Satisfait de ses politiques éducatives, Jean-Michel Blanquer veut terminer son mandat sur une note de laïcité

Thibaut Cojean
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Satisfait de ses politiques éducatives, Jean-Michel Blanquer veut terminer son mandat sur une note de laïcité
// ©  Thibaut Cojean
Les grandes réformes éducatives déjà engagées, le ministre de l’Education nationale ne prévoit pas de grand changement pour sa dernière rentrée. Préférant regarder derrière lui et au-delà de la présidentielle, il choisit de placer la rentrée sous le signe de la laïcité avant celui de la crise sanitaire.

Septembre 2021 marquera la cinquième rentrée consécutive de Jean-Michel Blanquer au poste de ministre de l’Education nationale. Sa longévité lui aura permis de mettre en place de nombreuses réformes éducatives dont il a lui-même dressé un bilan très positif, ce jeudi 26 août 2021, lors de la traditionnelle conférence de rentrée du ministère, avant d’évoquer les évolutions de l’année et la crise sanitaire.

Priorité assumée à l’école primaire

"L’école est la colonne vertébrale de la République", a parabolé le ministre en introduction à la conférence de presse. Il a rappelé ses deux objectifs, "l’élévation du niveau général” et “la justice sociale et la lutte contre les inégalités", avant de faire le tour du travail accompli depuis son arrivée rue de Grenelle, en mai 2017. Les "quatre fondamentaux" que sont lire, écrire, compter et respecter autrui sont ainsi revenus dans la bouche du ministre, qui "[n’a] cessé de le répéter et le [répétera] encore".

Ce mantra "a justifié, depuis quatre ans et demi, la priorité donnée à l’école primaire", a-t-il estimé, saluant le dédoublement des classes de CP et CE1 dans l’éducation prioritaire. Il a poursuivi en soulignant la réussite du dispositif "Devoirs faits", une "mesure sociale" qui concerne “un collégien sur trois”, mais aussi la mise en place de la réforme du lycée professionnel ou celle du lycée général et technologique. Le ministre s’est notamment montré “heureux que le grand oral ait pu se tenir”.

Et puisqu’il n’y a "pas d’élévation du niveau sans justice sociale", il s’est réjoui d’accueillir "30.000 jeunes dans 307 internats d’excellence". Nathalie Elimas, secrétaire d’Etat en charge de l’Education prioritaire, a également parlé des petits-déjeuners gratuits, distribués à 238.000 bénéficiaires, et de l’augmentation de 160% de la prime d’internat.

La liste d’autosatisfecit du ministre a été complétée par la nomination de 250.000 éco-délégués dans les écoles, collèges et lycées, et par l’augmentation du salaire des enseignants, dont la dernière annonce a été faite la veille aux syndicats enseignants.

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La crise sanitaire au second plan de la rentrée

Mais l’une des plus grandes fiertés évoquée a été la gestion de la crise sanitaire. Jean-Michel Blanquer a ainsi présenté la France comme "le pays qui a maintenu les écoles ouvertes pendant la crise", ce qui lui a conféré de la "crédibilité" et devrait lui apporter "du crédit".

La situation sanitaire de la rentrée 2021 a pourtant été reléguée en fin de conférence. Aucune annonce supplémentaire ou précision au protocole déjà connu n’a été formulée. Le ministre a confirmé que l’exécutif encourage la généralisation des capteurs de CO2 et des purificateurs d’air dans les salles de classe, tout en précisant que "ce n’est pas un élément central" de la stratégie anti Covid. Il a rappelé qu’il s’agit d’une compétence des collectivités locales, mais a promis le soutien financier de l’Etat “chaque fois que cela sera nécessaire", sans toutefois donner de chiffre.

Pas d’objectif non plus pour la vaccination des professeurs ou des élèves, car "l’idée est de tendre vers 100%". Selon les chiffres communiqués par le ministre, 78% des enseignants ont terminé leur schéma vaccinal et 11% l’ont débuté. Chez les 12–17 ans, 57% ont déjà reçu une dose de vaccin. S’appuyant sur ces bonnes statistiques, il a voulu faire passer le message que l’Education nationale est prête à reprendre les cours et gérer la crise sanitaire de front : “Bien sûr qu’il y aura des problèmes, mais nous nous mettons en situation de les gérer."

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Quelques nouveautés pour 2021–2022

Mais même si Jean-Michel Blanquer prépare cette rentrée avec quatre ans d’actions à son bilan, il lui reste sept mois de mandat et doit donner le cap de l’année scolaire à venir. Pas de nouveauté du côté éducatif, car "2021–2022 sera l’année du plein accomplissement des réformes", a-t-il prévenu.

Avec Roxana Maracineanu, ministre déléguée chargée des Sports, et Sarah El Haïry, secrétaire d’Etat chargée de la Jeunesse et de l’Engagement, ils ont toutefois présenté plusieurs actions qui seront mises en place prochainement : la lutte contre le harcèlement et le cyberharcèlement, la valorisation du sport à l’école et en club, une certification Pix pour les élèves formés au numérique, l’ouverture d’Erasmus+ aux lycéens professionnels et apprentis en 2022, la création d’un conseil supérieur des langues (étrangères, régionales et de l’Antiquité), une meilleure information sur les droits aux bourses, l’évolution du Pass culture ou encore l’accueil de 50.000 jeunes supplémentaires au service national universel.

Le retour de la laïcité

Par ailleurs, le ministre a dit vouloir poursuivre la revalorisation des salaires des enseignants, en se fixant un objectif d’"aucun professeur de France avec moins de 2.000 euros" nets par mois. Une ébauche de promesse présidentielle ? "Nous atteindrons cet objectif, a-t-il assuré, si nous sommes aux responsabilités au-delà de 2022."

Tout cela sera en tout cas devancé par une campagne sur la laïcité, lancée dès lundi 30 août sur internet puis dans les établissements scolaires. "Plus qu’une campagne de communication, c’est une dynamique pédagogique qui entre en œuvre", a présenté un ministre qui a rappelé son profond attachement aux valeurs de la République. Intitulée "C’est ça la laïcité", la campagne consiste en la diffusion de huit affiches mettant en scène des enfants et adolescents, "pour promouvoir la laïcité à l’école".


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