Sciences po Paris : devenir une université mondiale de référence grâce à son caractère unique

Agnès Millet
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Sciences po Paris : devenir une université mondiale de référence grâce à son caractère unique
Le nouveau campus de Sciences po Paris a ouvert ses portes en janvier 2022. // ©  Agnès Millet
Sciences po Paris garde le cap annoncé en janvier par Mathias Vicherat, son directeur nommé il y a un moins d'un an. Il annonce vouloir en faire "l'université mondiale de référence en matière de combinaison des savoirs fondamentaux interdisciplinaires et des expertises professionnelles".

Devenir "l'université mondiale de référence en matière de combinaison des savoirs fondamentaux interdisciplinaires et des expertises professionnelles". C'est l'enjeu – de taille – que se fixe Mathias Vicherat, directeur de Sciences po Paris, lors de sa conférence de rentrée.

Selon lui, "l’interdisciplinarité des savoirs fondamentaux et la combinaison de cette interdisciplinarité avec le développement de compétences professionnelles et opérationnelles solides", fait la spécificité de l'établissement parisien.

"C’est bien en poursuivant cette stratégie que nous continuerons à faire de Sciences po un établissement à caractère unique dans l’enseignement supérieur", affirme-t-il.

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L'ouverture sociale et géographique se consolide

Accueillant 2.028 nouveaux étudiants en première année pour la rentrée 2022, soit une légère hausse due aux internationaux, l'établissement affiche toujours de très bons résultats d'admission.

Ainsi, 97% des admis ont eu une mention très bien au bac. Sciences po consolide ainsi ses objectifs d'ouverture sociale avec 12% de boursiers du secondaire et d'une plus grande diversité d'origine géographique avec 70% d'étudiants issus de lycées hors Île-de-France.

Après deux ans de nouvelles modalités d'admission, une évaluation indépendante sera menée en 2023. "Il n'y aura pas de tabou sur ce qu'il y aura à revoir", explique Mathias Vicherat.

De plus, les résultats d'une consultation auprès de l'ensemble des élèves sur "tous les sujets" devraient être publiés d'ici un mois et demi. De quoi "sûrement battre en brèche des idées reçues" que l'on a sur le profil type de l'étudiant de Sciences po Paris, note son directeur.

Cap sur les transitions environnementales

Sur le volet des enjeux écologiques, les étudiants de première année auront un nouveau cours obligatoire de 24 heures à compter de janvier 2023. Et "tous les masters font leur transition pour que ces sujets deviennent mainstream dans tous nos cours", précise le directeur. Sciences po annonce par ailleurs une évolution de son école du management et de l'innovation qui devient l'Ecole du management et de l'impact.

Sur un autre sujet, Sciences po lance une Maison des arts et de la création, inspirée de son Centre d’écriture et de rhétorique créé en 2019. Elle s'appuiera sur des chaires d’artistes en résidence (cinéastes, plasticiens, musiciens…).

Dynamique de recrutement d'enseignants-chercheurs confirmée

Par ailleurs, avec le recrutement de 16 enseignants-chercheurs effectifs et de 14 recrutements en cours pour 2022, la dynamique annoncée par Mathias Vicherat – de renforcer sa faculté permanente de 80 professeurs – est confirmée. De plus, 12 chercheurs en post-doctorat ont été recrutés sur le sujet de la transition environnementale.

L'établissement a renouvelé une partie des postes à responsabilités (campus de Reims, campus du Havre, École urbaine, École des affaires internationales, Écoles des affaires publiques, DRH). Et, surtout, Sergei Guriev, professeur à Sciences po depuis 2013, a été nommé en juillet doyen recherche et enseignement. Objectif : "renforcer significativement les synergies entre formation et recherche, à l’image des plus grandes universités internationales".

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Renforcer les campus de Sciences po Paris en région

Après sa tournée des campus en région, le directeur note que certains ont besoin d'être renforcés (bibliothèque, suivi administratif et médical des élèves). Il rappelle aux collectivités locales qui s'étaient engagées que leur soutien financier est "nécessaire au fonctionnement de ces campus".

Il réaffirme par ailleurs son projet d'y ouvrir des filières de formation continue, aujourd'hui concentrées à Paris.

Plus généralement, les salariés ont participé à une consultation, qui sera reconduite chaque année. Bilan : des fonctions RH qui doivent être professionnalisées, avec une plus grande transparence sur les ouvertures de postes. Des groupes de travail doivent échanger sur "les attentes, blocages et craintes" des collaborateurs.

Des projets en construction avec les autres IEP

Sciences po Paris travaille avec les autres IEP "sur plusieurs projets, notamment en matière d’égalité des chances et de lutte contre les violences sexuelles et sexistes", indique Mathias Vicherat. "Sur ces domaines, nous sommes tous particulièrement engagés, et nous aurons prochainement l’occasion de communiquer sur ces sujets".

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Une perspective internationale

Avec 50% d'étudiants internationaux, Sciences po souhaite se projeter encore plus résolument hors de nos frontières. Et prévoit d'accentuer ses efforts du côté de la gouvernance et du corps professoral "qui ne sont pas encore assez internationaux", note le directeur.

Cette stratégie passe notamment par les classements. Critique envers les critères de celui de Shanghai, le directeur souhaite "investir" le U-Multirank et les classements thématiques du THE, tout en étant plus présent dans les classements thématiques de QS, où Science po est 3e mondiale en "Sciences politiques et relations internationales".

Sciences po mise ainsi sur les alliances internationales qui seront des leviers puisque ces questions de classement sont abordées avec les partenaires d'U7+, réseau d’une centaine d'universités de 17 pays.

Autre point d'appui : CIVICA, l'Université européenne des sciences sociales, dont Sciences po est le coordinateur, a été choisie par la Commission européenne pour recevoir un soutien continu d'Erasmus+ 2022–2027 pour les alliances universitaires européennes. L'allocation de subvention maximale autorisée – 14,4 millions d'euros – a été accordée, pour permettre à des milliers d’étudiants d'accéder à des mobilités, à des enseignements conjoints et des programmes d’engagement civique.

Diversifier les sources de revenus

Plus généralement, Sciences po Paris souhaite alimenter son budget en remportant davantage d'appels à projets nationaux et internationaux.

Le mécénat est un autre axe de croissance, tout en étant prudent dans le choix des entreprises mais en évitant "la chasse aux sorcières". Si le partenariat avec Total n'a pas été reconduit fin 2021, le soutien des banques n'est pas dans le viseur. L'établissement s'appuie sur "des garde-fous", via son Comité des dons, notamment. "Et il faut une étanchéité totale entre le mécénat et les activités académiques", précise Mathias Vicherat.

Enfin, le directeur indique avoir échangé avec Sylvie Retailleau, ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, le 23 août, au sujet de la contribution de l'État, qui représente encore un tiers du budget.

L'établissement réclame "un vrai dialogue budgétaire, avec des objectifs en termes d'ouverture sociale, de publications, éventuellement, de ranking dans les classements internationaux. Et non pas un dialogue de gestion où cela ne change rien que vous soyez bon ou pas bon. Il faut moderniser le rapport budgétaire entre l'État et les universités. Nous voulons bien être expérimentateurs", explique Mathias Vicherat.

D'autant que l'évaluation de l'établissement par le Hcéres est prévue pour cet automne.


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