Regards sur l'éducation 2015 : les IUT superstars en France

Delphine Dauvergne
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IUT de l'université Paris Descartes - mai 2014
L'attrait pour les formations bac+2 est une spécificité française, selon l'édition 2015 de Regards sur l'éducation. // ©  Isabelle Dautresme
Le rapport Regards sur l’éducation 2015, publié ce 24 novembre 2015, révèle l'attrait des étudiants français comme des entreprises pour les formations bac+2. Une tendance que les autres pays de l'OCDE ne partagent pas.

"Depuis 40 ans, le niveau de formation de la population française s'est considérablement élevé", constate l'édition 2015 du rapport "Regards sur l'éducation", publié ce 24 novembre, qui dresse un état des lieux de l'éducation dans les 34 pays membres de l'OCDE.

Aujourd'hui, 44% des 25-34 ans sont diplômés de l'enseignement supérieur (41% pour la moyenne OCDE), contre 20% pour les 55-64 ans (25% pour la moyenne OCDE). On est encore loin des 60% d'une classe d'âge à un niveau d'enseignement supérieur voulus par François Hollande après la publication du rapport Stranes (Stratégie nationale pour l'enseignement supérieur).

"Il y a une grande progression grâce aux IUT, mais elle est ralentie aujourd'hui, à cause notamment du taux d'échec dans les universités", nuance Éric Charbonnier, analyste des politiques de l'éducation à l'OCDE.

LE DUT a la cote

Nouveauté pour cette édition 2015, le rapport donne des statistiques détaillées par niveau de l'enseignement supérieur. Il dresse ainsi le constat que les formations courtes en IUT remportent "un franc succès chez les jeunes" et sont aussi "porteuses sur le marché du travail".

Sur l'ensemble des 25-34 ans qui ont obtenu un diplôme de l'enseignement supérieur, 40% se sont arrêtés après avoir obtenu un diplôme du supérieur du cycle court, contre 17% pour la moyenne des pays de l'OCDE. "Les IUT, créés dans les années 1970, ont comblé un besoin de formations plus techniques et moins académiques", estime Éric Charbonnier.

Les IUT ont comblé un besoin de formations plus techniques et moins académiques (E. Charbonnier)

La licence n'a pas (encore) trouvé sa place

Quant à la licence, elle est beaucoup moins attractive en France : 27% des diplômés de la tranche 25-34 ans contre 49% pour la moyenne OCDE. "Le premier diplôme reconnu était la maîtrise, le DEUG était peu valorisé. Après le processus de Bologne, la licence aurait dû prendre une place importante, mais, en France, les entreprises considèrent encore les licences comme trop académiques, et font plus confiance à des diplômés bac+2 d'IUT", explique Éric Charbonnier.

Autre tendance, cette fois-ci valable pour les autres pays étudiés dans le rapport :  "Les diplômés d'un master ou d'un doctorat ont des salaires plus élevés et un meilleur taux d'employabilité, la France se distingue avec un avantage salarial moindre sur l'obtention de la licence", souligne Éric Charbonnier. Il concède cependant des différences entre les licences : "une licence professionnelle ou une licence scientifique donneront une meilleure insertion professionnelle qu'une licence en sciences humaines".

Frais d'inscription : une augmentation nécessaire ?
Spécificité française, les frais de scolarité restent modérés par rapport à certains pays de l'OCDE, et ce quelle que soit la filière universitaire choisie. "On dépense le double d'argent pour un étudiant anglais qu'un Français. Augmenter les frais d'inscription est nécessaire pour augmenter les ressources des universités", préconise Éric Charbonnier.

En France, les frais de scolarité universitaires demandés aux étudiants suivant un master sont légèrement plus élevés que ceux demandés pour une licence. Mais, dans plus d'un tiers des pays de l'OCDE, les frais de scolarité sont les mêmes pour les étudiants inscrits en licence ou en master, alors que les débouchés sur le marché du travail sont plus favorables aux titulaires d'un master ou d'un doctorat que d'une licence.

Pour Éric Charbonnier, "cela n'a pas de sens d'augmenter tous les frais d'inscription, il faut le faire en fonction de l'insertion professionnelle de chaque formation et développer des prêts d'études qui puissent être remboursés".

Delphine Dauvergne | Publié le