des "stages de découverte de l'ensemble des métiers" des établissements scolaires pourront être réalisés en licence.

L'article 5, quant à lui, indique que les équipes pédagogiques "sont constituées, pour au moins un tiers" de personnels exerçant en établissement. Actuellement, dans les différentes Espé, le ratio d'enseignants "de terrain" varierait de 17 à 30 %. Il s'agit donc de l'augmenter et de l'étendre à tout le territoire.

19 compétences professionnelles à maîtriser

Homogénéiser les maquettes de formation est d'ailleurs bien un des objectifs de la création d'un référentiel de formation avec, en ligne de mire, le souhait de mieux la faire correspondre aux attentes de l'employeur, l'Éducation nationale.

Intitulé "Former l'enseignant du XXIe siècle", le projet de référentiel a vocation à indiquer les "objectifs, axes et attendus de la formation initiale en master MEEF". Il détermine ainsi 19 compétences professionnelles que doit posséder tout professeur des écoles et tout professeur de collège et lycée, telles que "maîtriser les savoirs disciplinaires et leur didactique", maîtriser la langue française dans le cadre de son enseignement", "coopérer au sein d'une équipe" ou encore "faire partager les valeurs de la République".

Le référentiel présente aussi des "attendus à l'entrée du métier" pour lesquels les étudiants seront évalués sur une échelle de 0 à 4. On peut trouver, dans ces attendus, l'idée que l'enseignant "répond aux exigences d'assiduité, ponctualité, sécurité des élèves et confidentialité" ou bien qu'il parvient à une "gestion de la classe favorisant un climat de travail propice aux apprentissages".

Ce projet de référentiel fournit également aux futurs Inspé un cadre en termes de volume horaire des enseignements. Concernant les professeurs de collèges et lycée, par exemple, il indique qu'au moins 45 % doit être consacré "à la construction du cadre de référence", 30 % "aux stratégies d'enseignement et d'apprentissage efficaces", 15 % "à la pratique réflexive et recherche", 10 % étant laissés à la liberté de chaque Espé.

Le référentiel, ainsi que l'arrêté, après finalisation, devraient être adoptés et publiés au début de l'année 2019 pour une mise en place dès la rentrée de la même année.

L'autorité "intégrée" dans la formation

Jean-Michel Blanquer, ministre de l'Éducation nationale, de la jeunesse et de la vie associative, a présenté un ensemble de mesures visant à améliorer la "protection de l'école", lors d'une conférence de presse le 31 octobre 2018. L'une d'entre elles concerne plus spécifiquement la formation des enseignants. Il a annoncé que la "réforme de la formation intégrera les enjeux de l'exercice de l'autorité", sans apporter, pour l'heure, davantage de précisions.


Erwin Canard | Publié le

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Gross Marcel.

Il est à souhaiter que les futurs professeurs des écoles puissent notamment faire des stages, dès la rentrée, auprès de maîtres expérimentés de CP. Apprendre à lire, à écrire et à compter, cela débute à la rentrée. Un stage en cours de trimestre, voire plus tardivement dans l'année scolaire, ne serait guère utile car ne permettant pas de voir comment apprendre aux enfants de CP à lire, à écrire et à compter. Il ne suffit de disposer d'un manuel de lecture pur apprendre à lire à des enfants de 6 ans. Il faut maîtriser aussi une méthode qui a fait ses preuves comme la méthode syllabique. Il est de même pour l'écriture : soumettre des modèles à des enfants n'est d'aucune utilité si on ne leur apprend pas d'abord à tenir le crayon, à former les lettres selon une progression qui dépend des similitudes des formes, à respecter la taille des lettres et leurs tracés, à écrire sur les lignes. Pour le calcul aussi, il y a des règles à respecter. Il convient en premier lieu de faire acquérir la notion de nombre avant de se lancer dans la numération. De nombreuses manipulations seront nécessaires. Un gros écueil à éviter ! Le dossier papier qui ne sert qu'à remplir les poches des éditeurs de manuels scolaires. Ce n'est pas dans un livre que l'on peut acquérir la notion de nombre, que l'on se familiariser avec la numération et, par la suite, avec les techniques opératoires. Le CP est à la base de toute la scolarité. C'est la classe la plus importante. Il faut donc que les enseignants à qui sera confiée une classe de CP soient en mesure de mener à bien les 3 apprentissages : lire, écrire et calculer. Il ne s'agit d'aller chercher sur l'internet des documents disparates pour occuper les élèves, mais de créer ses propres outils en fonction des enfants que l'on devant soi et qui changent chaque année.