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Les IUT s'opposent aux quotas de bacheliers technologiques

Isabelle Dautresme
Publié le
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IUT de l'université Paris Descartes - mai 2014
"Laissez-nous faire", demandent les IUT à Najat Vallaud-Belkacem, après l'annonce de la ministre sur la mise en place de quotas minimum de bacheliers technologiques par arrêté. // ©  Isabelle Dautresme

Pour Rodolphe Dalle, vice-président de l’Adiut (Assemblée des directeurs d’IUT), imposer des quotas de bacheliers technologiques aux IUT par arrêté, comme l'a demandé la ministre Najat Vallaud-Belkacem, est tout sauf la bonne solution.

Rodolphe Dalle- Directeur IUT de NantesLa ministre de l'Éducation nationale et de l'Enseignement supérieur, Najat Vallaud-Belkacem, a demandé aux recteurs de fixer par "arrêté" des quotas minimum de bacheliers professionnels en STS et de bacheliers technologiques en IUT. Ces quotas étaient déjà institués par la loi sur l'enseignement supérieur de 2013, qu'est-ce qui vous pose problème aujourd'hui ?

Ce que nous craignons, c'est le caractère contraignant de ces quotas, fixés par arrêté. Nous n'avons rien contre le fait d'accueillir des bacheliers technologiques dans nos instituts, mais cela doit se faire dans la concertation et certainement pas être imposé autoritairement par le recteur. Au risque de démobiliser et démotiver les équipes pédagogiques. Quel intérêt pour elles d'étudier finement les dossiers, les lettres de motivation, si, au final, la décision de retenir tel ou tel candidat ne leur revient pas ?

Les critères de recrutement sont le résultat d'une longue réflexion et le gage de la réussite de nos étudiants. Il ne s'agit pas de sélectionner les meilleurs élèves mais ceux qui ont un profil adapté. En effet, l'enseignement dispensé en IUT ne correspond pas nécessairement à tout le monde.

Il ne faudrait pas non plus que, sous prétexte de maintenir un taux de réussite élevé à l'examen, le niveau d'exigence soit revu à la baisse. Les attentes des entreprises ou les prérequis en licence professionnelle, eux, ne baissent pas.

Trois ans après l'adoption de la loi ESR, les bacheliers technologiques restent peu nombreux en IUT. Comment l'expliquez-vous ?

Dans certaines spécialités, qui peuvent être sous tension, et dans certains endroits, nous avons encore des efforts à faire. Nous avons parfois plus de 1.000 candidatures pour seulement 35 places.

Dans ces filières, les bacheliers technologiques sont certes peu nombreux, mais, au final, la sélectivité y est moins forte pour eux que pour les bacheliers généraux. Autrement dit, nous acceptons de moins bons dossiers de jeunes issus de la filière technologique que de la filière générale. Ce qui pose de gros problèmes de gestion d'écarts de niveau pour les équipes enseignantes.

D'autres filières peinent, quant à elles, à recruter des bacheliers technologiques, faute d'un vivier suffisant. Nous n'avons par exemple pas assez de candidats en STI2D. Ainsi, à Nantes, en sciences et génie des matériaux, nous retenons 90% des bacheliers technologiques candidats, mais ils ne représentent que 15% de nos effectifs.

Nous devons mener un important travail de promotion de la voie technologique dans les lycées et collèges. Certaines filières de DUT sont très mal connues. Mais imposer des quotas ne résoudra pas la question du manque de candidats.

Laissez-nous faire ! Nous avons déjà engagé de nombreuses initiatives à l'égard des bacheliers technologiques. Mais il faut nous laisser du temps.

Comment aller plus loin ?

La bonne solution serait de développer les conventions entre les IUT et les rectorats, comme c'est déjà le cas dans de nombreux endroits. Des conventions au sein desquelles le rectorat s'engager à nous faire connaître auprès des lycées, et les IUT à s'ouvrir encore davantage aux bacheliers technologiques.

Mais nous ne pourrons pas, de toute façon, accueillir tous les bacheliers technologiques, au risque de fermer la porte aux bacs généraux et aux jeunes en réorientation. Or, la richesse des IUT vient aussi de la pluralité des profils et du mélange d'expériences.

Nous avons déjà engagé de nombreuses initiatives à l'égard des bacheliers technologiques, nous sommes sur la bonne voie, mais il faut nous laisser du temps. Finalement, le message que nous souhaitons faire passer est simple : laissez-nous faire !


Isabelle Dautresme | Publié le

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