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Sélection en master : à Bordeaux, les étudiants recalés se rebiffent

Aurore Abdoul-Maninroudine
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Université de Bordeaux, bibliothèque du site de la Victoire
80 étudiants de la faculté d'économie et de gestion de l'université de Bordeaux ont été recalés en master. // ©  Camille Stromboni
Quatre-vingt étudiants de la faculté d'économie, de gestion et d'AES de l'université de Bordeaux ont obtenu leur licence sans pour autant être admis en master. Si cette situation n'a désormais rien d'illégal, elle suscite incompréhension et colère des étudiants. Et permet d'avoir une première idée du nombre d'étudiants qui pourraient saisir le recteur.

C'est l'organisation socio-culturelle de l'université de Bordeaux (OSB IV) qui est montée la première au créneau. Opposée à la sélection à l'entrée du master, elle a dénoncé, par voie de communiqué de presse, le sort réservé aux 80 étudiants de la faculté d'économie, de gestion et d'AES (administration économique et sociale) qui ont vu toutes leurs candidatures, internes à l'université, rejetées.

Cette situation n'a rien d'illégal depuis la loi du 19 décembre 2016. Le texte autorise en effet la sélection à l'entrée du master, en contrepartie d'un droit à la poursuite d'études. Mais le cas bordelais témoigne des difficultés auxquelles pourraient être confrontés les recteurs de région et les universités si tous les étudiants recalés venaient à saisir le recteur pour obtenir une place.

Un étudiant sur deux admis en master vient d'une autre université

En raison d'une procédure d'admission en master particulièrement précoce, la faculté d'économie et de gestion de l'université de Bordeaux et l'IAE se retrouvent donc à jouer le rôle de cobaye. De quoi se faire une première idée de la situation sur le terrain, six mois après la promulgation de la loi.

D'après les chiffres de l'OSB IV, confirmés par l'université, au sein de la faculté, près d'un étudiant admis en master sur deux est "une candidature extérieure" à l'université, c'est-à-dire, un étudiant ayant obtenu sa licence dans un autre établissement.

"Une situation inacceptable" pour Célia Eche, élue étudiante au sein du collège de droit, science politique, économie et gestion : si la loi laisse les établissements libres de recruter leurs étudiants de master, l'université s'était "engagée moralement à prendre en priorité les étudiants inscrits en licence en interne", assure l'étudiante. Et cette dernière de regretter également "l'opacité autour des critères de sélection et des règles d'examen des candidatures".

L'afflux de candidatures peut résulter soit de la forte attractivité de l'université, soit de la peur engendrée par la sélection.
(université de Bordeaux)

De son côté, l'université de Bordeaux assure qu'il est "beaucoup trop tôt pour faire un premier bilan" et qu'elle n'a pas encore "le recul nécessaire sur le processus". Surtout, l'afflux de candidatures d'étudiants extérieurs peut, certes, résulter de "la très forte attractivité de l'université, mais aussi de la peur engendrée par la sélection", analyse l'établissement.

Autrement dit, il est possible que les étudiants aient multiplié les candidatures afin d'être certains d'obtenir une place dans un master, ce qui irait de pair, dans un second temps, avec de nombreuses places laissées vacantes. C'est du moins ce qu'espère l'université de Bordeaux, même si par ailleurs elle anticipe des difficultés en Staps (sciences et techniques des activités physiques et sportives), où le choix de masters est bien plus restreint que dans d'autres domaines d'études.

L'université s'engage à trouver des solutions dans certains cas

Face à l'incompréhension et à la colère des étudiants, l'université s'est par ailleurs d'ores et déjà engagée à ce que les places vacantes – s'il y en a – soient réservées aux étudiants inscrits en licence à Bordeaux. Elle a également annoncé vouloir trouver une solution pour tous les étudiants internes ayant obtenu leur diplôme avec plus de 11,5 de moyenne, sans qu'ils aient à passer par l'étape "saisine du recteur". À cet égard, un service permettant aux étudiants de faire valoir leur droit à la poursuite d'études sera accessible à partir du 15 juin 2017, sur le site ministériel trouvermonmaster.gouv.fr.

Si ces propositions sont jugées "encourageantes" par Célia Eche, elles ne répondent cependant pas à toutes les préoccupations : "Que va-t-il se passer pour les étudiants ayant eu moins de 11,5 de moyenne ? s'interroge-t-elle. Va-t-on les envoyer à Pau ou à Limoges ? Quand seront-ils fixés sur leur sort ? Il va falloir qu'ils trouvent un logement et, pour l'instant, nous n'avons aucune information sur l'aide à la mobilité promise." Autant de questions auxquelles le ministère et les rectorats devront répondre rapidement.


Aurore Abdoul-Maninroudine | Publié le

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