Sciences Po Paris et le Cnam s’allient pour insérer les étudiants de lettres


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Sciences Po Paris et le Cnam s’allient pour insérer les étudiants de lettres
Deux dispositifs d’insertion professionnelle des diplômés de sciences humaines et sociales (SHS) tentent - sur de petits effectifs – de démontrer que le monde de l’entreprise peut avoir besoin d’eux. Après un an de fonctionnement, le dispositif Elsa tire son premier bilan. L’autre dispositif, baptisé opération Phenix, avait présenté en 2007 des résultats mitigés. Sur les 70 recrutements de masters de SHS prévus, les sept grandes entreprises partenaires n'en avaient accueillis que la moitié. 

Parrains du dispositif Elsa, le Cnam et Sciences-po Paris ont établi le premier bilan de leur dispositif Elsa. Ce doux nom désigne le contrat de professionnalisation proposé à des jeunes issus des filières lettres et sciences humaines (LSH). L’objectif : servir de sas d’intégration à ces diplômés qui ont traditionnellement du mal à s’insérer en entreprise.

Benjamin Fayet, 25 ans, a suivi le disposif Elsa. Depuis trois mois, il est en contrat de professionnalisation au service communication de Cap Gemini Consulting. Le jeune homme est diplômé d’un master recherche d’histoire à l’université  de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines. « Je n’ai jamais voulu devenir professeur. J’avais travaillé un an comme archiviste, mais au fond j’avais plus d’ambition. C’est le  Biop, le centre d’orientation de la CCIP, qui m’a parlé du dispositif Elsa. Aujourd’hui,  je m’occupe de la création d’événements, de la gestion des bases de données. Même si mon point fort était que je savais écrire, j’ai dû tout apprendre ».  

Du sur-mesure au rythme de l’alternance

Ces jeunes sont accompagnés par l’équipe Elsa à toutes les étapes de leur parcours : analyse de leurs compétences et de leurs aspirations, préparation à l’entretien de l’entretien, recherche de l’entreprise. En parallèle, ils suivent des cours au Cnam et à Sciences Po Paris en complément de leur formation initiale (communication, marketing, ressources humaines, multimédia). Les formations sont définies en fonction des besoins des entreprises avec lesquelles ils signent un contrat de professionnalisation.

Pour Richard Descoings, il s’agit de profiter de l’expérience du Cnam, car Sciences Po Paris souhaiterait développer à terme une offre de formations plus conséquente, et pas forcément diplômante, destinée aux salariés ou aux étudiants qui souhaitent compléter leur formation initiale avec des cours d’anglais, de marketing, de prise de parole en public.    

De petits effectifs aux petits soins  

Après une année de fonctionnement, 15 contrats de professionnalisation d'une durée de 10 à 12 mois ont été signés. Les promoteurs du dispositif espèrent que 25 seront signés à la rentrée et le double l’année suivante. Les entreprises qui ont signé ces contrats sont à la fois des grandes entreprises (Air France, Capgemini, Veolia Environnement) et des PME (Orsyp, Opcalia Ile-de-France...). Les étudiants viennent de lettres modernes, philosophie, histoire, sociologie, langues… Les candidats ont au minimum une licence ou un master et sont âgés de 21 à 28 ans. Beaucoup sont issus de l’université Paris 3 - Sorbonne Nouvelle, qui est partenaire du dispositif (avec Opcalia Ile-de-France, l’Afij, l’Anpe, la CGPME Ile-de-France et l’Agefos-Pme Ile-de-France).                            

Malgré tout, le dispositif démarre lentement. Du côté jeunes, le greffe prend très bien. A tel point que Vincent Merle, chef du projet Elsa ne veut pas faire trop de publicité, pour éviter d’être débordé. En revanche, du côté des DRH, la preuve de l’utilité des diplômés de SHS dans leur entreprise n’est pas faite. Si elles sont a priori intéressées, les entreprises mettent du temps à passer à l’acte, car beaucoup d’entre elles ont déjà noué de nombreux accords avec des écoles, dans le cadre de l’apprentissage. Et le dispositif Elsa a du mal à trouver sa place. L’image des étudiants issus des filières sciences humaines qui seraient inadaptés au monde de l’entreprise est tenace. Un DRH présent avoue même : « Sans ce dispositif le même CV aurait été classé à la verticale ! Ce qui pose des questions plus profondes sur la cause de cette méfiance générale ». Les promoteurs du projets espèrent que les universités se serviront de leur « boîte à outils ». De ce côté aussi, le chemin risque d’être long…


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