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Hausse des droits d'inscription : les écoles d'ingénieurs n'attendent que ça !

Céline Authemayou
Publié le
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Hausse des droits d'inscription : les écoles d'ingénieurs n'attendent que ça !
// ©  Lydie Lecarpentier / R.E.A

“Intéressant”, “Riche d’enseignement”... Les directeurs des écoles d'ingénieurs sont plutôt favorables au rapport issu de la revue de dépenses des écoles publiques d'ingénieurs. Une proposition suscite même l'enthousiasme : l'augmentation des droits d'inscription.

En mars 2015, ils s'étaient inquiétés de la démarche du ministère de l'Économie. Les directeurs des écoles d'ingénieurs publiques avaient dû fournir, en deux semaines, tout un lot de données chiffrées inhérentes à leur fonctionnement en vue de l'élaboration d'une revue de dépenses. La surprise avait fait place à l'agacement, dans un contexte déjà marqué par le sujet brûlant de la ponction sur fonds de roulement.

Quatre mois plus tard, le discours a radicalement changé : à la lecture du rapport du Cgefi, les directions décrivent volontiers un texte solide et bien documenté. "Au vu du peu de temps octroyé pour réaliser l'enquête et face à la complexité de nos modes de fonctionnement et de nos statuts, force est de constater que le travail effectué est très sérieux", admet Bruno Goubet, directeur de l'École des mines d'Alès, qui avoue lui-même avoir été sceptique en mars dernier.

Le document, qui circule dans une version encore provisoire, analyse la situation structurelle et financière de 59 écoles d'ingénieurs publiques, dépendant de cinq ministères différents. "C'est la première fois que nous avons un comparatif consolidé de ces établissements, se réjouit Frédéric Fotiadu, directeur de l'École centrale de Marseille. Dans un contexte où la loi ESR de 2013 souhaitait que l'ensemble des formations supérieures se lient au MENESR, on regrette finalement de ne pas avoir eu ce rapport plus tôt..."

Différences de traitement selon les tutelles

À travers les chiffres publiés, le rapport pointe du doigt des différences de traitement entre écoles, selon leur tutelle d'appartenance, notamment en matière de dotations. Seules les écoles sous tutelle de l'Enseignement supérieur ont vu leur dotation progresser sur les deux années, à hauteur de 3,3%, quand les deux écoles du développement durable (École des ponts et ENTPE) ont vu les subsides de l'État diminuer de 5,5% et celles de l'agriculture de 3,3%. "Je reste étonné par cette différence, note Frédéric Fotiadu. Cela dénote de la part de l'État un défaut de vision consolidée."

Autre différence : seules les écoles sous tutelle de l'Enseignement supérieur ont été ponctionnées sur leurs fonds de roulement en 2015. Une mesure qui pourrait bien s'appliquer aux établissements des ministères techniques en 2016, si les propositions du rapport sont prises en compte. "Ces écoles ont déjà subi des baisses franches de leur dotation", tient à rappeler François Cansell, président de la Cdefi (Conférence des directeurs des écoles françaises d'ingénieurs). "La situation des écoles du MENESR ne peut que nous alerter, témoigne Bruno Goubet, dont l'école, qui dépend du ministère de l'Industrie, n'a pas fait l'objet d'une ponction sur fonds de roulement. Les établissements ont de gros projets d'investissement. C'est le cas des Mines d'Alès, et l'inquiétude est grande de voir porter sur nos fonds un coup de massicot."

En parlant d'augmentation des droits, on se trompe de sujet : il s'agit en réalité d'un rééquilibrage de contributions.
(F. Fotiadu)

Droits d'inscription : le clivage grandit entre directeurs et étudiants

Mais la proposition qui suscite le plus d'enthousiasme de la part des directeurs est celle qui propose l'alignement des droits d'inscription des écoles dépendant du MENESR sur ceux de CentraleSupélec. Cette école demandera à terme 2.570 € par an à ses étudiants ingénieurs.

"Le rapport prouve qu'une telle hausse ne romprait pas une homogénéité puisque le MENESR est le seul à fixer des droits si bas, constate Frédéric Fotiadu, qui prône la convergence des montants. Il est politiquement très compliqué d'augmenter les droits. Les échéances électorales, tout comme le climat social en France, n'incitent pas à une hausse. Mais en parlant d'augmentation des droits, on se trompe de sujet : il s'agit en réalité d'un rééquilibrage de contributions." "En gelant les droits d'inscription pour les écoles du MENESR à la rentrée 2015, on nous tire une balle dans le pied, poursuit François Cansell. C'est un langage politique qui cherche à faire plaisir à l'Unef."

Du côté des premiers concernés, les étudiants, les conclusions du rapport sur le sujet ont beaucoup plus de mal à passer. Le BNEI (Bureau national des élèves ingénieurs), qui avait déjà appelé les directeurs à la plus grande prudence en matière de droits d'inscription, réitère son alerte. "Le rapport note que la hausse des droits pourrait être facilement compensée par les deux premiers mois de salaire des diplômés, résume Maxime Gaudubois, président du BNEI et étudiant à Montpellier SupAgro. Or les élèves n'ont pas cet argent au moment de leur formation et certaines familles ne peuvent pas se permettre d'avancer les frais. Sans oublier que les salaires de sortie sont très divers selon la formation suivie..." Le secrétaire d'État à l'Enseignement supérieur, Thierry Mandon, lui, n'a pas souhaité s'exprimer sur le sujet pour le moment...


Céline Authemayou | Publié le

Vos commentaires (3)

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François.

Comme toujours, les établissements n'attendent que l'augmentation des frais d'inscription car ils ont la LÂCHETÉ absolue de ne pas vouloir engager un bras de fer avec l’État sur le montant de leurs dotations. C'est sûr qu'il est plus facile et plus profitable pour l'obtention de la légion d'honneur du directeur d'exiger plus d'argent de pauvres au moment de l'inscription. Et tant pis s'il s'agit d'aller chercher de l'argent dans la poche d'étudiants qui n'en ont pas, ou de forcer à l'endettement des jeunes qui font face à un sas de précarité inédit, à un marché de l'emploi complètement bouché et ravagé et à des niveaux de rémunérations historiquement bas, en parité de pouvoir d'achat. Encore une démonstration de la gérontocratie qui est en train de tuer ce pays. D'abord on empêche les jeunes de trouver un travail en réduisant le nombre de postes dans le secteur public et en empêchant les anciens de partir à la retraite. Ensuite, on propose des salaires bien plus bas pour les juniors en profitant du chômage de masse. Et enfin, on voudrait faire payer encore plus cher les jeunes pour la formation qui peut leur permettre, peut-être, avec de la chance, d'obtenir un emploi bien payé ?

Marcopyr.

On s'inscrit en prépa scientifique ; on passe les concours et on intègre. Curieuse vision du privilège, si ce n'est de pouvoir discourir en racontant à peu près n'importe quoi dans des commentaires de blog. Là, peu d'effort effectivement.

Un Lecteur.

Une nouvelle forme d'impôt : - préventif car basé sur l'idée que les élèves gagneront bien leur vie ; quand on n'a pas le courage de prendre l'argent où il est, on le prend chez les jeunes, au motif qu'ils auront pour la plupart de l'argent. - endogame car l'argent des privilégiés ira à la formation des privilégiés ; le mettre dans la caisse commune de l'Etat, c'est prendre le risque qu'il échappe à la caste...