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Université Paris-Saclay : le sénateur Michel Berson tape du poing sur la table

Céline Authemayou
Publié le
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Campus Paris-Saclay, perspective aérienne du futur quartier Joliot-Curie
Campus Paris-Saclay, perspective aérienne du futur quartier Joliot-Curie // ©  EPA Paris-Saclay / OMA
Après un premier bilan d’étape élaboré en octobre 2015, le sénateur socialiste Michel Berson a présenté, le 18 mai 2016, un nouveau rapport d’information dédié à l’Université Paris-Saclay. Le parlementaire y défend le modèle intégré, appelle l’État à intervenir de façon "très ferme" dans le dossier… Et souhaite que les discussions se rouvrent sur la venue à Saclay de l’École des mines ParisTech.

Près d'un mois après la publication des évaluations Idex, les langues recommencent à se délier. Le 18 mai 2016, le sénateur socialiste de l'Essonne, Michel Berson, a présenté à la presse son rapport d'information, "Réussir le cluster de Paris-Saclay".

Le document, qui livre une analyse détaillée tant du financement que du pilotage du projet du pôle scientifique et technologique du plateau, contient également 16 recommandations, que le parlementaire entend bien voir reprises par les plus hautes sphères de l'État.

"Le cluster de Saclay doit permettre à la France de disposer d'un emblème, d'un démonstrateur capable de faire évoluer le système de l'enseignement supérieur français, milite le sénateur. Cela ne pourra se faire qu'à deux conditions : que l'État, premier bailleur de fonds du projet, s'implique davantage et que les acteurs apprennent à dépasser leurs différences."

Le retour du délégué interministériel

Un État fort. C'est ce pour quoi le sénateur plaide depuis des mois. S'il n'a pas été entendu jusqu'à présent, il réitère sa demande et souhaite voir nommer un délégué interministériel rattaché au cabinet du Premier ministre.

"Sur le plateau, sept tutelles différentes interviennent, constate Michel Berson. Il faut un chef de projet, capable d'arbitrer." Si, d'après le parlementaire, tous les acteurs sont d'accord sur l'idée, reste que la nomination, soutenue par les universités membres de la Comue, se fait attendre.

Derrière cette recommandation, se cache la volonté à peine voilée du sénateur de pousser de façon ferme les membres de Saclay à se lancer sur la voie d'une université intégrée. "La crise de décembre 2015, suite aux annonces de l'École polytechnique, a été salutaire, reconnaît Michel Berson. Il fallait que ça sorte !"

La volonté de l'X de créer, avec d'autres écoles d'ingénieurs un pôle d'excellence, avait fait souffler sur le plateau un vent de scandale, obligeant le président de la République à calmer les troupes. Si un arbitrage rendu au plus haut niveau est venu mettre un terme à cette regrettable cacophonie entre les ministères de tutelle des établissements du plateau, elle n'en a pas moins laissé des traces.

Au point que le jury Idex ait envisagé le départ de l'X de la Comue. "Il faut à tout prix éviter que Polytechnique prenne la tangente, note Michel Berson. L'école serait la première à pâtir de cette décision..."

L'intégration, pour atteindre la masse critique

Autre proposition : approfondir les regroupements des 18 acteurs du plateau au sein de la Comue – fusion des universités membres, par exemple –, en attendant d'imaginer une évolution des statuts du regroupement, souhaitée pour 2020. "Pourquoi ne pas opter pour un grand établissement ? s'interroge le parlementaire. Je crois beaucoup à cette idée, qui nécessiterait un dispositif législatif nouveau."

Les membres associés à la Comue, parmi lesquels l'université d'Évry, doivent, pour leur part, être intégrés de façon urgente. Quant à la venue de nouvelles écoles sur le plateau, le sénateur recommande... de rouvrir la réflexion sur la venue de l'École des mines ParisTech.

Vers une montée en puissance des ressources propres

Pour porter et financer ce développement, l'Université Paris-Saclay doit trouver de nouvelles ressources. Pour le parlementaire, cela passe par la création d'une fondation d'université mais aussi par la création de Bachelors, "qui ne doivent pas être portés par les membres, mais par la Comue". Joli tacle pour Polytechnique, qui vient tout juste de démarrer sa campagne de communication pour son Bachelor maison auprès des futurs candidats.

Autre suggestion : sanctionner financièrement les établissements qui freinent la dynamique du projet, en réduisant leurs dotations. Une idée pleine d'ironie, alors que l'École polytechnique s'est vue octroyer 60 millions d'euros de subventions supplémentaires par sa tutelle, le ministère de la Défense, en décembre 2015.

Saclay, un projet à 4,5 milliards d'euros
Dans son rapport, Michel Berson dresse un état des lieux financier et chiffre le coût global du projet. "Un travail délicat, tant les crédits sont multiples et de nature différentes", entre les enveloppes consommables et non consommables, par exemple. Pour les crédits type PIA, seuls les intérêts des enveloppes allouées utilisables ont été comptabilisés.

Le coût global du projet s'élève à 4,5 milliards d'euros, dont :
- 700 millions pour le volet scientifique et technologique
- 2,1 milliards pour l'immobilier et l'aménagement du territoire
- 1,7 milliard pour les transports (portion Orly-Saclay, ligne 18 du métro)
Le déménagement, source de "fragilité financière"
Plusieurs établissements ont ou vont déménager sur le plateau de Saclay au cours des prochaines années. C'est par exemple le cas de Télécom ParisTech, d'AgroParisTech ou encore de l'ENS Cachan. Selon le sénateur, certains retours de cession, censés financer une grande partie des déménagements des écoles aurait été surestimés.

Évalués par France Domaine à 434 millions d'euros, les produits des cessions seraient en réalité plus proche de 352 millions, soit 82 millions qui viennent à manquer. Pour pallier ces risques, les gestionnaires du projet ont prévu une provision pour risque établie sur le PIA à hauteur de 185,1 millions d'euros, selon le sénateur.

Céline Authemayou | Publié le

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Jean-Pierre Nioche.

Le sénateur Berson a raison. Le grand projet de Saclay risque de s'engluer si certaines tutelles refusent de jouer le jeu collectif et ne se soucient que des intérêts, vus de manière étroite et à court terme, des écoles d'ingénieurs qu'elles supervisent : la Défense et l'X, l'Economie et l'Institut Mines-Télécom. Un délégué interministériel près du Premier ministre serait le bienvenu. Non pour être le "chef de projet", qui ne peut être que le président de Paris-Saclay, mais pour en être le garant en coordonnant les tutelles dans la perspective du projet global.

Frida.

C'est ça la démocratie participative. Si ça va dans le bon sens, on se dit "ils sont bien ces petits". Si ça va pas dans le bon sens, on dit "Bon maintenant les rigolos, qui c'est qui paye ? L'Etat Ok, alors maintenant vous avez bien compris qui est le patron".