Réforme du master MEEF : le réseau Inspé craint un manque de tuteurs pour les futurs enseignants

Amélie Petitdemange
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Réforme du master MEEF : le réseau Inspé craint un manque de tuteurs pour les futurs enseignants
Le besoin de tuteurs de terrain s'est intensifié avec la récente réforme du MEEF. // ©  Lydie Lecarpentier/REA
Après la réforme du master MEEF, la rentrée 2022 inaugure une troisième année de formation supplémentaire après le master 2 pour les étudiants aspirants enseignants. Le réseau des Inspé redoute un manque de tuteurs — en nombre et formés — pour accompagner les futurs profs en stage et en alternance durant cette année.

Après la pénurie d'enseignants, la pénurie de tuteurs pour les apprentis profs ? Le réseau Inspé, qui fédère les 32 instituts nationaux supérieurs du professorat et de l'éducation de France, s'est inquiété lors d'un point presse fin septembre 2022 de l'encadrement des étudiants. Le nombre de tuteurs pourrait en effet être insuffisant cette année pour accompagner les futurs enseignants à un moment clé de leur formation.

En cause, la réforme du master MEEF (Métiers de l'enseignement, de l'éducation et de la formation), entrée en vigueur progressivement en 2021, qui intègre une troisième année de formation après le master 2 depuis cette rentrée 2022. Lors de cette année, après leur réussite au concours et leur affectation en académie, ils seront enseignants en tant que fonctionnaires stagiaires. La titularisation se fait à l’issue de cette troisième année.

Une pénurie de tuteurs pour les profs stagiaires ?

Or, depuis l'instauration de cette troisième année de formation, le besoin de tuteurs de terrain est plus important. En effet, les étudiants en master MEEF peuvent effectuer un stage ou une alternance dès leur première année de master. La troisième année de formation implique donc davantage d'étudiants en stage d'où le besoin de tuteurs supplémentaires pour les encadrer.

Les étudiants en stage ou en alternance bénéficient d’un tutorat mixte : un tuteur académique et un tuteur sur le terrain qui fait partie de la structure d'accueil. "Nous avons beaucoup d'étudiants en stage et donc un fort besoin de tuteurs. Cela fait des mois que nous alertons sur le vivier de tuteurs suffisants et formés", pointe Alain Frugière, président du réseau national des Inspé.

Nous avons beaucoup d’étudiants en stage et donc un fort besoin de tuteurs. Cela fait des mois que nous alertons sur le vivier de tuteurs suffisants et formés. (A. Frugière, réseau Inspé)

Pour lui, l’expérience sur le terrain est "une des clés de la réussite" des futurs enseignants. "L’alternance est la clé de voûte de la réforme. Pour qu’elle fonctionne, il faut des tuteurs sur le terrain, en école, collège et lycée, pas seulement dans les Inspé", estime Alain Frugière.

Mais cette situation semble transitoire. Elle devrait se résorber après cette année de mise en place de la réforme du master MEEF. "Nous sommes dans une année de transition qui n’a pas permis de faire tous les recrutements à temps", explique Elsa Lang Ripert, vice-présidente chargée du pilotage et des moyens au réseau Inspé.

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Un budget de 9,4 millions d'euros pour la troisième année

Pour soutenir la création de cette année de formation prévue dans le cadre de la réforme du master MEEF, le ministère de l’Éducation nationale a prévu un financement de 9,4 millions d'euros. Cette année financée par l’État sera opérée par les Inspé. Elle doit comprendre entre 200 et 250 heures de formation sur les enjeux du métier, les valeurs de la République, l’inclusion, etc.

"Le financement est acté mais nous ne l’avons pas encore reçu. Une année complète coûte 22 à 23 millions d’euros", estime Alain Frugière. Malgré l'absence effective de financement, les formations ont tout de même commencé fin août comme prévu.

Des contrats avec l'Éducation nationale plébiscités en M2

Lors de son point, le réseau Inspé a par ailleurs fait le bilan des contrats proposés par l'Éducation nationale, mis en place en 2021, dans le cadre de la deuxième année de master. Pour le M2, les étudiants ont en effet le choix entre deux modalités : soit des stages, soit un contrat à tiers temps (en alternance) avec l’ Éducation nationale.

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Cette année, quasiment tous les contrats proposés par l' Éducation nationale pour une alternance ont trouvé preneurs à hauteur de 97% des contrats dans le premier degré et 94% dans le second degré. Par rapport au stage, ces contrats sont particulièrement attractifs dans le premier degré. Ainsi, 44% des étudiants ont opté pour un contrat à tiers temps cette année, un peu moins que l'an dernier où ils étaient 47% à l'avoir choisi.

Mais pour le réseau Inspé, cette légère baisse "n'induit pas de désaffection" car le nombre de contrats proposés cette année est identique alors qu’il y a plus d’étudiants en master 2. "En tout, l'Éducation nationale a proposé 10.800 contrats en tiers temps. S’il y en avait eu davantage, ils auraient été honorés. Le master 2 contractuel est particulièrement propice à la préparation du métier et du concours dans sa nouvelle version", affirme Pierre Chareyron, vice-président chargé de la formation du réseau Inspé.

Une lourde charge de travail pour les étudiants contractuels

Par ailleurs, 98,4% des étudiants ont mené leur contrat à leur terme, selon une enquête menée par le réseau sur dix Inspé. "Nous avons été étonnés qu’ils soient si nombreux. Il y a eu très peu de démissions en cours d’année", pointe Pierre Chareyron. Les étudiants qui ont choisi d’être en contrat mettent en avant la "mise en œuvre concrète du métier" mais pointent une charge de travail bien trop lourde.

Les étudiants en contrat demandent par ailleurs à être plus accompagnés par la structure d’accueil qui, parfois, les confonds avec des contractuels, ainsi que par les Inspé. Le réseau Inspé assure qu’il continuera à interroger les étudiants afin d’améliorer le fonctionnement du master MEEF.

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