Ressources en ligne : privilégier la pédagogie plus que la technologie

Sophie Blitman
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CIP ©S. Blitman
CIP ©S. Blitman
Depuis plusieurs années, l’université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines (UVSQ) porte un intérêt particulier aux ressources numériques dont la mise en ligne est « relativement développée », comme le souligne dans son dernier rapport l’Agence d’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (AERES). Et de mettre en avant le « e-campus » de l’université, « campus virtuel qui offre la possibilité d’animer des cours grâce au travail collaboratif en ligne ».Nouvelle étape franchie pour développer ces pratiques interactives avec la création, à la rentrée 2010, d’un Centre d’innovation pédagogique (CIP) qui remplace le service TICE (technologies de l’information et de la communication pour l’éducation). Piloté par un vice-président numérique, le CIP se concentre sur les usages pédagogiques plutôt que sur les aspects techniques du multimédia, selon une approche très pragmatique. Reste à convaincre l’ensemble de la communauté éducative de l’utilité d’une telle démarche.

Des formations encore timides

« Il n’y a pas que le PowerPoint dans la vie ! » Devant son tableau blanc interactif (TBI) et face à deux enseignants, Christophe Bansart, directeur du Centre d’innovation pédagogique (CIP), fait la démonstration des multiples possibilités qu’offrent les TICE, au-delà de la simple illustration de cours : sonoriser une présentation, y inclure des vidéos, utiliser simultanément des ressources en ligne, proposer des exercices interactifs et, bien sûr, rendre l’ensemble disponible aux étudiants qui ne peuvent assister au cours.

« Aujourd’hui, plus de la moitié des enseignants utilisent des supports numériques qu’ils diffusent sur la plate-forme pédagogique de l’université, explique Christophe Bansart, mais ils en ont généralement un usage assez limité dans la mesure où il s’agit de simples textes ou de PowerPoint. » C’est pour enrichir ces pratiques que le CIP organise des formations comme celle-ci. Une dizaine ont eu lieu au cours de l’année 2010-2011, mais, pour l’instant, les participants (volontaires) restent rares.

Enseignant en informatique, Francis Rogard fait partie des convaincus. Pour lui, cette formation est l’occasion de découvrir de nouveaux outils qu’il pourrait utiliser : « L’objectif est d’avoir un cours le plus proche possible des étudiants, car c’est d’abord pour eux qu’on construit le cours ! En particulier, il faut trouver des moyens de les captiver et de les faire participer, sinon ils ne font rien. Ils ont l’habitude d’être gavés… » lâche celui qui est aussi directeur adjoint du Service commun universitaire de la formation continue.

La pédagogie d’abord

« Avant, on choisissait des outils en espérant que les usages se développent. Aujourd’hui, nous faisons de la veille pour voir émerger des usages »

Développer les usages du numérique en mettant l’accent sur la pédagogie : telle est la devise du CIP. Car il ne suffit pas d’avoir des outils, encore faut-il savoir s’en servir et s’assurer qu’ils ont un réel intérêt pédagogique. « Avant, on choisissait des outils en espérant que les usages se

développent. Aujourd’hui, nous faisons de la veille pour voir émerger des usages, puis nous mettons en place les outils demandés par la communauté universitaire. Par exemple, si utiliser Twitter pour apprendre l’anglais est une idée séduisante, est-ce vraiment pertinent ? Et peut-on trouver un expérimentateur à l’UVSQ ? » s’interroge Christophe Bansart.

Concernant les tableaux blancs interactifs, l’intérêt de la communauté éducative lui semble en re

vanche aujourd’hui clair et l’UVSQ veut généraliser ces équipements. Un investissement de taille, quand on sait qu’un TBI coûte entre 2.000 et 4.000 €. Mais « équiper une salle avec un vidéoprojecteur revient à 1.500 € au minimum, compare Christophe Bansart. De plus, il n’y a pas le son, et ce n’est pas facile à utiliser… »

Prolonger le cours après le cours

Avec les TBI, « l’objectif est que les enseignants puissent davantage utiliser le multimédia avant le cours, pour la préparation, pendant et après le cours, mentionne le directeur du CIP. Il faut voir aussi comment on communique avec les étudiants, comment on canalise le flux des questions sur l’ENT [espace numérique de travail], ou encore comment on peut leur proposer des exercices grâce auxquels ils peuvent s’entraîner une infinité de fois… »

En effet, si l’UVSQ souhaite aussi développer l’e-learning et les podcasts (elle projette notamment de filmer toutes les heures de cours à partir de la rentrée 2011), « il faut sortir du fantasme de tout ce qu’on pourrait faire à distance, prévient Christophe Bansart. Avant, on voulait construire des cours multimédias spécifiques. Résultat : on créait des modules très évolués, mais l’enseignant ne maîtrisait plus du tout son cours ! » Une pratique qui, selon lui, a ses limites, d’autant que les élèves n’apprennent pas tout seuls, ils ont besoin d’enseignants pour les encadrer.


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