Sciences po Aix bientôt exclu du concours commun des IEP ?

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Sciences po - Concours commun des six IEP à Lille en juin 2012
Sciences po - Concours commun des six IEP à Lille en juin 2012 // ©  Camille Stromboni
Les directeurs des IEP de région ont posé un ultimatum. Si Sciences po Aix ne met pas fin à des partenariats "douteux" avec certains établissements privés, leur collaboration au sein du concours commun prendra fin. L'institut aixois a finalement choisi de désamorcer la crise.

Sciences po Aix doit mettre les choses au clair. C'est la demande formulée par les six autres IEP (instituts d'études politiques) du concours commun (Lille, Lyon, Rennes, Strasbourg, Toulouse, Saint-Germain-en-Laye), dans une lettre à leur homologue aixois, fin septembre 2014. 

Les directeurs s'interrogent dans ce courrier sur les "partenariats de l'IEP d'Aix-en-Provence avec des structures de formation privées permettant à celles-ci de délivrer [...] des masters de Sciences po Aix", sur les territoires de leurs propres instituts, à Lyon, Strasbourg ou Toulouse. Une affaire révélée par une enquête de Mediapart/Marsactu.

"Il y a là un manquement à la courtoisie universitaire et une démarche de concurrence territoriale particulièrement gênante", soulignent-ils. D'autant plus que "la qualité des structures privées ne semble pas toujours garantie", précisent-ils. Des partenariats à l'étranger sont également épinglés par les responsables, qui confient leurs "doutes sur la légalité des pratiques de sous-traitance de la gestion pédagogique de diplômes nationaux".

Les directeurs d'IEP demandent des preuves

Dans ces conditions, ils appellent l'institut aixois à rompre avec ces pratiques, menaçant sinon de l'exclure du concours commun, dès cette année. "Si quelque 200 diplômés de Sciences po Aix n'ont jamais mis un pied à l'IEP [à côté des 280 diplômés en interne], c'est grave. Cela crée un risque important de dévaluation de notre marque, explique Pierre Mathiot, à la tête de l'institut lillois. Nous espérons évidemment qu'Aix va rester dans le concours commun mais, pour cela, il nous faut des garanties sérieuses et même des faits attestant que le nettoyage de ces conventions a eu lieu."

"Notre objectif n'est pas du tout d'exclure Aix, au contraire, confirme le directeur rennais, Patrick Le Floch. Mais ces partenariats avec des établissements privés de faible qualité, dans des domaines très éloignés de ceux des nos instituts, posent problème."

C’est la marque Sciences po dans son ensemble qui est atteinte car cela jette un soupçon sur la qualité de de la formation.

Les étudiants aixois inquiets

Les étudiants de l'institut se sont de leur côté vivement inquiétés de cette "crise profonde". "Nous ne pouvons cautionner que des organismes de formation privés ainsi que des centres de formation de chambre de commerce (dans les programmes dits Sciences po Maurice ou Sciences po Réunion) proposent à leurs étudiants le diplôme de l’IEP et/ou les diplômes d''études politiques' (bachelor, master). [...] C’est la marque Sciences po dans son ensemble qui est atteinte car cela jette un soupçon sur la qualité de la formation", écrivent-ils dans une lettre en date du 5 octobre 2014, où ils demandent des explications à leur directeur.

"Une éviction de Sciences po Aix du concours commun signifierait la fin de l'identité de grande école qui fait aujourd'hui toute la réputation de l'IEP", s'alarment-ils.

Nous sommes peut-être allés sur des territoires qui ne sont pas les nôtres.
(Christian Duval)

Aix promet d'arrêter les partenariats avec le privé

Face à ce tollé, le directeur de l'IEP a dû réagir : "nous allons mettre fin à ces externalisations. J'ai pris cet engagement devant la présidente du conseil d'administration [Christine Lagarde], les personnels et les étudiants", confie Christian Duval à EducPros. Le directeur aixois l'a confirmé dernièrement à ses homologues.

Les conventions avec l'IGS et le Cesi devraient ainsi être dénoncées. Un audit d'évaluation des formations de l'institut a également été lancé, sous la houlette de l'université d'Aix-Marseille. "Nous sommes peut-être allés sur des territoires qui ne sont pas les nôtres, reconnaît l'universitaire. Nous avons tenté une expérience depuis deux ans. Le problème, dès qu'on travaille avec le privé, c'est qu'on est accusé de marchandage... Mais je n'entre pas dans le débat : pour sauvegarder le réseau des IEP, nous arrêtons tout cela." Suffisant pour ses collègues ?

Les établissements privés se défendent
Les "querelles internes à Sciences po Aix mettent gravement en cause la probité du Cesi", réagit l'organisme de formation. "Nous avons le sentiment désagréable d’être ici instrumentalisé dans un débat qui nous dépasse. Rappelons que c’est la direction de l’IEP d’Aix qui s’est rapprochée du Cesi pour conclure un partenariat, en mettant en avant des motivations qui ont paru louables au Cesi (ouverture sociale, parcours académique et professionnalisant)", souligne son directeur, qui indique en outre l'absence de frais de scolarité pour les étudiants, contrairement à ce qui a pu être écrit, les études concernées étant en apprentissge.

Lire la tribune du Cesi (pdf - 13 octobre 2014)

Même réaction du côté de l'IGS, qui tient à détailler, par communiqué, la convention qui le lie à l'IEP depuis plusieurs années, en défendant le cadre légal de cette dernière. "Dans le cadre de l’alternance, et grâce au réseau des entreprises du Groupe IGS, les étudiants bénéficient d’une scolarité intégralement gratuite et reçoivent de surcroît une rémunération annuelle moyenne de 10 000€", précise également l'IGS.

Lire le communiqué de l'IGS (pdf - 10 octobre 2014)
Aller plus loin
- L'enquête Mediapart/MarsActu : Sciences po Aix marchande ses diplômes à l'étranger (3 octobre 2014)
- La lettre des directeurs du concours commun à Sciences po Aix (pdf - 30 septembre 2014)

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